Dieu
La divinité [1] serait selon Allan Arsmann, chercheur indépendant, un statut conféré à un être de nature humaine, par le biais d'une consommation anthropophagique opérée par cet individu sur un autre. Dans les temps anciens (Préhistoire et Haute Antiquité), cette consommation produisait selon l'auteur un sentiment de supériorité avéré chez l'homme cannibale. Progressivement, cette prise de conscience serait devenue plus ou moins obsolète et le rituel n'aurait plus été répété essentiellement que par tradition (Antiquité et Haut Moyen-Âge).
Origine[modifier | modifier le wikicode]
Les dieux, dans l'Antiquité, auraient selon Arsmann trouvé leur origine conceptuelle dans des pratiques liées à l'anthropophagie , et plus spécifiquement à la pédo-anthropophagie. L'essence même du divin serait selon l'auteur indissociable de cette pratique : c'est ce qu'il affirme avoir découvert après une étude poussée des textes sacrés de très nombreuses cultures anciennes, parmi lesquels ceux des grandes religions monothéistes.
La nature de la divinité[modifier | modifier le wikicode]
Selon l'analyse d'Allan Arsmann, la nature de la divinité est un concept historique, culturel et psychologique qui a évolué au cours des temps historiques, mais dont les fondements remontent à des pratiques humaines archaïques et rationnelles, bien loin des interprétations monothéistes modernes ou magiques.
Pour lui, la divinité dans l'histoire et les textes sacrés s'explique par un ensemble de concepts très concrets, basés sur l'expérience humaine du cannibalisme étroitement lié à une conception essentialiste de la nature. Ce mode d'appréhension du monde aurait permis à des individus (rois/héros) d'accéder au statut divin : c'est le concept d'apothéose, qui symbolise la force universelle portée par la concurrence naturelle.
1. La Divinité comme Conquête Humaine : L'apothéose
Dans l'Antiquité, et en particulier dans le contexte sumérien qui a influencé les textes bibliques, la divinité n'était pas nécessairement selon Arsmann une entité intemporelle et transcendante, mais un statut atteignable par l'homme. C'est cette idée qui selon lui est nommée apothéose.
• Rois et dieux : Les rois de l'Antiquité, en particulier au début de l'histoire, étaient considérés comme des dieux ou des entités divines. Le personnage nommé Yahvé dans les récits de L'Exode fut très probablement un roi humain, associé à la divinité Yahvé pour des raisons sacrées[2].
• Acquisition du Statut Divin : Le statut divin était atteint par l'accomplissement d'un rite sacré. Le texte de la Genèse atteste qu'Adam et Ève sont devenus « comme des dieux » - propos qu'Arsmann juge suffisamment "simple et limpide, confirmés par Dieu dans le texte" - après avoir accompli un acte interdit.
• Le Rite de la Hiérogamie : il s'agit selon Arsmann du rite fondamental le plus ancien lié à cette accession au statut divin, une union sacrée (souvent charnelle) avec une déesse (à l'origine Ishtar/Ève). Ce rite était la condition sine qua non pour devenir roi et obtenir un statut divin, ou quasi-divin.
2. Le Fondement Anthropophage et l'Essentialisme
La pratique anthropophage (cannibale) fut originellement identifiée comme l'expression ultime de la concurrence.
• Divinité et Cannibalisme : les dieux anciens étant dans leur fondement des anthropophages selon les hypothèses d'Allan Arsmann, l'acte d'Adam et Ève qui les a rendus « semblables à des dieux », ne peut être que de nature alimentaire et nécessitait selon l'auteur un enfantement : ils auraient ainsi mangé leur propre « fruit », à savoir leur enfant nouveau-né.
• L'Essence Indivisible : cette pratique reposait sur une conception essentialiste, selon laquelle l'essence (substance) de tout individu est immuable et indivisible. L'anthropophage croyait qu'en mangeant un individu (surtout un proche ou son enfant, le lien étant plus puissant), il acquérait son essence pleine et entière, provoquant une métamorphose psychique.
• Origine de l'Âme et de l'Esprit : les notions d'âme et d'esprit (éléments persistants et indivisibles) proviendraient de cette pensée cannibale. L'accession à la divinité aurait donc été liée à l'acquisition de cette essence pleine et entière qui, étant indivisible, pouvait se démultiplier à l'infini par la consommation partagée de la substance de l'être sacrifié lui-même chargé d'une puissance affective à valeur sacrale, et être transmise d'un consommateur à un autre (comme dans le cas de l'Eucharistie), par un don de sang en chaîne par exemple.
3. L'Essence de Yahvé : La Concurrence Naturelle
L'entité divine nommée Yahvé (Yhwh) est l'incarnation d'une force naturelle fondamentale qui est la concurrence.
• Jalousie du Vivant : Yahvé se présente comme l'incarnation de la grande jalousie du vivant (concurrence intra-spécifique). Le culte de Yahvé est en fait le culte de la concurrence naturelle entre espèces et individus.
• Attributs du Dieu de la concurrence : en conséquence, ce Dieu exige la domination de l'homme sur tout animal (y compris les autres hommes, dans le contexte ancien) et est un Dieu des armées qui peut provoquer la division pour encourager la concurrence (comme à Babel).
• Identités Historiques : Yahvé est considéré comme le même Dieu que le dieu sumérien Ea /Iaou (dieu de l'eau, de la sagesse et de la jalousie/concurrence). Il est également assimilé à Baal (qui fut son fils symbolique dans les mythologies polythéistes et est une variante historique du culte d'Adam), ainsi qu'au dieu égyptien Seth (qui représente également la concurrence).
4. La Nature Christique : Une Renaissance Spirituelle
Le Christ (qui est, rappelle Arsmann, le nom donné à la part divine et sacrale du personnage, et non à l'homme qu'il a été) est le « nouvel Adam » et incarne une nouvelle forme de divinité.
- Renaissance Sacrale : Le Christ propose une renaissance spirituelle (« naître de nouveau » ou « naître d’eau et d’Esprit ») qui est le seul moyen d'atteindre le royaume de Dieu. Cette renaissance est psychique et accessible à tout homme.
- Transformation : La divinité christique est une transformation qui ne change pas le corps (chair), mais l'âme/l'esprit.
- Mutation du rite : Le Christ a refusé la tentation d'effectuer l'acte anthropophage de ses ancêtres (Adam/Baal)[3]. Il a accompli le même rite de renouvellement, mais sans aucun crime, proposant une « renaissance immaculée » pour remplacer l'ancienne pratique sanglante. La divinité chrétienne est ainsi la sublimation et la correction du rite cannibale ancien.
De la généralisation à l'initiation[modifier | modifier le wikicode]
Selon Arsmann, les dieux auraient "choisi leur propre déclin pour laisser place au progrès", abandonnant le statut de Titans pour celui de dieux. Ils auraient ainsi mis fin à la barbarie de l'anthropophagie généralisée en la restreignant et en s'en appropriant strictement le monopole. Cette restriction de l'acte ancien à un cadre initiatique, ainsi que sa dissimulation et son camouflage à travers des symboles, constituerait la véritable différence entre les Titans (qui pratiquaient l'anthropophagie au grand jour) et les dieux (qui la pratiquaient en secret ou par initiation). Cette période de transition constituerait selon l'auteur le cœur des récits de la Titanomachie.
Les 12 substitutions du Panthéon grec[modifier | modifier le wikicode]
Arsmann avance la théorie que, pour que cette situation perdure face aux pulsions anthropophages, le Panthéon se serait principalement composé autour de 12 divinités, toutes incarnation d'une substitution à cette pulsion, que le penseur analyse de la sorte :
- Zeus serait l'expression du "non" catégorique à la vieille pulsion cannibale, l'interdit qui a indirectement engendré tous les autres dieux et déesses (les substitutions). Mais, bien qu'il se soit opposé aux pratiques des Titans, il a lui-même participé à un acte de "renouvellement" en consommant une partie d'un enfant sacrifié, symbolisant ainsi Dionysos, son propre "renouvellement". Sa "foudre" symbolise par ailleurs l'injonction radicale de la fin de l'acte anthropophage.
- Arès incarnerait la guerre en tant que première substitution de la passion anthropophage.
- Héra est dépeinte par Arsmann comme étant la déesse non plus de la banale "jalousie", mais bien supérieurement de la "concurrence", des "lois" et des "contrats". Bien qu'elle menace en permanence de provoquer le retour des pratiques anciennes (notamment par le piège tendu à Zeus concernant l'enfant Dionysos), elle symbolise également la mise en place d'un ordre et de lois qui ont permis l'évolution de l'humanité.
- Hermès représenterait d'après l'auteur la substitution de la guerre par le commerce, le vol et le brigandage. Il est un "Titan plus malin, plus discret" qui a opté pour l'usage de l'hermétisme et du secret. Il est devenu divin en reproduisant le rite cannibale et en offrant aux autres dieux de la viande humaine en substitut de la sienne, pour les rejoindre dans leur panthéon.
- Aphrodite symboliserait la substitution sexuelle, qui a permis de canaliser le désir charnel vers des plaisirs sexuels, engendrant même des enfants, ce qui représentait un progrès en comparaison de la pratique de l'acte primordial de consommation.
- Poséidon, héritage du dieu sumérien Ea, serait l'incarnation de la substitution religieuse. Ea serait en effet le premier être divin à avoir élaboré la religion en tant que moyen de canaliser les pulsions anthropophages dans la pratique de rites, cérémonies et des actes religieux, évitant ainsi un retour aux massacres généralisés[4]. La religion, avec ses temples et ses rites (comme celui de la hiérogamie), serait devenue une structure sociétale durable dans le but de maintenir l'équilibre.
- Athéna est, selon Arsmann, l'expression de la quête du savoir et de la connaissance, qu'il analyse comme étant la "meilleure des substitutions" de l'acte primordial cannibalique. La consommation du fruit de "l'Arbre de la connaissance du Bien et du Mal" est selon lui symboliquement en lien direct avec cette expression substitutive. D'elle découle la compréhension du monde qui nous entoure.
- Déméter aurait eu en apanage le pouvoir de remplacer la chair humaine par le blé et le pain. Son culte marque une transition où l'anthropophagie serait devenue "limitée" et "cachée", reflétant la victoire de la fertilité naturelle sur la stérilité associée aux Titans.
Du polythéisme au monothéisme[modifier | modifier le wikicode]
Polythéisme[modifier | modifier le wikicode]
Le polythéisme apparaît ainsi selon l'auteur comme une manière concrète et objective de penser, où les dieux trouvent le rôle de personnifications des pulsions humaines et des dominantes de l'esprit, mais à caractère réel puisqu'étant eux-mêmes des mortels devenus "surhommes" par un rituel cannibalique ayant initié leur métamorphose. L'acte de consommation cannibalique aurait cependant permis de "cumuler des pensées différentes" et d'accéder à une "pensée de plus en plus objective", engendrant progressivement la capacité d'abstraction. Les dieux furent donc, selon les termes d'Arsmann, de "nébuleux personnages préhistoriques" qui, les premiers, ont eu à "négocier ces pulsions" et ont choisi l'évolution en disant "non" au déclin. Leurs castes successives auraient néanmoins longtemps maintenu ces pratiques en privé ou sous forme initiatique en se renouvelant sous les mêmes noms (d'où leur pérennité dans le temps et le sentiment d'immortalité), à la différence des Titans qui les affichaient ouvertement.
La transition vers le monothéisme s'est faite par étapes. Face à la multiplication des divinités, les individus les plus éclairés auraient selon l'auteur commencé à comprendre qu'il ne fallait pas vénérer les "porteurs de l'expérience" (les dieux anthropophages), mais plutôt l'expérience elle-même : la conscience. Cette évolution aurait dans un premier temps mené vers une vision hénothéiste ou monolâtre, où un seul dieu était vénéré comme supérieur et origine de tous les autres, tout en continuant de conférer une forme de divinité aux "petits dieux inférieurs". Par exemple, Yahvé est décrit comme le "dieu des dieux" et le "dieu de la concurrence", cherchant à supplanter les autres divinités tout en reconnaissant leur statut divin. La lutte de Yahvé contre la pluralité des Baal serait ainsi à interpréter comme une lutte contre sa propre multiplicité, dont le risque inéluctable était les variations du culte et ses conséquences en termes de schismes.
Monothéisme[modifier | modifier le wikicode]
Le monothéisme se serait véritablement imposé historiquement, selon Allan Arsmann, lorsque la tendance a collectivement été de refuser l'idolâtrie associée à la dévotion aux individus (les dieux anthropophages) et qu'un large consensus s'est formé pour comprendre que l'expérience originelle (l'anthropophagie) avait évolué et ne menait plus au but initialement recherché. Il ne s'agissait plus désormais de vénérer la pédo-anthropophagie en tant que voie vers la conscience, mais seulement la conscience que cette pédo-anthropophagie avait engendrée.
À ce stade, les dieux anciens furent perçus comme obsolètes, car ils ne représentaient plus la conscience elle-même, mais des "expressions attardées et imparfaites" de celle-ci, perdant ainsi leur qualificatif divin. Le discours monothéiste affirme en effet désormais que c'est la conscience qui est divine, et que tout ce qui avait été considéré comme "sacré" ne l'était qu'en tant que chemin vers cette conscience.
Ce passage fut un processus long et souvent violent sur le plan collectif, marqué par des guerres et des périodes de régression, mais il fut ressenti comme un trauma brutal et immédiat pour l'individu, qualifié d'"éveil".
Le christianisme, qui marque une étape importante dans cette évolution, a également hérité et transformé des symboles et des rites liés à cette anthropophagie originelle, comme le concept de "transsubstantiation christique" lié à la pensée essentialiste "manger, c'est devenir". La foi chrétienne elle-même, par ses croyances eucharistiques, suggère que son origine a pris racine dans l'anthropophagie.
Apothéose[modifier | modifier le wikicode]
L'apothéose est le processus, courant dans l'Antiquité, par lequel un être humain (le plus souvent un roi) accédait au statut de divinité en accomplissant un rite sacré, le plus ancien étant la hiérogamie.
La divinité aux temps modernes[modifier | modifier le wikicode]
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Cf. article Wikipedia "Dieu", https://fr.wikipedia.org/wiki/Dieu et "divinité", https://fr.wikipedia.org/wiki/Divinit%C3%A9.
- ↑ Cf. Allan ARSMANN, La Bible lue par un Asperger, éd Paradeigma, tome 5 vol. 2 (L'Homme), ch 51 pp. 385-406. Dans son livre, Allan Arsmann démontre comment le personnage nommé "Yahvé" dans l'Exode biblique a pu être historiquement le pharaon hyksôs Apopi III.
- ↑ C'est l'interprétation qu'Allan Arsmann fait de l'épisode de la " Tentation du Christ dans le désert ", décrite dans Matth. 4, 1-11.
- ↑ Cf. l'explication par l'auteur du mythe d'Uta-Napishtim, le Noé de L'Epopée de Gilgamesh.
Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]
- Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tomes 1 à 6, éd. Paradeigma.
Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]
- Allan Arsmann, portail des vidéos de la chaîne YouTube La Bible lue par un Asperger : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos
- Paradeigma, site de l'auteur : https://paradeigma.be/
- Paradeigma, forum des abonnés : https://paradeigma.be/forum/
- Page Patreon de l'auteur : https://www.patreon.com/c/AllanArsmann02/posts