« Yahvé » : différence entre les versions
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[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] dépeint le personnage de Yahvé (parfois orthographié Yahweh) d'une manière radicalement différente des interprétations traditionnelles, en s'appuyant sur des analyses historiographiques, archéologiques et psychologiques. Il cherche à retrouver le "sens réel" et la "réalité" sous-jacente des textes bibliques, souvent dissimulée par des "considérations sociales et traditionnelles" et des "illusions collectives". | [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] dépeint le personnage de Yahvé<ref>Article "Yahweh" dans Wikipedia : <nowiki>http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Yahweh&oldid=229700828</nowiki>.</ref> (parfois orthographié Yahweh) d'une manière radicalement différente des interprétations traditionnelles, en s'appuyant sur des analyses historiographiques, archéologiques et psychologiques. Il cherche à retrouver le "sens réel" et la "réalité" sous-jacente des textes bibliques, souvent dissimulée par des "considérations sociales et traditionnelles" et des "illusions collectives". | ||
[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] attribue sa capacité à faire ces recoupements et à identifier ces "réalités" à une "'''pensée alternative asperger'''", qui lui permettrait de "passer outre ces aspects d'illusions collective" et les "considérations sociales" qui biaisent les analyses traditionnelles des textes. Il souligne que la communauté scientifique a souvent nié ces éléments, non par manque de preuves, mais en raison de tabous sociaux et religieux. | [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] attribue sa capacité à faire ces recoupements et à identifier ces "réalités" à une "'''pensée alternative asperger'''", qui lui permettrait de "passer outre ces aspects d'illusions collective" et les "considérations sociales" qui biaisent les analyses traditionnelles des textes. Il souligne que la communauté scientifique a souvent nié ces éléments, non par manque de preuves, mais en raison de tabous sociaux et religieux. | ||
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Voir aussi ses vidéos YouTube "La date de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f0yUnCZ2GM4&t=8s), et "L'énigme archéologique de l'esclavage des Hébreux - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=As7DJIIUYCc&t=4s).</ref>), le culte de Yahvé connut une importante '''fusion culturelle et religieuse''' avec celui de [[Baal]] (assimilable à [[Seth]] en Égypte selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]]) : l'auteur met en évidence les nombreux symboles et attributs que Yahvé partage avec [[Baal]]/[[Seth]] : il est un dieu du '''feu''', du '''désert''', représenté par un '''serpent''', associé à la '''lèpre''' et aux '''maladies''', aux '''fléaux''', aux '''tempêtes''', et il est '''sévère''' et '''cruel'''. Le nom de [[Baal]] aurait été plus tardivement délibérément supprimé des textes bibliques et remplacé par celui de Yahvé, suite à des conflits religieux ultérieurs<ref>Période du roi Josias ('''Yoshiyahu''' יֹאשִׁיָּהוּ en hébreu) qui régna sur le '''royaume de Juda''' entre 640 av. J.-C. et 609 av. J.-C. | Voir aussi ses vidéos YouTube "La date de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f0yUnCZ2GM4&t=8s), et "L'énigme archéologique de l'esclavage des Hébreux - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=As7DJIIUYCc&t=4s).</ref>), le culte de Yahvé connut une importante '''fusion culturelle et religieuse''' avec celui de [[Baal]] (assimilable à [[Seth]] en Égypte selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]]) : l'auteur met en évidence les nombreux symboles et attributs que Yahvé partage avec [[Baal]]/[[Seth]] : il est un dieu du '''feu''', du '''désert''', représenté par un '''serpent''', associé à la '''lèpre''' et aux '''maladies''', aux '''fléaux''', aux '''tempêtes''', et il est '''sévère''' et '''cruel'''. Le nom de [[Baal]] aurait été plus tardivement délibérément supprimé des textes bibliques et remplacé par celui de Yahvé, suite à des conflits religieux ultérieurs<ref>Période du roi Josias ('''Yoshiyahu''' יֹאשִׁיָּהוּ en hébreu) qui régna sur le '''royaume de Juda''' entre 640 av. J.-C. et 609 av. J.-C. | ||
Sa réforme religieuse fut l’un des tournants majeurs de l’histoire religieuse d’Israël/Juda. Elle visait à purifier le culte de YHWH, à centraliser le culte à Jérusalem, et à éliminer les pratiques idolâtres encore présentes dans le royaume de Juda. Mais au-delà de l’action cultuelle, beaucoup de chercheurs considèrent que Josias a aussi initié ou supervisé une réécriture ou correction importante des textes bibliques, en particulier ceux qui formeront plus tard le Deutéronome et la base de la théologie deutéronomiste. Cf. 2 Rois 23:4-5 ''':''' « Il fit sortir du Temple tous les objets faits pour Baal, Astarté et toute l’armée du ciel… »</ref>. Ce "refoulement" aurait été dû, selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]], à la "haine et la honte" associées aux pratiques du culte de [[Baal]], notamment justement celle du '''sacrifice d'enfants'''. Enfin, symboliquement, [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] fait sienne la théorie qui veut que [[Baal]] soit le "fils" d'[[Ea]]/Yahvé dans les mythologies mésopotamiennes et ougaritiques, ce qui aurait selon lui facilité leur fusion<ref>Plus précisément, dans la mythologie cananéenne et ougaritique, Baal est très souvent désigné comme '''“fils d’El”''' : exemple dans ''Le Cycle de Baal'' (texte KTU 1.1–1.2), où Baal est présenté comme le fils du dieu El, chef du panthéon ougaritique, qui règne sur les dieux ; dans plusieurs hymnes, Baal est appelé « bn ’il », une formule fréquente pour insister sur sa filiation divine et son autorité héritée. Certains noms théophoriques à Ebla contiennent “Ia” (ou “Ia‑/Yah‑”), et il y a eu des hypothèses | Sa réforme religieuse fut l’un des tournants majeurs de l’histoire religieuse d’Israël/Juda. Elle visait à purifier le culte de YHWH, à centraliser le culte à Jérusalem, et à éliminer les pratiques idolâtres encore présentes dans le royaume de Juda. Mais au-delà de l’action cultuelle, beaucoup de chercheurs considèrent que Josias a aussi initié ou supervisé une réécriture ou correction importante des textes bibliques, en particulier ceux qui formeront plus tard le Deutéronome et la base de la théologie deutéronomiste. Cf. 2 Rois 23:4-5 ''':''' « Il fit sortir du Temple tous les objets faits pour Baal, Astarté et toute l’armée du ciel… »</ref>. Ce "refoulement" aurait été dû, selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]], à la "haine et la honte" associées aux pratiques du culte de [[Baal]], notamment justement celle du '''sacrifice d'enfants'''. Enfin, symboliquement, [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] fait sienne la théorie qui veut que [[Baal]] soit le "fils" d'[[Ea]]/Yahvé dans les mythologies mésopotamiennes et ougaritiques, ce qui aurait selon lui facilité leur fusion<ref>Plus précisément, dans la mythologie cananéenne et ougaritique, Baal est très souvent désigné comme '''“fils d’El”''' : exemple dans ''Le Cycle de Baal'' (texte KTU 1.1–1.2), où Baal est présenté comme le fils du dieu El, chef du panthéon ougaritique, qui règne sur les dieux ; dans plusieurs hymnes, Baal est appelé « bn ’il », une formule fréquente pour insister sur sa filiation divine et son autorité héritée. Certains noms théophoriques à Ebla contiennent “Ia” (ou “Ia‑/Yah‑”), et il y a eu des hypothèses selon lesquelles “Ia” pouvait être une forme de Ea / Enki, ou du moins influencée par les mythologies mésopotamiennes : Giovanni Pettinato a publié des traductions et interprétations des tablettes d’Ébla, et il a évoqué que des noms théophoriques changeaient — le nom ''El'' étant parfois remplacé dans certains noms par ''Ia'' — ce qui a alimenté l’idée d’un théonyme ''Ia'' (cf. les fouilles d’Ébla et leurs publications dans les années 1970‑1980) ; Alfonso Archi, spécialiste plus récent des textes d’Ébla, a écrit “The God Ḥay(y)a (Ea / Enki) at Ebla” (2010) qui examine la figure d’Ḥay(y)a, identifiée par l’auteur comme étant ''Ea / Enki'', et discute des occurrences et fonctions de ce dieu à Ébla. Ce type de travail rapproche le contexte d’Ebla de divinités mésopotamiennes comme Ea (article dans ''Opening the Tablet Box'', 2010). Mais il faut nuancer et de nombreux chercheurs rejettent “Ia = Ea / Enki” comme étant improbable ou mal fondé sur des lectures erronées : c'est le cas de Karel van der Toorn (''Family Religion in Babylonia, Ugarit and Israel'', 1996), Michael C. Astour. (''Semitic Inscriptions'', 1974), Mark S. Smith (''The Early History of God'', 2002), William W. Hallo (publications sur les relations mésopotamiennes-ougariques, notamment dans ''Journal of Near Eastern Studies''), ou Alfonso Archi, qui formule des critiques plus nuancées (''Opening the Tablet Box'', 2010).</ref>. | ||
<big>• '''Yahvé et l'anthropophagie/sacrifice humain''' :</big> | <big>• '''Yahvé et l'anthropophagie/sacrifice humain''' :</big> | ||
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[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] met en corrélation la prononciation « Yaou » (Iaou) ou « Yao » (Iao/Io) avec le nom du '''vieux dieu sumérien [[Ea]]''', avec lequel il voit une filiation évidente. Le nom de ce dieu sumérien est transcrit "[[Ea]]", mais selon l'éminent '''sumérologue Jean Bottéro'''<ref>Jean Bottéro évoque la prononciation du nom du dieu Ea sous la forme « Iaou » ou « Iao » dans son ouvrage ''Mesopotamia: La naissance de la littérature'', éd. Gallimard coll. Bibliothèque des Histoires, 1995. Dans ce livre, il explore les cultures mésopotamiennes et leur littérature, y compris la religion et les noms des dieux. Bottéro mentionne cette forme pour souligner les variations phonétiques des noms divins, en particulier dans les contextes religieux ou mystiques. Il est important de noter que la prononciation du nom d'Ea (ou Enki) a été sujette à des débats entre les spécialistes en raison des transcriptions dans différentes langues anciennes (sumérien, akkadien, etc.), ainsi que de l'influence de certaines formes grecques ou latines. </ref>, cette translittération tendrait plutôt vers la prononciation '''« Aya » ou « Yahou »'''. La similitude entre les deux noms avait cours particulièrement dans les régions et époques qui ont été le berceau du culte biblique (dans la ville sumérienne d'[[Ur]] notamment, dont [[Abraham]] était originaire). | [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] met en corrélation la prononciation « Yaou » (Iaou) ou « Yao » (Iao/Io) avec le nom du '''vieux dieu sumérien [[Ea]]''', avec lequel il voit une filiation évidente. Le nom de ce dieu sumérien est transcrit "[[Ea]]", mais selon l'éminent '''sumérologue Jean Bottéro'''<ref>Jean Bottéro évoque la prononciation du nom du dieu Ea sous la forme « Iaou » ou « Iao » dans son ouvrage ''Mesopotamia: La naissance de la littérature'', éd. Gallimard coll. Bibliothèque des Histoires, 1995. Dans ce livre, il explore les cultures mésopotamiennes et leur littérature, y compris la religion et les noms des dieux. Bottéro mentionne cette forme pour souligner les variations phonétiques des noms divins, en particulier dans les contextes religieux ou mystiques. Il est important de noter que la prononciation du nom d'Ea (ou Enki) a été sujette à des débats entre les spécialistes en raison des transcriptions dans différentes langues anciennes (sumérien, akkadien, etc.), ainsi que de l'influence de certaines formes grecques ou latines. </ref>, cette translittération tendrait plutôt vers la prononciation '''« Aya » ou « Yahou »'''. La similitude entre les deux noms avait cours particulièrement dans les régions et époques qui ont été le berceau du culte biblique (dans la ville sumérienne d'[[Ur]] notamment, dont [[Abraham]] était originaire). | ||
En sumérien, le nom "'''Ea'''" signifie selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] '''« Jaillissement de l'eau »'''<ref>Cf. la vidéo d'Allan Arsmann "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=62s). | En sumérien, le nom "'''Ea'''" signifie selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] '''« Jaillissement de l'eau »'''<ref>Cf. la vidéo d'Allan Arsmann "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=62s). « Ea » est le nom akkadien du dieu sumérien '''Enki'''. Enki / Ea est associé à l’eau douce, aux sources souterraines, à l’abîme aquatique (‘abzu’ ou ‘apsû’), à la sagesse, à la fertilité, à la création (Encyclopédie Britannica). « Abzu » (sumérien) / « Apsû » (akkadien) désigne l’eau souterraine, les eaux profondes. Dans le mythe de Dilmun, on voit que Enki « remplit les canaux d’eau », ou « remplit les fossés », ou « il ouvre les canaux pour le flux d’eau » dans le passage où Dilmun souffre d’un manque d’eau. Etymologiquement, les verbes liés à “verser / répandre / irriguer” sont présents autour du radical '''a''' (“eau”), qui porte l'idée d'une “action de l’eau”. Cela n’implique pas complètement que le nom divin '''Ea / Enki''' dérive d’un “a + verbe jaillir”, mais cela laisse ouverte l’idée qu’une lecture poétique ait pu être faite.</ref>. Ce dieu était en effet associé à l'élément eau, symbolisant la '''vie''', la '''sagesse''' et l''''esprit/soufle de vie'''<ref>Dans le ''mythe d'Enki et Ninmah'', le dieu est donné comme ayant donné de l'“intelligence / esprit / pensée (?)” selon certaines traductions) aux humains. Cela atteste bien la fonction de sage / de pourvoyeur de savoir / de pensée. Dans l'''Hymne des temples'', Enki est qualifié de “sage / le sage” et “créateur” dans le contexte poétique du temple, soulignant son autorité, sa connaissance, sa fonction ordonnatrice. Cela montre qu’on lui attribue une dimension d’esprit de gouvernance et de sagesse. Enki n’est donc pas seulement un dieu des eaux ou de la fertilité, mais aussi un '''dieu qui instille, donne''', qui crée ou structure le monde, ou les hommes, avec sagesse et intelligence. Le terme “intelligence / conseil / mot” est employé dans les textes comme une qualité divine, et Enki est celui qui la manifeste ou la distribue. Le mot “esprit” au sens abstrait moderne apparaît rarement ou n’est pas évident dans ces traductions : une interprétation comme “vie” (vie vitale, souffle) est plus implicite ou métaphorique : par exemple, la création de l’humanité, ou la fertilité.</ref>. Or, note Arsmann, cette étymologie est cohérente avec les descriptions bibliques de Yahvé, où la divinité est dite s'être manifestée au sortir d'un '''abîme''' (''tehom'' en hébreu), un concept qui correspond à l''''[[Apsû]]''' sumérien, le royaume abyssal du dieu [[Ea]]<ref>En hébreu, '''תְּהוֹם''' (''tehom'') signifie “abîme, profondeur, eaux profondes, lieux souterrains des eaux, mer primitive / océans profonds”. '''Genèse 1:2''' « La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme (tehom), et l’Esprit de Dieu se mouvait au‑dessus des eaux. » ; '''Genèse 7:11''' « Toutes les sources du grand abîme (tehom) jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. » ; '''Genèse 8:2''' « Les sources de l’abîme (tehom) et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie ne tomba plus du ciel. » ; '''Isaïe 51:10''' « N’est‑ce pas toi qui as desséché la mer, les eaux du grand abîme (tehom rabbah) ? Qui as fait traverser à pied sec les profondeurs de la mer pour le racheter ? » Dans plusieurs Psaumes, le mot "tehom" est employé dans des métaphores de profondeur, de chaos aquatique, ou comme image des forces à dominer. (Ex : Psaume 36:6, etc.). Le fragment '''“Apocryphal Psalms (11Q11)”''' des Manuscrits de la Mer Morte mentionne ''tehom'' comme un lieu “en dessous”, lié aux ténèbres, aux démons, au jugement. Le texte utilise ''Tehom Rabba'' et « Sheol inférieur ».</ref>. L'expression '''« source jaillissante »''' est d'ailleurs, souligne l'auteur, très fréquente dans la Bible et utilisée pour représenter le Dieu biblique lui-même<ref>'''Ésaïe 58:11‑12''' « Tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont l’eau ne tarit pas. » ; '''Genèse 2:6''' « Seule une sorte de source jaillissait de la terre et arrosait la surface du sol. » ; '''Zacharie 13:1''' « En ce jour‑là une source jaillira ; la maison de David et les habitants de Jérusalem y laveront leurs péchés et leurs impuretés. » ; '''Jean 4:14''' « … l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. ».</ref>. Enfin, [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] insiste sur le fait que le dieu sumérien [[Ea]] était aussi le '''dieu patron des [[exorcistes]]''' (''[[Asipu]]''), un rôle associé à [[Abraham]] et ses descendants dans des textes apocryphes bibliques, et de façon plus subtile dans la Bible<ref>Aucun passage de l’Ancien Testament canonique (Genèse, Exode, etc.) n’attribue explicitement à Abraham le rôle d’exorciste dans le sens “chasser un démon / esprit impur” comme dans la tradition judéo‑chrétienne plus tardive. Les récits bibliques montrent Abraham comme prophète, patriarche, mais pas comme guérisseur de type exorciste dans les textes reconnus de la Bible. Pour autant, le '''''Livre des Jubilés''''' (apocryphe juif, environ IIe siècle av. J.-C.) insiste sur la pureté rituelle, la connaissance divine et l’autorité accordée à Abraham, qui est présenté comme un prêtre prophète capable d’exercer un contrôle sur les esprits impurs. En Jubilés 23:14-15, Abraham reçoit la connaissance des esprits et des démons, et il est chargé par Dieu de garder la pureté ainsi que d’exercer une fonction spirituelle élevée, qui inclut la capacité à repousser les influences mauvaises. Plus précisément, Abraham est montré comme ayant autorité pour '''chasser les esprits mauvais''', ce qui rejoint un rôle d’exorciste. De même, dans le '''''Genesis Apocryphon''''' (1Q20 fragment de Qumrân, colonne 20 versets 20‑24‑29 selon les éditions), il y a une histoire où Abraham est appelé à libérer le pharaon qui est affecté par un “esprit de peste”. Abraham prie, intervient auprès de Dieu, et le démon / esprit qui cause la maladie est banni. Ce récit fait de lui un exorciste dans le sens qu’il chasse un esprit maléfique de la personne du pharaon. Cette démonstration est menée par Allan Arsmann dans son livre ''La Bible lue par un Asperger'', tome 1 ch. 9 pp. 260-291, ainsi que dans sa vidéo "L'origine sacerdotale d'Abraham - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=H0zenAbomn0&t=245s).</ref>, soulignant encore le lien avec le Dieu biblique. En effet, le personnage d'[[Abraham]] (qui vient d'[[Ur]] et vénérait Ea selon les conclusions d'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]]<ref>Voir Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', tome 1, ch. 9 pp. 260-291, et ch. 10 pp. 292-310. | ||
« Ea » est le nom akkadien du dieu sumérien '''Enki'''. Enki / Ea est associé à l’eau douce, aux sources souterraines, à l’abîme aquatique (‘abzu’ ou ‘apsû’), à la sagesse, à la fertilité, à la création (Encyclopédie Britannica). « Abzu » (sumérien) / « Apsû » (akkadien) désigne l’eau souterraine, les eaux profondes. Dans le mythe de Dilmun, on voit que Enki « remplit les canaux d’eau », ou « remplit les fossés », ou « il ouvre les canaux pour le flux d’eau » dans le passage où Dilmun souffre d’un manque d’eau. Etymologiquement, les verbes liés à “verser / répandre / irriguer” sont présents autour du radical '''a''' (“eau”), qui porte l'idée d'une “action de l’eau”. Cela n’implique pas complètement que le nom divin '''Ea / Enki''' dérive d’un “a + verbe jaillir”, mais cela laisse ouverte l’idée qu’une lecture poétique ait pu être faite.</ref>. Ce dieu était en effet associé à l'élément eau, symbolisant la '''vie''', la '''sagesse''' et l''''esprit/soufle de vie'''<ref>Dans le ''mythe d'Enki et Ninmah'', le dieu est donné comme ayant donné de l'“intelligence / esprit / pensée (?)” selon certaines traductions) aux humains. Cela atteste bien la fonction de sage / de pourvoyeur de savoir / de pensée. Dans l'''Hymne des temples'', Enki est qualifié de “sage / le sage” et “créateur” dans le contexte poétique du temple, soulignant son autorité, sa connaissance, sa fonction ordonnatrice. Cela montre qu’on lui attribue une dimension d’esprit de gouvernance et de sagesse. Enki n’est donc pas seulement un dieu des eaux ou de la fertilité, mais aussi un '''dieu qui instille, donne''', qui crée ou structure le monde, ou les hommes, avec sagesse et intelligence. Le terme “intelligence / conseil / mot” est employé dans les textes comme une qualité divine, et Enki est celui qui la manifeste ou la distribue. Le mot “esprit” au sens abstrait moderne apparaît rarement ou n’est pas évident dans ces traductions : une interprétation comme “vie” (vie vitale, souffle) est plus implicite ou métaphorique : par exemple, la création de l’humanité, ou la fertilité.</ref>. Or, note Arsmann, cette étymologie est cohérente avec les descriptions bibliques de Yahvé, où la divinité est dite s'être manifestée au sortir d'un '''abîme''' (''tehom'' en hébreu), un concept qui correspond à l''''[[Apsû]]''' sumérien, le royaume abyssal du dieu [[Ea]]<ref>En hébreu, '''תְּהוֹם''' (''tehom'') signifie “abîme, profondeur, eaux profondes, lieux souterrains des eaux, mer primitive / océans profonds”. '''Genèse 1:2''' « La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme (tehom), et l’Esprit de Dieu se mouvait au‑dessus des eaux. » ; '''Genèse 7:11''' « Toutes les sources du grand abîme (tehom) jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. » ; '''Genèse 8:2''' « Les sources de l’abîme (tehom) et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie ne tomba plus du ciel. » ; '''Isaïe 51:10''' « N’est‑ce pas toi qui as desséché la mer, les eaux du grand abîme (tehom rabbah) ? Qui as fait traverser à pied sec les profondeurs de la mer pour le racheter ? » Dans plusieurs Psaumes, le mot "tehom" est employé dans des métaphores de profondeur, de chaos aquatique, ou comme image des forces à dominer. (Ex : Psaume 36:6, etc.). Le fragment '''“Apocryphal Psalms (11Q11)”''' des Manuscrits de la Mer Morte mentionne ''tehom'' comme un lieu “en dessous”, lié aux ténèbres, aux démons, au jugement. Le texte utilise ''Tehom Rabba'' et « Sheol inférieur ».</ref>. L'expression '''« source jaillissante »''' est d'ailleurs, souligne l'auteur, très fréquente dans la Bible et utilisée pour représenter le Dieu biblique lui-même<ref>'''Ésaïe 58:11‑12''' « Tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont l’eau ne tarit pas. » ; '''Genèse 2:6''' « Seule une sorte de source jaillissait de la terre et arrosait la surface du sol. » ; '''Zacharie 13:1''' « En ce jour‑là une source jaillira ; la maison de David et les habitants de Jérusalem y laveront leurs péchés et leurs impuretés. » ; '''Jean 4:14''' « … l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. ».</ref>. Enfin, [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] insiste sur le fait que le dieu sumérien [[Ea]] était aussi le '''dieu patron des [[exorcistes]]''' (''[[Asipu]]''), un rôle associé à [[Abraham]] et ses descendants dans des textes apocryphes bibliques, et de façon plus subtile dans la Bible<ref>Aucun passage de l’Ancien Testament canonique (Genèse, Exode, etc.) n’attribue explicitement à Abraham le rôle d’exorciste dans le sens “chasser un démon / esprit impur” comme dans la tradition judéo‑chrétienne plus tardive. Les récits bibliques montrent Abraham comme prophète, patriarche, mais pas comme guérisseur de type exorciste dans les textes reconnus de la Bible. Pour autant, le '''''Livre des Jubilés''''' (apocryphe juif, environ IIe siècle av. J.-C.) insiste sur la pureté rituelle, la connaissance divine et l’autorité accordée à Abraham, qui est présenté comme un prêtre prophète capable d’exercer un contrôle sur les esprits impurs. En Jubilés 23:14-15, Abraham reçoit la connaissance des esprits et des démons, et il est chargé par Dieu de garder la pureté ainsi que d’exercer une fonction spirituelle élevée, qui inclut la capacité à repousser les influences mauvaises. Plus précisément, Abraham est montré comme ayant autorité pour '''chasser les esprits mauvais''', ce qui rejoint un rôle d’exorciste. De même, dans le '''''Genesis Apocryphon''''' (1Q20 fragment de Qumrân, colonne 20 versets 20‑24‑29 selon les éditions), il y a une histoire où Abraham est appelé à libérer le pharaon qui est affecté par un “esprit de peste”. Abraham prie, intervient auprès de Dieu, et le démon / esprit qui cause la maladie est banni. Ce récit fait de lui un exorciste dans le sens qu’il chasse un esprit maléfique de la personne du pharaon. Cette démonstration est menée par Allan Arsmann dans son livre ''La Bible lue par un Asperger'', tome 1 ch. 9 pp. 260-291, ainsi que dans sa vidéo "L'origine sacerdotale d'Abraham - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=H0zenAbomn0&t=245s).</ref>, soulignant encore le lien avec le Dieu biblique. En effet, le personnage d'[[Abraham]] (qui vient d'[[Ur]] et vénérait Ea selon les conclusions d'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]]<ref>Voir Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', tome 1, ch. 9 pp. 260-291, et ch. 10 pp. 292-310. | |||
Voir aussi sa vidéo YouTube "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=62s), et aussi dans "La seconde Identité de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=daoeFWPx8KA&t=12s).</ref>) est décrit dans la Bible comme agissant à la manière d'un exorciste mésopotamien, notamment en levant la malédiction rituelle du Pharaon par l'imposition des mains. | Voir aussi sa vidéo YouTube "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=62s), et aussi dans "La seconde Identité de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=daoeFWPx8KA&t=12s).</ref>) est décrit dans la Bible comme agissant à la manière d'un exorciste mésopotamien, notamment en levant la malédiction rituelle du Pharaon par l'imposition des mains. | ||
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'''<big>2. Parallèles mythologiques et rôles divins partagés</big>''' | '''<big>2. Parallèles mythologiques et rôles divins partagés</big>''' | ||
Les rôles et attributs de Yahvé, surtout dans la [[Genèse]] et l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], coïncident selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] avec ceux du dieu [[Ea]], suggérant une identité de fond. L'auteur fait d'abord remarquer que [[Ea]] et Yahvé sont tous deux présentés comme ayant créé l'humanité '''à partir d'argile (terre glaise) sur un tour de potier'''<ref>Dans le mythe d'Enki et Ninmah, (IIIe millénaire avant JC), le dieu et la déesse créent l'humanité à partir de l'argile : Il existe des représentations artistiques de cette scène, notamment dans les bas-reliefs et sceaux, où les dieux travaillent autour d’un '''tour de potier'''. | Les rôles et attributs de Yahvé, surtout dans la [[Genèse]] et l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], coïncident selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] avec ceux du dieu [[Ea]], suggérant une identité de fond. L'auteur fait d'abord remarquer que [[Ea]] et Yahvé sont tous deux présentés comme ayant créé l'humanité '''à partir d'argile (terre glaise) sur un tour de potier'''<ref>Dans le mythe d'Enki et Ninmah, (IIIe millénaire avant JC), le dieu et la déesse créent l'humanité à partir de l'argile : Il existe des représentations artistiques de cette scène, notamment dans les bas-reliefs et sceaux, où les dieux travaillent autour d’un '''tour de potier'''. Dans le mythe akkadien d’Atra-Hasis (XVIIe s. av. J.-C.), les dieux mineurs, fatigués de travailler, se révoltent. En réponse, le dieu Enki (Ea) et la déesse Nintu (ou Mami) créent l’homme pour faire le travail à leur place : « Nintu pinça de l’argile, elle la posa dans un moule : les dieux crachèrent sur l’argile, Enki ajouta son savoir, et ainsi fut créé le premier homme. » Le texte assyrien dit même que la déesse moule les humains "comme des figurines" à la main, ou à l’aide d’un '''tour de potier''', selon certaines traductions. Dans Genèse 2:7, « YHWH Dieu forma l’homme (adam) de la poussière du sol (adamah), il insuffla dans ses narines un souffle de vie. » Le verbe hébreu ''yatsar'' (יָצַר) utilisé ici signifie '''«''' façonner, modeler », et il est le même verbe utilisé pour décrire le travail du potier en hébreu biblique. Ainsi, même si le texte ne parle pas explicitement de tour de potier, '''l’imaginaire du potier''' est très présent. Cet imaginaire est d'ailleurs repris dans Isaïe (64:8), où le Prophète s'adresse ainsi à Dieu : « Tu es notre père ; nous sommes l’argile, et toi, tu es notre potier. »</ref>. Or Le dieu [[Ea]] est le '''seul dieu sumérien''' à avoir cette attribution spécifique<ref>Dans l’Épopée d’Atrahasis, il est dit qu’un dieu meurt, et sa chair et son sang sont mélangés à de l’argile pour former l’homme. Enki/Ea est ici impliqué : il fournit l’argile (ou les matériaux) pour le mélange. Dans le texte “La création de l'Homme” (poème sumérien ancien, souvent attribué aux mythes sumériens d’origine), on trouve une version selon laquelle les dieux se plaignent de leur travail : Enki et la mère des dieux (Nammu) prennent l’initiative de créer des humains (“serviteurs des dieux”) pour soulager les dieux de leur labeur. On lit : ''“Mélange le cœur de l’argile qui est au-dessus de l’abîme''" : c’est l’argile au-dessus de l’abîme (les ’“abysses” ou ''abzu/apsû'') qui est utilisée comme matière première.</ref>. | ||
Dans le mythe akkadien d’Atra-Hasis (XVIIe s. av. J.-C.), les dieux mineurs, fatigués de travailler, se révoltent. En réponse, le dieu Enki (Ea) et la déesse Nintu (ou Mami) créent l’homme pour faire le travail à leur place : « Nintu pinça de l’argile, elle la posa dans un moule : les dieux crachèrent sur l’argile, Enki ajouta son savoir, et ainsi fut créé le premier homme. » Le texte assyrien dit même que la déesse moule les humains "comme des figurines" à la main, ou à l’aide d’un '''tour de potier''', selon certaines traductions. | |||
Dans Genèse 2:7, « YHWH Dieu forma l’homme (adam) de la poussière du sol (adamah), il insuffla dans ses narines un souffle de vie. » Le verbe hébreu ''yatsar'' (יָצַר) utilisé ici signifie '''«''' façonner, modeler », et il est le même verbe utilisé pour décrire le travail du potier en hébreu biblique. Ainsi, même si le texte ne parle pas explicitement de tour de potier, '''l’imaginaire du potier''' est très présent. Cet imaginaire est d'ailleurs repris dans Isaïe (64:8), où le Prophète s'adresse ainsi à Dieu : « Tu es notre père ; nous sommes l’argile, et toi, tu es notre potier. »</ref>. Or Le dieu [[Ea]] est le '''seul dieu sumérien''' à avoir cette attribution spécifique<ref>Dans l’Épopée d’Atrahasis, il est dit qu’un dieu meurt, et sa chair et son sang sont mélangés à de l’argile pour former l’homme. Enki/Ea est ici impliqué : il fournit l’argile (ou les matériaux) pour le mélange. Dans le texte “La création de l'Homme” (poème sumérien ancien, souvent attribué aux mythes sumériens d’origine), on trouve une version selon laquelle les dieux se plaignent de leur travail : Enki et la mère des dieux (Nammu) prennent l’initiative de créer des humains (“serviteurs des dieux”) pour soulager les dieux de leur labeur. On lit : ''“Mélange le cœur de l’argile qui est au-dessus de l’abîme''" : c’est l’argile au-dessus de l’abîme (les ’“abysses” ou ''abzu/apsû'') qui est utilisée comme matière première.</ref>. | |||
[[Ea]] était également le dieu sumérien de la '''sagesse''' et de l''''écriture'''. L'écriture, qui marque le début de l'histoire, était considérée comme une de ses inventions<ref>Des mythes ou textes associent Enki à la transmission des arts de la civilisation, dont l’écriture fait partie ; on y lit même qu’il ''offre'' ou ''cède'' l’écriture aux Hommes. Le poème sumérien '''“Inanna et Enki”''' raconte par exemple qu’Inanna convoite les ''me'' (les décrets divins ou les attributs de civilisation) détenus par Enki. Parmi ces ''me'', l’écriture est mentionnée. Enki, après avoir bu, donne ces ''me'' à Inanna, y compris ceux des techniques du bois, du métal, de l’écriture, etc. Un article de la BnF (“Le mythe de naissance de l’écriture en Mésopotamie”) mentionne qu’Enki est souvent présenté comme maître de la sagesse et de tous les archétypes de la civilisation, ce qui inclut une origine divine de l’écriture. Toutefois, l’attribution concrète de l’invention première va souvent à Nabu (et dans certains textes à sa femme ou à Nisaba) dans les pratiques religieuses ultérieures.</ref>. Or, Yahvé est clairement le Dieu du Livre. | [[Ea]] était également le dieu sumérien de la '''sagesse''' et de l''''écriture'''. L'écriture, qui marque le début de l'histoire, était considérée comme une de ses inventions<ref>Des mythes ou textes associent Enki à la transmission des arts de la civilisation, dont l’écriture fait partie ; on y lit même qu’il ''offre'' ou ''cède'' l’écriture aux Hommes. Le poème sumérien '''“Inanna et Enki”''' raconte par exemple qu’Inanna convoite les ''me'' (les décrets divins ou les attributs de civilisation) détenus par Enki. Parmi ces ''me'', l’écriture est mentionnée. Enki, après avoir bu, donne ces ''me'' à Inanna, y compris ceux des techniques du bois, du métal, de l’écriture, etc. Un article de la BnF (“Le mythe de naissance de l’écriture en Mésopotamie”) mentionne qu’Enki est souvent présenté comme maître de la sagesse et de tous les archétypes de la civilisation, ce qui inclut une origine divine de l’écriture. Toutefois, l’attribution concrète de l’invention première va souvent à Nabu (et dans certains textes à sa femme ou à Nisaba) dans les pratiques religieuses ultérieures.</ref>. Or, Yahvé est clairement le Dieu du Livre. | ||
[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] note enfin qu'il y a un point de convergence dans le lien qu'entretiennent les deux divinités avec leur "fils" : Yahvé est en effet le '''Père d'Adam''' dans la Bible, de même que le dieu [[Ea]] était considéré comme le '''Père de [[Dumuzi]]''', roi sumérien qu'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] démontre être l'équivalent historique d'[[Adam]], dans la mythologie sumérienne<ref>J. Klein, ''“The Assumed Human Origin of Divine Dumuzi: A Reconsideration”,'' dans ''Proceedings of the 53rd Rencontre Assyriologique Internationale'' (2010) : cet article examine les hypothèses selon lesquelles Dumuzi aurait d’abord été perçu comme un personnage humain (roi légendaire) avant d’être divinisé. Ruth Mclennan Kerr, ''“The Descendent of Dumuzi: a comparative study of Dumuzi and Adonis”,'' thèse, Victoria University of Wellington, 2003 : étude comparative Mythe/Dieux de Dumuzi et Adonis. Aborde le mythe du “dieu mourant / renaissant”. | [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] note enfin qu'il y a un point de convergence dans le lien qu'entretiennent les deux divinités avec leur "fils" : Yahvé est en effet le '''Père d'Adam''' dans la Bible, de même que le dieu [[Ea]] était considéré comme le '''Père de [[Dumuzi]]''', roi sumérien qu'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] démontre être l'équivalent historique d'[[Adam]], dans la mythologie sumérienne<ref>J. Klein, ''“The Assumed Human Origin of Divine Dumuzi: A Reconsideration”,'' dans ''Proceedings of the 53rd Rencontre Assyriologique Internationale'' (2010) : cet article examine les hypothèses selon lesquelles Dumuzi aurait d’abord été perçu comme un personnage humain (roi légendaire) avant d’être divinisé. Ruth Mclennan Kerr, ''“The Descendent of Dumuzi: a comparative study of Dumuzi and Adonis”,'' thèse, Victoria University of Wellington, 2003 : étude comparative Mythe/Dieux de Dumuzi et Adonis. Aborde le mythe du “dieu mourant / renaissant”. Allan Arsmann, dans ''La Bible lue par un Asperger'', tome 1 ''Premier jour : l'Entrée'', chapitre 21 "l'Homme", pp. 480-499, démontre la correspondance entre Dumuzi et l'Adam biblique. Il reprend cette démonstration dans sa vidéo Youtube "L'identité d'Adam élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f93AQ6d5kIA). '''Dumuzi''' Roi berger (dans certains récits) -> Lien avec la fertilité, la terre -> Descente aux Enfers (Inanna / Ishtar) -> Figure symbolique d’un homme mythique -> Partie d’un panthéon ou conseil divin. '''Adam''' -> Cultivateur / berger via ses fils -> Créé de la terre (adamah) -> Expulsé de l’Éden → mort introduite -> Homme primordial, mais entouré d'autres humains -> Dieu s’adresse à un conseil, pluriel « nous »</ref>. | ||
Allan Arsmann, dans ''La Bible lue par un Asperger'', tome 1 ''Premier jour : l'Entrée'', chapitre 21 "l'Homme", pp. 480-499, démontre la correspondance entre Dumuzi et l'Adam biblique. Il reprend cette démonstration dans sa vidéo Youtube "L'identité d'Adam élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f93AQ6d5kIA). '''Dumuzi''' Roi berger (dans certains récits) -> Lien avec la fertilité, la terre -> Descente aux Enfers (Inanna / Ishtar) -> Figure symbolique d’un homme mythique -> Partie d’un panthéon ou conseil divin. '''Adam''' -> Cultivateur / berger via ses fils -> Créé de la terre (adamah) -> Expulsé de l’Éden → mort introduite -> Homme primordial, mais entouré d'autres humains -> Dieu s’adresse à un conseil, pluriel « nous »</ref>. | |||
== Culte == | == Culte == | ||
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Le culte de Yahvé connut selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] une phase majeure de transformation et de fusion lors de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], sous l'influence de groupes s'alliant militairement et religieusement. | Le culte de Yahvé connut selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] une phase majeure de transformation et de fusion lors de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], sous l'influence de groupes s'alliant militairement et religieusement. | ||
'''<big>1. Le syncrétisme | '''<big>1. Le syncrétisme entre [[Baal]] et [[Seth]]</big>''' | ||
Selon l'auteur, le culte de Yahvé aurait '''fusionné''' (par syncrétisme) avec le culte de [[Baal]] et son équivalent égyptien, [[Seth]], en particulier durant la période [[Hyksôs]] et l'alliance au Sinaï. Dans les [[Mythologie|mythologies]] mésopotamiennes et cananéennes, [[Baal]] ([[Marduk]]) fut considéré (après Dumuzi historiquement, lors de la période akkadienne qui suivit les temps sumériens) comme le fils symbolique d'[[Ea]]/Yahou qu'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] assimile à '''Yahvé'''. Les [[Hyksôs]], que l'auteur démontre dans le tome 3 de son ouvrage ''La Bible lue par un Asperger'' former la majorité des exilés, pratiquaient un culte de [[Baal]]/[[Seth]] qui était déjà '''[[Monothéisme|monothéiste]] :''' ce dieu exigeait la '''destruction des idoles''' et était un dieu '''jaloux'''. C'est par le biais d'un [[syncrétisme]] que le nom '''Yahvé''' aurait été '''apposé''' à l'entité de [[Baal]]/[[Seth]]. C'est pourquoi, selon l'auteur, dans les passages de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] le Dieu nommé Yahvé arbore '''toutes les manifestations du dieu [[Baal]]''' : le [[Serpent (symbole)|serpent]], la [[Lèpre (symbole)|lèpre]], le [[Feu (symbole)|feu]], les [[Fléaux (symbole)|fléaux]], et le [[Loi des Prémices|sacrifice des premiers-nés]]<ref>'''à sourcer''', notamment concernant des références d'attribution à Baal de manifestations par le biais de la "lèpre" ou de "fléaux".</ref>. | Selon l'auteur, le culte de Yahvé aurait '''fusionné''' (par syncrétisme) avec le culte de [[Baal]] et son équivalent égyptien, [[Seth]], en particulier durant la période [[Hyksôs]] et l'alliance au Sinaï. Dans les [[Mythologie|mythologies]] mésopotamiennes et cananéennes, [[Baal]] ([[Marduk]]) fut considéré (après Dumuzi historiquement, lors de la période akkadienne qui suivit les temps sumériens) comme le fils symbolique d'[[Ea]]/Yahou qu'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] assimile à '''Yahvé'''. Les [[Hyksôs]], que l'auteur démontre dans le tome 3 de son ouvrage ''La Bible lue par un Asperger'' former la majorité des exilés, pratiquaient un culte de [[Baal]]/[[Seth]] qui était déjà '''[[Monothéisme|monothéiste]] :''' ce dieu exigeait la '''destruction des idoles''' et était un dieu '''jaloux'''. C'est par le biais d'un [[syncrétisme]] que le nom '''Yahvé''' aurait été '''apposé''' à l'entité de [[Baal]]/[[Seth]]. C'est pourquoi, selon l'auteur, dans les passages de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] le Dieu nommé Yahvé arbore '''toutes les manifestations du dieu [[Baal]]''' : le [[Serpent (symbole)|serpent]], la [[Lèpre (symbole)|lèpre]], le [[Feu (symbole)|feu]], les [[Fléaux (symbole)|fléaux]], et le [[Loi des Prémices|sacrifice des premiers-nés]]<ref>'''à sourcer''', notamment concernant des références d'attribution à Baal de manifestations par le biais de la "lèpre" ou de "fléaux".</ref>. | ||
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== Lien avec Baal == | == Lien avec Baal == | ||
Selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]], les liens entre Yahvé (Yhwh) et [[Baal]] sont profonds, complexes, et historiquement dynamiques, allant d'une relation familiale mythologique à une assimilation cultuelle temporaire, suivie d'un schisme violent motivé par la [[concurrence]]. | Selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]], les liens entre Yahvé (Yhwh) et [[Baal]] sont profonds, complexes, et historiquement dynamiques, allant d'une relation familiale mythologique à une assimilation cultuelle temporaire, suivie d'un schisme violent motivé par la [[concurrence]]. | ||
' | [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] soutient que l'identité entre Yahvé (Yhwh) et [[Baal]] n'est pas une simple coïncidence ou une influence, mais qu'elle fut, à un moment de l'histoire, une '''assimilation concrète''' et un '''[[syncrétisme]] religieux''' presque total entre les deux cultes, avant qu'ils ne se séparent et deviennent des ennemis jurés. | ||
Pour démontrer ce syncrétisme, [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] utilise une méthode historiographique consistant à rassembler un '''très large faisceau d'éléments convergents''' dans les textes bibliques et les données archéologiques, insistant sur le fait que de simples coïncidences ne suffiraient pas. | |||
Les principaux éléments qu'il mobilise pour prouver ce syncrétisme parfait sont les suivants : | |||
'''<big>1. Lien familial mythologique (Père et Fils)</big>''' | |||
Le rapport le plus fondamental, trans-culturellement, est celui de la '''filiation'''. Dans toutes les mythologies régionales, la relation entre l'entité Yahvé (dans son identité sumérienne originelle de Ea/Yahou) et [[Baal]] est celle de '''père et fils'''<ref>'''Paolo Matthiae''' et '''Jean Bottero,''' travaux archéologiques et philologiques à Ebla, sur les textes ou noms théonymiques ou de prêtres/ancêtres divins. On trouve à Ebla des noms comportant “Ia” (ou “Ia‑/Yah‑‑‑”) que certains (comme Bottero) suggèrent être une forme ou un équivalent sémitique de Ea / Enki. Cela ouvre la possibilité d’une influence ou diffusion culturelle vers l’Ouest, sans la certitude néanmoins d'une filiation doctrinale Baal ← Ea.</ref>. Dans les mythologies mésopotamiennes et cananéennes, '''[[Baal]] (ou [[Marduk]])''' était considéré comme le '''fils symbolique''' de Yahvé. Ce rapport se maintient dans la Bible : '''Yahvé est affirmé être le Père d'[[Adam]]'''. Or, '''Adam''' est l'équivalent historique et rituel du roi sumérien '''[[Dumuzi]]''' ([[Tammuz]]), dont [[Baal]] est une variante de ce personnage divin du "fils maudit". Dans les panthéons cananéens et ougaritiques, [[Baal]] était considéré comme le '''fils symbolique''' de la divinité suprême '''El''' (un nom parfois utilisé pour Yahvé)<ref>Noga Ayali‑Darshan, art. “Baal, Son of Dagan: In Search of Baal’s Double Paternity” : « ''Like all the Ugaritic gods, Baal is customarily regarded as a son of El…'' » (Publication : ''Journal of the American Oriental Society'', volume 133, numéro 4, 2013, pp. 651-657) ; | |||
« ''…Baal is also considered the son of El who is called “Bull El his [i.e., Baal’s] father; El King who begot him''” » (''Encyclopaedia Judaica'', 2e édition, vol 3, 2007) ; | |||
'' | « ''…he was a major deity understood as a sky-god who brought rain … He is referenced as the son of El, the king of the gods, in Ugarit.'' » (site World History Encyclopedia) ; | ||
Claude F.-A. Schaëffer, art. « Le culte d’El à Ras Shamra-Ougarit et le veau d’or » : « ''El y est désigné comme le dieu omnipotent, placé au sommet du panthéon cananéen d’Ugarit, d’où il dirige ce qui est appelé tantôt “l’assemblée de la totalité des dieux”, tantôt celle “de la totalité des fils de El”'' » (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année 1966, tome 110, fascicule 2, pp. 327-338. Persée).</ref>. Le lien entre Adam et Yahvé est donc le même que le lien qui existait jadis entre Dumuzi et le dieu Ea. Cette identité '''père-fils''' démontre selon l'auteur que leur culte sont intimement liés par une '''même origine''' et une '''même histoire'''<ref>Voir plus haut: "Origine en Mésopotamie : 2. Parallèles mythologiques et rôles divins partagés".</ref>. | |||
''' | '''<big>2. Le partenariat divin ([[Ashera]]/[[Ishtar]])</big>''' | ||
''' | L'existence d'une déesse associée aux deux divinités prouve selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] l'assimilation passée. | ||
• '''Association Féminine :''' Il est archéologiquement attesté que Yahvé fut un moment associé à une déesse féminine, '''[[Ashera]]''' (Asherah), comme le prouvent les jarres exhumées dans le Sinaï<ref>Ze’ev Meshel, in “Did Yahweh Have a Consort?” '''–''' (article dans ''Biblical Archaeology Review'', 1978), concernant les fouilles à Kuntillet ‘Ajrud (Sinai / nord-est du Sinaï) ; William G. Dever, in ''Did God Have a Wife? : Archaeology and Folk Religion in Ancient Israel'' – (2005), établit une comparaison de multiples sites en Israël / Juda ; le “cult stand” (support cultuel) découvert à Ta’anakh en Israël du Nord, l'ancien Canaan, est souvent évoqué comme un artefact lié au culte d’Asherah, et est discuté dans les contextes de Yahweh + Asherah. </ref>. | |||
''' | • '''Ishtar/[[Ève]] :''' [[Ashera]] serait d'après [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] un avatar de la déesse mésopotamienne [[Ishtar]], qui était la '''partenaire féminine de [[Baal]]'''. Étant donné que [[Baal]] et Yahvé partageaient la même consort ([[Ishtar]]/[[Ashera]]), cela accrédite l'assimilation des deux cultes en certains lieux. | ||
'''<big>3. La confusion nominale et la preuve des synonymes</big>''' | |||
''' | [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] apporte dans le texte biblique des preuves formelles concernant le fait que selon lui les noms "Yahvé" et "[[Baal]]" étaient jadis '''interchangeables''', au moins pour certains adeptes de ces divinités. Selon lui, bien qu'il y ait eu plus tard dans l'histoire biblique un '''schisme''' et une guerre farouche entre Yahvé et [[Baal]] (durant la période des rois précisément), l'identité et l'assimilation entre les deux entités fut une '''réalité historique préalable''' qui est clairement attestée dans les textes bibliques eux-mêmes, par l'interchangeabilité des noms et des symboles : | ||
• '''Les Noms Théophores :''' Les noms d'une multitude de personnages bibliques prouvent selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] cette ancienne association. Pour ne citer ici qu'un exemple<ref>Voir note 11 de ce même article.</ref>, le roi Saül, un promoteur du culte de Yahvé, nomma son fils '''Ishbaal''' ("l'homme de [[Baal]]")<ref>1 Chroniques 8:33 et 1 Chroniques 9:39.</ref>. Une telle nomination serait selon Arsmann '''totalement absurde''' si les deux divinités avaient été perçues à cette époque comme des antithèses ou des ennemis jurés, forçant selon l'auteur à la conclusion qu'elles ne faisaient qu'un à ce moment. | |||
'''< | • '''Le Refoulement Prophétique :''' L'interdiction formelle du nom de [[Baal]]<ref>Osée 2:17 (ou 2:19 selon les versions) ; Élie (1 Rois 18). | ||
Les prophètes '''Élie''' et '''Osée''', qui ont joué un rôle clé dans la lutte contre le culte de '''Baal''', ont vécu à des époques différentes mais toutes deux marquées par l’idolâtrie dans le royaume du Nord (Israël). Elie a vécu de vers 870 à environ 850 av. J.-C., pendant le règne d’Achab (Ahab) et de sa femme Jézabel. Il est intervenu aussi brièvement sous le règne d’Achazia (fils d’Achab). Osée (environ 750 – 722 av. J.-C.) prophétise durant les dernières décennies du royaume du Nord, avant sa chute face à l’Assyrie, sous les rois Ozias (Azaria), Yotham, Achaz et Ézéchias dans le royaume de Juda au Sud, et Jéroboam II puis Zacharie, Shallum, Menahem, Pekachia, Péqah et Osée (dernier roi, 732–722 av. J.-C.) dans le royaume d'Israël au Nord.</ref> prouve selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] son existence antérieure dans le culte. Le prophète Osée martèle en effet que Yahvé interdit à son peuple de l'appeler '''« '''Mon Baal '''»'''<ref>Osée 2:16–17 ''(ou 2:18–19 selon les versions)'' : « ''En ce jour-là, dit l’Éternel, tu m’appelleras : Mon mari ! et tu '''ne''' m’appelleras '''plus''' : Mon Baal ! J’ôterai de sa bouche les noms des Baals, afin qu’on ne les mentionne plus par leurs noms.'' »</ref>, ce qui implique logiquement selon l'auteur que cette association nominale a été précédemment '''très concrète'''. De même, le changement du nom du fils de Saül d'Ishbaal en ''Ish-Bosheth'' ("l'homme de la honte")<ref>Les passages de 2 Samuel 2:8 ''« Abner, fils de Ner, chef de l’armée de Saül, prit '''Ish-Bosheth''', fils de Saül, et le fit passer à Mahanaïm. »'' et 2 Samuel 4:4 semblent en effet contradictoires avec ceux de 1 Chroniques 8:33 et 1 Chroniques 9:39 où le même personnage est nommé '''"Ishbaal".''' | |||
A cause de l’association de Baal avec le culte païen cananéen, les rédacteurs ou copistes plus tardifs ont substitué le mot Bosheth ("honte") à Baal, pour éviter d’attribuer le nom d’une idole à un roi d’Israël. Ce procédé n’est pas unique dans le texte biblique : on retrouve la même chose pour '''Meribbaal''' (fils de Jonathan), devenu '''Mephibosheth''' (''2 Samuel'').</ref> est une '''retouche à caractère de refoulement''' visant à éviter l'association dérangeante entre Baal et Yahvé. | |||
'''<big>4. Lien d'identité et [[syncrétisme]] :</big>''' | |||
Pour le roi [[David]], par exemple, les noms Yahvé et [[Baal]] étaient '''interchangeables''' donc '''synonymes,''' et définissaient la '''même entité'''. [[David]], fervent adepte de Yahvé, a pourtant nommé une région conquise au nom de Yahvé, "'''Baal-Perazim'''" ("Brèches de Baal" ou "Baal des ruptures"), ce qui d'après [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] aurait été une dénomination absurde si Baal avait été la divinité de ses ennemis jurés<ref>Allan Arsmann évoque la conquête par le roi David de la région nommée Bal-Perazim (qu'il nomme également Bal des Régimes) dans la vidéo intitulée "L'identité entre Baal et Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=p-EpZ_lhOYk&t=4s).</ref>. [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] utilise cet événement pour démontrer l'assimilation ponctuelle ou le syncrétisme religieux entre Yahvé et [[Baal]] : le roi [[David]], fervent adepte de Yahvé, mène de nombreuses conquêtes au nom de son dieu et l'une de ses victoires se conclut par la re-nomination du lieu où elle fut acquise. Or, la ville conquise au nom de Yahvé est étrangement re-nommée '''en l'honneur de Baal'''. Les exégètes traditionnels suggèrent de leur côté que la ville aurait gagné ce nouveau nom en référence au dieu vaincu, Baal, hypothèse qu'[[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] considère "scientifiquement irrecevable" et "absurde" : il rappelle en effet qu'au cours de l'histoire, les lieux conquis ont toujours été nommés en l'honneur du vainqueur, jamais du vaincu. Il pense pour sa part que le sens littéral des '''"brèches de Baal"''' fait plutôt explicitement référence au texte biblique qui précède, relatif aux "brèches" imposées '''par Yahvé''' au cœur de l'armée ennemie<ref>Baal-Perazim est une localité proche de Jérusalem, où David battit les Philistins : 2 Sa 5, 20 : “L’Éternel a '''brisé mes ennemis''' devant moi, comme on '''brise''' les eaux.” C’est pourquoi on appela ce lieu Baal‑Perazim. » ; 1 Chroniques 14:11 (version Louis Segond) : ''« Ils montèrent à Baal-Peratsim, où David les battit. David dit : “Dieu a '''dispersé''' mes ennemis par ma main, comme les eaux qui '''rompent''' une digue.” C’est pourquoi l’on donna à ce lieu le nom de '''Baal-Peratsim'''. »''</ref>. | |||
En outre, les deux cultes avaient '''plusieurs fêtes en commun''', et de nombreux '''lieux de culte''' de Yahvé étaient '''d'anciens lieux de culte jadis voués au dieu [[Baal]]'''<ref>Plusieurs lieux de culte dédiés à Yahvé dans la Bible sont soupçonnés ou identifiés par les textes bibliques eux-mêmes (ou par l’archéologie) comme ayant été des sanctuaires païens antérieurs, notamment consacrés à Baal, ou à d’autres divinités cananéennes. La Bible mentionne souvent ce phénomène dans le cadre d’une lutte religieuse : le culte de Yahvé s’est souvent implanté en lieu et place des anciens cultes cananéens. '''Béthel''' (en hébreu : בֵּית־אֵל, "maison de Dieu") était un haut lieu cananéen important avant l’arrivée des Israélites. Le nom ''Beth-El'' peut désigner un ancien sanctuaire dédié au dieu El (le dieu suprême du panthéon cananéen, parfois confondu avec Baal). Jacob y voit une échelle céleste et établit un autel à Yahvé. Mais plus tard, Jéroboam I y installe un veau d’or pour le culte dissident du royaume du Nord (1 Rois 12:28–33), ce qui est dénoncé comme idolâtre. En Samarie, le '''mont Garizim''' (ou '''Sichem''') était une région ancienne du culte de Baal, notamment sous le règne d’Achab et de sa femme Jézabel, qui introduit le culte de Baal de Tyr (1 Rois 16:31–33). Le prophète Élie affronte les prophètes de Baal dans ce contexte (1 Rois 18). Plus tard, les Samaritains y établiront un culte yahviste dissident, centré sur le mont Garizim (voir Jean 4:20). Il s'agit donc d’un lieu anciennement baalique (ou syncrétique), transformé en sanctuaire de Yahvé. '''Dan''' était un sanctuaire de haute antiquité. Des fouilles archéologiques (tel Dan) ont mis au jour un complexe cultuel cananéen, avec possible lien à Baal ou El. Dans la Bible, Jéroboam y place un autre veau d’or (1 Rois 12:29). Le culte y est donc à la fois yahviste et idolâtre, mêlant des éléments anciens du paganisme local. '''Hébron''' était un haut lieu religieux avant les Hébreux, lié aux Anakim, géants cananéens (Josué 14:15). Le site était possiblement lié à El Elyon ou à des dieux locaux assimilés à Baal. Abraham y érigea ensuite un autel à Yahvé (Genèse 13:18). et David y fut sacré roi. '''Guéba''' et '''Guibeon''', qui fut un lieu de culte important sous Salomon (1 Rois 3:4), qui y offre des sacrifices à Yahvé. Mais Guibeon semble aussi avoir été un haut lieu de culte antérieur. Dans Jérémie 11:13 il est dit que ''« Tes autels, ô Juda, sont comme les autels de Baal... »,'' ce qui suggère que les villes judéennes avaient des autels syncrétiques, possiblement dans des lieux yahvistes traditionnels. Selon Ézéchiel 8 et 2 Rois 23, même '''le Temple de Jérusalem''' aurait été pollué par des cultes à Baal, Astarté, et d’autres dieux, notamment sous les règnes impies (ex : celui de Manassé). Le roi Josias mènera une purge religieuse drastique des autels et objets idolâtres dans le Temple (2 Rois 23:4–7).</ref>. La déesse [[Ashera]] (qui est un avatar d'[[Ishtar]] , la partenaire de [[Baal]]) fut même associée à Yahvé, et sa statue fut présente dans le Temple de Jérusalem<ref>'''La femme dans l'épha dans l'ancien testament, Zach., 5, 5-11''' : "Puis l’ange chargé de me parler sortit et me dit : Lève les yeux et regarde ce qui vient là. – Qu’est-ce ? lui demandai-je. Il me répondit : C’est un boisseau qui vient. Puis il ajouta : Il représente le péché du peuple dans tout le pays. Soudain, un couvercle de plomb se souleva et une femme apparut, assise à l’intérieur du boisseau. Cette femme, me dit l’ange, c’est la Méchanceté. Et il la repoussa à l’intérieur du boisseau qu’il referma avec le couvercle de plomb. Je regardai et je vis arriver deux femmes. Le vent gonflait leurs ailes semblables aux ailes des cigognes. Elles soulevèrent le boisseau entre ciel et terre. Je demandai à l’ange chargé de me parler : Où emportent-elles le boisseau ? Il me répondit : Elles l’emportent en Babylonie, où elles lui bâtiront un sanctuaire. Lorsqu’il sera prêt, on le fixera là sur son piédestal." (trad. ''La Bible du Semeur'').</ref>. | |||
'''<big>5. Le partage des attributs cultuels (Le calque de Baal)</big>''' | |||
Yahvé, tel qu'il est décrit durant la période de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], emprunte tous les attributs et symboles qui sont la signature du dieu [[Baal]] dans la haute Antiquité<ref>Allan Arsmann, "L'identité entre Baal et Yahvé - élucidée par un Asperger", vidéo YouTube (https://www.youtube.com/watch?v=p-EpZ_lhOYk&t=299s).</ref> : | |||
◦ Il se manifeste par le '''[[Serpent (symbole)|serpent]]''' (en lien avec l'[[Apopi]] égyptien et la figure maléfique de [[Seth]], équivalent de Baal en Égypte). | |||
◦ Il se définit par la '''[[Lèpre (symbole)|lèpre]]''', le second signe donné à Moïse. Or, [[Baal]]/[[Seth]] était le dieu égyptien de la souffrance et de la maladie. | |||
◦ Il est un dieu du '''[[Feu sacré|feu]]''', de la '''colère''' et de la '''jalousie''' (la [[concurrence]] ). | |||
◦ Il ordonne le '''[[Le massacre des Innocents|massacre des premiers-nés]]''', ce qui était la principale exigence du culte de [[Baal]]. | |||
L'auteur fait remarquer en outre que les deux cultes avaient '''plusieurs fêtes en commun'''<ref>Les cultes de Baal et Yahvé se sont développés dans un contexte commun (Canaan, Syrie, Israël) et présentent donc des fêtes, symboles ou rituels parallèles, voire parfois concurrents ou récupérés. C'est le cas des fêtes suivantes : f<u>ête de la moisson / fête de l'orge</u> : '''Baal''', en tant que dieu de la fertilité et de la pluie, était honoré lors de fêtes agricoles liées aux cycles saisonniers, notamment au printemps (vers avril-mai). Ces fêtes célébraient la fin de la saison des pluies et le début des récoltes, et incluaient des offrandes végétales, parfois accompagnées de rites de fertilité. '''Yahvé''' : fête des Semaines (''Shavouot'') ou Fête de la Moisson dans la Bible hébraïque (Exode 23:16 ; Lévitique 23:15-22). Elle a lieu 50 jours après Pessa’h (Pâque) et célèbre aussi la moisson de l’orge puis du blé. Pour les deux cultes, la fête avait lieu à la fin du printemps. Elle concernait les offrandes de prémices agricoles, et exprimait la gratitude du peuple pour les récoltes et reconnaissance du dieu source de fertilité. Cf. Exode 23:16 – ''« Tu observeras la fête de la moisson, des prémices de ton travail. »'' f<u>ête de la pluie / début de l'année agricole (automne)</u> '''Baal''' est le maître des pluies. Les textes d’Ougarit racontent sa mort en été (saison sèche) et son retour en automne (saison des pluies), un cycle mythologique associé au renouveau agricole. Son retour était célébré lors de fêtes d’automne, marquant la reprise de la fertilité des sols. '''Yahvé''' est célébré quant à lui à l'occasion de la Fête des Tentes / Soukkot (Lévitique 23:33-43 ; Deutéronome 16:13-15), célébrée à l’automne, à la fin des récoltes. Elle inclut des '''prières pour la pluie''' et des rituels liés à l’eau (surtout à l’époque du Second Temple). Ces deux cultes célébraient ces rituels à l'automne par des prières pour l'eau et la fertilité. La fête permettait la célébration du cycle agraire et appel à la bénédiction divine pour l’année à venir. Cf. Zacharie 14:16-17 : les nations qui ne monteront pas à Jérusalem pour célébrer Soukkot « n’auront pas de pluie ». <u>Fête avec sacrifices d’animaux et culte sur les hauteurs</u> : le culte à '''Baal''' était souvent pratiqué sur des '''hauteurs (bamot)''', avec '''sacrifices d’animaux''' et parfois rites extatiques (danse, musique, auto-mutilation comme dans 1 Rois 18). Ces fêtes étaient accompagnées de repas sacrés en l’honneur du dieu. Chez '''Yahvé''' le culte fut aussi pratiqué sur les hauteurs (voir 1 Samuel 9:12-14 ; 1 Rois 3:2-4). Des sacrifices furent prescrits dans la Loi de Moïse, lors de fêtes comme Pessa’h, Soukkot, etc. Après la réforme deutéronomique (VIIe siècle av. J.-C.), seul le Temple de Jérusalem fut autorisé pour ces pratiques. Dans les cultes des deux divinités là encore, la pratique religieuse est centrée sur les sacrifices et repas rituels. On note pour les deux l'utilisation des hauts lieux avant centralisation du culte dans un lieu dédié (le Temple). Ces similitudes sont le témoignage d’un '''substrat religieux commun'''.</ref>. De plus, le lieu où l''''[[Arche d'alliance|Arche d'Alliance]]''' (l'objet le plus sacré du culte de Yahvé) demeura longtemps fut la ville nommée '''Baala''', qui était la ville sainte du dieu [[Baal]]<ref>Plusieurs indices et mentions bibliques, ainsi que quelques travaux archéologiques récents, associent '''Kiryat Yéarim''' (aussi appelée ''Kirjath‑Baal'', ''Baala'', ''Kiryat-Baala'') à la résidence de l’Arche après certains événements, non sans nuances : selon le '''premier livre de Samuel 7:1''', l’Arche resta à Kiryat‑Yéarim après qu’elle fut restituée par les Philistins. Ce fut un séjour important avant son transfert à Jérusalem. Ce texte biblique place donc Kiryat‑Yéarim / Kirjath‑Baal / Baala comme un des lieux de résidence pour l’Arche. '''1 Chroniques 13:6''' indique que : « Et David, avec tout Israël, monta à **Baala, à Kirjath Jearim, qui est à Juda, pour faire monter de là l’Arche de Dieu… » — ce verset identifie explicitement Baala (une forme de Baal / Baala) comme l’endroit d’où David fait partir l’Arche. Les travaux archéologiques et des spécialistes modernes nuancent un peu ces données : '''Israël Finkelstein''', '''Thomas Römer''', et d’autres universitaires affiliés à des fouilles à Kiryat Yéarim ont étudié le site pour mieux comprendre sa fonction cultuelle. Ils ne prétendent pas que ce soit le « lieu originel » de l’Arche dès sa fabrication, mais examinent plutôt le rôle de ce site dans la tradition biblique comme lieu de culte important pour l’Arche à une époque donnée. Dans des fouilles récentes (2017‑2019), des murs de soutènement du VIIIᵉ siècle avant J.-C. ont été découverts, suggérant que Kiryat Yéarim était un centre cultuel significatif. Cela peut conforter l’idée que l’Arche y était conservée pendant un temps qui avait une importance religieuse, symbolique et politique pour le royaume de Juda.</ref>. | |||
'''<big>6. Le contexte de la fusion historique</big>''' | |||
Le syncrétisme s'ancra selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] dans l'histoire de la formation du peuple hébreu durant l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] (celui des [[Hyksôs]], environ 1540 av. J.-C.). Les [[Hyksôs]] (assimilés par l'auteur aux exilés bibliques<ref>Voir la démonstration de l'auteur établie dans le tome 3 de sa série ''La Bible lue par un Asperger'', ainsi que ses vidéos YouTube "L'origine des Hébreux (avant Mérenptah) - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=movlEC1Ffo8&t=9s), "L'énigme archéologique de l'esclavage des Hébreux - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=As7DJIIUYCc&t=15s), "La date de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f0yUnCZ2GM4&t=17s), et "La fusion Baal-Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=peC19snmPa4&t=118s).</ref>) auraient alors, selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]], formé une alliance pluri-ethnique et religieuse. Ils vénéraient tous des avatars du dieu [[Baal]] ([[Seth]] ou [[Apopi]] en Égypte). Le groupe hébreu, minorité descendant d'Abraham (les "Soixante-dix Sages" évoqués dans l''''Exode biblique'''), qui vénérait [[Ea]] (Yahou), fut d'après l'analyse de l'auteur, intégré à cette alliance monothéiste naissante de [[Baal]]/[[Seth]] juste avant l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]]<ref>Exode 3:16 mentionne les anciens d’Israël que Moïse doit rassembler avant l'Exode : « Va, rassemble les anciens d’Israël, et tu leur diras : YHWH, le Dieu de vos pères... m’est apparu. » Ce verset préfigure le groupe plus formel des 70 anciens qu’on voit après la sortie d’Égypte : Exode 24:1 : « Puis il [YHWH] dit à Moïse : Monte vers le Seigneur, toi, Aaron, Nadab et Abihou, et soixante-dix des anciens d’Israël, et vous vous prosternerez à distance. » Exode 24:9-11 : « Moïse monta avec Aaron, Nadab et Abihou, et soixante-dix des anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël... Ils contemplèrent Dieu, ils mangèrent et ils burent. » Ce passage montre un groupe de 70 anciens associés à une vision théophanique au Sinaï. Ce sont donc des figures religieuses majeures, témoins d’un moment clé de la révélation. Nombres 11:16-17 : « Le Seigneur dit à Moïse : Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, des hommes que tu connais comme anciens du peuple et responsables. Amène-les à la tente de la Rencontre... Je prendrai de l’esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. » Nombres 11:25 : « Le Seigneur descendit dans la nuée, parla à Moïse, et prit de l’esprit qui était sur lui pour le mettre sur les soixante-dix anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser... » (Trad. TOB) Allan Arsmann expose le rôle joué par ces Soixante-dix personnages dans ''La Bible lue par un Asperger'' vol. 3 ch. 26 pp. 412-431 . Il évoque l'importance de ces Soixante-dix personnes dans sa vidéo "La fusion Baal-Yahvé - élucidée par un Asperger'''"''' (https://www.youtube.com/watch?v=peC19snmPa4&t=23s), ainsi que dans "La nature humaine du personnage de Yahvé dans le passage de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=ZtXoe1rwyGg&t=223s). Dans la première vidéo, Arsmann soutient que le culte des Hébreux (le groupe des descendants d'Abraham, qui ne compte peut-être à ce moment-là que quelques dizaines d'individus) fut maintenu à l'écart de l'alliance religieuse des Hyksôs (qui vénéraient Baal/Seth) pendant un siècle. C'est seulement à la toute fin, juste avant l'Exode, que selon l'auteur ces "70 anciens et leurs culte vont être approchés par les Hyksôs et intégrés à leurs projets". Le personnage divin prend alors contact avec les "70 anciens d'Israël par le biais de Moïse à ce moment-là", insiste Arsmann, mais pas avant selon lui. Dans sa seconde vidéo, Arsmann les mentionne comme faisant référence de façon exceptionnelle dans le récit de l'Exode au dieu Yahvé authentique (le dieu Ea sumérien), et non cette fois au roi humain appelé "Yahvé", qui se considère pour sa part et selon Arsmann comme une figure du dieu Baal/Seth. "Lorsque les 70 anciens d'Israël viennent demander à Moïse la preuve du concours terrestre de leur Dieu", dit l'auteur au sujet de l'épisode 4, 29-31 de l'Exode, à ce moment-là du récit, c'est bien de l'authentique dieu Ea qu'il est question : « ''Moïse et Aaron allèrent et rassemblèrent tous les anciens des enfants d’Israël. Aaron rapporta toutes les paroles que YHWH avait dites à Moïse, et il fit les signes devant le peuple. Et le peuple crut''... ».</ref>. | |||
Cette fusion (le syncrétisme du Sinaï) fut selon lui stratégique : l'intégration du culte de Yahvé (qui, en tant qu'[[Ea]], était opposé au sacrifice d'enfants) aurait servi de '''signature''' de l'Alliance, afin de marquer la volonté de '''mettre fin''' aux sacrifices humains pratiqués par le culte de [[Baal]], tandis qu'ils s'apprêtaient à conquérir Canaan, région où cette pratique était encore courante<ref>Allan Arsmann analyse cette révolution dans ''La Bible lue par un Asperger'', vol. 5 partie 2, ch. 54 & 55, pp. 423-459.</ref>. | |||
'''<big>7. Concurrence et schisme (L'hostilité postérieure)</big>''' | |||
Bien que les deux divinités fussent ainsi longtemps assimilées, la relation devint par la suite une '''[[concurrence]] farouche''' qui mena au schisme. Yahvé et [[Baal]] concourraient en effet dans les '''mêmes catégories''' et pour les '''mêmes pratiques''', conduisant au cours des siècles et des vicissitudes à une rivalité exclusive. Le culte de [[Baal]], du fait de ses pratiques barbares (notamment la loi des "[[Loi des Prémices|prémices]]"), provoqua une haine et une honte quimenèrent plus tard à un '''refoulement collectif'''. Le nom de [[Baal]] fut ainsi rétroactivement remplacé, dans les textes bibliques fondateurs où il avait paradoxalement été originellement le principal protagoniste, par celui de Yahvé<ref>II Rois 10,18-28 ; II Rois 12,4 - 14,4 - 15,4 - 23,4-10. Cité par Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', tome 3 ch. 2, p. 37.</ref>. Le point de rupture fondamental fut selon [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] le '''sacrifice des enfants'''. Bien que Yahvé eût jadis exigé ce sacrifice selon des lois très anciennes (la loi des [[Loi des Prémices|'''prémices''']] est plus ancienne que celle des [[Les Dix Commandements|Dix Commandements]]), les ministres du culte de Yahvé, en s'intégrant à l'alliance de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], ont pris la décision de '''mettre fin à ces sacrifices'''. L'intégration de Yahvé au sein de l'alliance syncrétique des [[Baal]] servit ainsi de '''signature''' pour ce changement religieux, Yahvé devenant celui qui '''désormais condamnait ouvertement l'acte de [[Baal]]'''<ref>Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', tome 3 ch. 14, pp. 182-192.</ref>. | |||
== Lien avec Seth == | == Lien avec Seth == | ||
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'''<big>1. L'identité fondamentale entre Baal et Seth</big>''' | '''<big>1. L'identité fondamentale entre Baal et Seth</big>''' | ||
Le point de départ de l'association est l'équivalence entre [[Seth]] et [[Baal]]. [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] affirme que tous les spécialistes continuent d'affirmer que [[Baal]] et [[Seth]] ont le même nom hiéroglyphique aux yeux des Anciens, signifiant qu'ils sont la même entité<ref>'''A SOURCER (identité phonique entre Seth et Baal au niveau hiéroglypjique).''' '''Eythan Levy et d’autres,''' dans ''A Fresh Look at the Mekal Stele'', montrent le concept de “Baal‑Seth” comme catégorie dans les études iconographiques : des dieux nommés Seth mais avec des attributs visuels levantins (c’est‑à‑dire associés à Baal). '''Niv Allon''' : ''“Seth Is Baal: Evidence From the Script”'', dans ''Agypten und Levante'', 2007 (Tel Aviv University), soutient que le nom “Baal” dans les textes égyptiens est souvent écrit avec le déterminatif de l’animal Seth (le signe hiéroglyphique de l’animal Seth). Il considère que le syncrétisme entre Baal et Seth était assez poussé, en particulier sous le Nouvel Empire (entre 1550 av. J.-C. et 1069 av. J.-C., à savoir aux XVIIIe, XIXe et XXe dynasties), en raison de fonctions similaires (dieu de la tempête, des étrangers, etc.). Les travaux de '''Jean‑Yves Te Velde''' sont cités dans le même article de Niv Allon comme références pour l’idée que Baal fut considéré par les Égyptiens comme une manifestation de Seth, ou en tout cas que Seth prit certaines fonctions de Baal. '''Véronique Zivie‑Coche''' est également citée dans le contexte de ces travaux pour l’idée que sur certains monuments les aspects visuels et iconographiques de Baal et de Seth sont combinés, et que dans ces cas, “le nom de Baal peut être écrit avec le déterminatif de Seth”. </ref>. L'Égypte ancienne intégra jadis le culte de Baal, lui donnant des formes et des noms spécifiquement égyptiens, le nommant '''Soutekh''', c'est-à-dire '''Seth '''<ref>Le culte de Baal, une divinité ouest-sémitique (cananéenne), a bien été intégré partiellement dans le panthéon égyptien, notamment durant la période du Nouvel Empire, c’est-à-dire vers le XVe au XIIe siècle av. J.-C., lorsque l’Égypte dominait militairement et politiquement le Proche-Orient (Canaan et Syrie du Sud). A cette époque, l'Egypte développa les relations diplomatiques, commerciales et militaires avec les cités-États cananéennes ; il y eut une présence de populations asiatiques en Égypte. Baal fut alors souvent '''associé à Seth''', dieu égyptien des tempêtes, du chaos et des pays étrangers. Il était vénéré en Canaan, Phénicie, et Syrie, notamment sous le nom de Baal Hadad (dieu de l’orage et de la fertilité). Il apparaissait dans les textes d’Ougarit (XIVe s. av. J.-C.) comme le rival de Mot (la mort) et le champion de l'ordre cosmique. | Le point de départ de l'association est l'équivalence entre [[Seth]] et [[Baal]]. [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] affirme que tous les spécialistes continuent d'affirmer que [[Baal]] et [[Seth]] ont le même nom hiéroglyphique aux yeux des Anciens, signifiant qu'ils sont la même entité<ref>'''A SOURCER (identité phonique entre Seth et Baal au niveau hiéroglypjique).''' '''Eythan Levy et d’autres,''' dans ''A Fresh Look at the Mekal Stele'', montrent le concept de “Baal‑Seth” comme catégorie dans les études iconographiques : des dieux nommés Seth mais avec des attributs visuels levantins (c’est‑à‑dire associés à Baal). '''Niv Allon''' : ''“Seth Is Baal: Evidence From the Script”'', dans ''Agypten und Levante'', 2007 (Tel Aviv University), soutient que le nom “Baal” dans les textes égyptiens est souvent écrit avec le déterminatif de l’animal Seth (le signe hiéroglyphique de l’animal Seth). Il considère que le syncrétisme entre Baal et Seth était assez poussé, en particulier sous le Nouvel Empire (entre 1550 av. J.-C. et 1069 av. J.-C., à savoir aux XVIIIe, XIXe et XXe dynasties), en raison de fonctions similaires (dieu de la tempête, des étrangers, etc.). Les travaux de '''Jean‑Yves Te Velde''' sont cités dans le même article de Niv Allon comme références pour l’idée que Baal fut considéré par les Égyptiens comme une manifestation de Seth, ou en tout cas que Seth prit certaines fonctions de Baal. '''Véronique Zivie‑Coche''' est également citée dans le contexte de ces travaux pour l’idée que sur certains monuments les aspects visuels et iconographiques de Baal et de Seth sont combinés, et que dans ces cas, “le nom de Baal peut être écrit avec le déterminatif de Seth”. </ref>. L'Égypte ancienne intégra jadis le culte de [[Baal]], lui donnant des formes et des noms spécifiquement égyptiens, le nommant '''Soutekh''', c'est-à-dire '''Seth '''<ref>Le culte de Baal, une divinité ouest-sémitique (cananéenne), a bien été intégré partiellement dans le panthéon égyptien, notamment durant la période du Nouvel Empire, c’est-à-dire vers le XVe au XIIe siècle av. J.-C., lorsque l’Égypte dominait militairement et politiquement le Proche-Orient (Canaan et Syrie du Sud). A cette époque, l'Egypte développa les relations diplomatiques, commerciales et militaires avec les cités-États cananéennes ; il y eut une présence de populations asiatiques en Égypte. Baal fut alors souvent '''associé à Seth''', dieu égyptien des tempêtes, du chaos et des pays étrangers. Il était vénéré en Canaan, Phénicie, et Syrie, notamment sous le nom de Baal Hadad (dieu de l’orage et de la fertilité). Il apparaissait dans les textes d’Ougarit (XIVe s. av. J.-C.) comme le rival de Mot (la mort) et le champion de l'ordre cosmique. Sous la XVIIIe Dynastie (vers 1550–1295 av. J.-C.), pendant les conquêtes de la Syrie-Palestine (règnes de Thoutmosis III et de ses successeurs, l’Égypte établit une présence forte au Levant. Cela favorise le syncrétisme religieux avec les divinités locales. | ||
Sous la XVIIIe Dynastie (vers 1550–1295 av. J.-C.), pendant les conquêtes de la Syrie-Palestine (règnes de Thoutmosis III et de ses successeurs, l’Égypte établit une présence forte au Levant. Cela favorise le syncrétisme religieux avec les divinités locales | |||
Après le Nouvel Empire (vers 1100 av. J.-C.), avec le retrait égyptien du Levant et les troubles internes, l’influence des dieux sémitiques diminue. Seth (et donc Baal par association) est de plus en plus diabolisé dans les siècles suivants, considéré comme un dieu traître et associé au mal. | Une stèle de Ramsès II trouvée à Pi-Ramsès (ancienne capitale dans le Delta) invoque « Seth-Baal ». Seth, le dieu égyptien du chaos et des tempêtes, est identifié à Baal, en raison de leurs traits similaires (orage, guerre, pouvoir destructeur). Sous le règne de Ramsès II (vers 1279–1213 av. J.-C.), la ville de Pi-Ramsès (dans le Delta oriental) devient un centre multiculturel, avec de nombreux ouvriers et soldats sémitiques. On y trouve des traces archéologiques de temples cananéens, notamment à Baal et Astarté. Le culte de Baal y est officiellement toléré et même encouragé, notamment comme dieu protecteur de l’armée et de la foudre guerrière. Après le Nouvel Empire (vers 1100 av. J.-C.), avec le retrait égyptien du Levant et les troubles internes, l’influence des dieux sémitiques diminue. Seth (et donc Baal par association) est de plus en plus diabolisé dans les siècles suivants, considéré comme un dieu traître et associé au mal. Keiko Tazawa, ''Egyptian Religion under the Influence of Syro-Palestinian deities in the New Kingdom'' (thèse, Univ. de Liverpool, 2008) ; Niv Allon, ''Seth is Baal – Evidence from the Egyptian Script'', ''Ägypten und Levante'' 17 (2007) ; Erika Roboz, Thèse / étude mentionnée dans ''Ba’al was known in Egypt as early as the Middle Kingdom … syncretized with Seth … worshipped in the New Kingdom'' ; Wolfgang Helck, Article ''Zum Auftreten fremder Götter in Ägypten'' (1966, Oriens Antiques).</ref>''':''' | ||
* L’intégration significative de [[Baal]] en Égypte date '''du Nouvel Empire''', surtout de la '''XVIIIᵉ dynastie''' (vers 1550‑1295 av. J.-C.). Plus précisément, des attestations montrent que des prêtres de [[Baal]] (et d’[[Ashera / Astarté|Astarté]]) sont mentionnés '''à partir de la fin de la XVIIIᵉ dynastie'''. Le culte continue dans les dynasties suivantes, notamment pendant la XIXᵉ dynastie jusqu’à la XXᵉ, et plus tard dans des écrits et usages privés ou étrangers (population asiatique en Égypte) même après l’apogée royale de [[Baal]]<ref>'''Thomas Schneider :''' étude des dieux asiatiques en Égypte (Syro‑Palestiniens, Baal, Astarté), notamment dans ''Foreign Egypt: Egyptology and the Concept of Cultural Appropriation''. '''Wolfgang Helck :''' études anciennes sur l’apparition des dieux étrangers en Égypte, notamment “Zum Auftreten fremder Götter in Ägypten”. (EKB Journals) '''Keiko Tazawa :''' travaux plus récents, sur les divinités syro‑palestiniennes dans l’Égypte du Nouvel Empire. (EKB Journals) '''Niv Allon :''' article ''“Seth is Baal: evidence from the Egyptian script”'' (2007). Analyse de comment le nom “Baal” est représenté dans le script égyptien, et de l’identification scripturale / iconographique entre Seth et Baal. '''H. Te Velde :''' cité pour ses travaux sur Seth, notamment ''Seth, God of Confusion'', qui examine le rôle et les associations de Seth, y compris avec des divinités étrangères. </ref>. | |||
C'est durant la '''période [[Hyksôs]]''' (une période dont [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] affirme qu'elle correspond à l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] biblique) que le dieu [[Seth]] fut '''complètement et totalement identifié''' comme étant le dieu [[Baal]] des étrangers (les [[Sémites]]). Le culte de [[Seth]] était alors dominant et même [[Monothéisme|monothéiste]] chez les [[Hyksôs]]<ref>'''Manfred Bietak :''' archéologue autrichien, chef des fouilles à Tell el‑Dabʿa, travaux sur Avaris, sur les temples syro-palestiniens, les cultes hybrides, etc. Très centrale dans ce domaine. '''Vera Müller''' (et Irene Forstner‑Müller, Joris Peters) ont travaillé avec Bietak sur les fouilles, sur les temples syro-palestiniens du district A/II à Tell el‑Dabʿa, analysant les vestiges rituels, les altars, les poteries, etc. '''Jan Assmann,''' spécialiste des religions égyptiennes et de la monolâtrie, a évoqué Apophis (Apopi) et son culte de Seth, et les implications religieuses. </ref>: | |||
* '''Tell el‑Dabʿa / Avaris''' – Manfred Bietak et son équipe ont fouillé le site de Tell el‑Dabʿa, l’ancienne [[Correspondance historique: Les travaux sur le site de Pi Ramsès|Avaris]], capitale [[Hyksôs|hyksôsienne]]. Ils y ont mis au jour un “district sacré” (Area A/II) contenant des temples syro‑palestiniens et des temples égyptiens, ce qui indique une situation religieuse mixte. Des fosses sacrificielles et des restes de repas rituels ont été découverts dans les avant-cours de ces temples, attestant la continuation des cultes levantins même après la reconquête thébaine. | |||
* '''Poterie, sceaux, iconographie levantine''' – Il y a chez les [[Hyksôs]] à [[Correspondance historique: Les travaux sur le site de Pi Ramsès|Avaris]] des sceaux, des poteries, et des importations du Levant. Certaines iconographies rappellent des dieux syro‑palestiniens. Par exemple, un sceau découvert à Tell el‑Dabʿa montre « Baal‑Saphon » (un avatar de [[Baal]] dans la littérature ougaritique) dans un style iconographique levantin. | |||
* '''Roi Hyksôs Apophis (Apopi) et Seth''' [[Apopi III|Apophis]] est représenté dans les sources comme un roi [[hyksôs]] favorisant le culte de [[Seth]]. Une tradition, plus tardive, rapporte qu’“[[Apopi III|Apophis]] choisit pour son seigneur le dieu [[Seth]], il ne vénérait aucun autre dieu de toute la terre que [[Seth]]”<ref>« ''Alors le roi Apophis — vie, prospérité, santé ! — choisit Seth pour seigneur à son service, et il refusa de servir aucun autre dieu qui se trouvait dans tout le pays, à l’exception de Seth. Il fit bâtir pour lui un temple d’un travail admirable…'' » (citation issue du ''Papyrus Sallier I'' , récit littéraire égyptien du Nouvel Empire, racontant une confrontation entre le roi Hyksôs Apophis et le roi thébain Seqenenrê, vers 1560–1555 av. J.-C. Cette date correspond aux dernières années du règne d’Apophis et aux campagnes qui mèneront à la réunification du pays sous Ahmôsis Ier, fils de Seqenenrê. Le ''Papyrus Sallier I'' - British Museum EA 10185 - fut rédigé sous le Nouvel Empire, XIXᵉ dynastie, probablement pendant le règne de Ramsès II, environ vers 1250 av. J.-C. Ce papyrus contient plusieurs textes, dont l’histoire dite d'''“Apophis et Seqenenrê”'', une œuvre littéraire propagandiste exaltant la lutte thébaine contre les Hyksôs.)</ref>. Cela suggère une forme de '''monolâtrie''' ou de culte dominant d’une divinité étrangère, mais il n’est pas certain que cela représente un culte officiel “[[Baal]] tel quel” plutôt qu’une identification [[Syncrétisme|syncrétisque]] entre [[Baal]] et [[Seth]] ou la préférence pour [[Seth]] comme divinité “étrangère/dieu de la tempête”. | |||
'''<big>2. Le [[syncrétisme]] : Yahvé assimilé à Seth/Baal</big>''' | |||
''' | Si Yahvé fut assimilé à [[Baal]] (ce qui fut le cas au Sinaï, formant le socle du peuple Hébreu), et que [[Baal]] était [[Seth]] en Égypte, il s'ensuit que, dans ce contexte, '''Yahvé fut confondu avec [[Seth]]'''. | ||
• '''Le Contexte de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] :''' L'épopée mosaïque se déroule en Égypte, et les futurs exilés bibliques y ont vécu pendant plusieurs générations. Il est donc logique que le culte de [[Baal]] ait arboré des traits culturels égyptiens qui étaient alors prêtés à [[Seth]]. Le dieu nommé Yahvé dans les passages de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] arbore des [[symboles]] qui sont, pour les Égyptiens de l'époque, des '''signatures claires du dieu [[Seth]]'''. | |||
{| class="wikitable" | {| class="wikitable" | ||
|Symbole du Yahvé de l'Exode (selon Arsmann) | |Symbole du Yahvé de l'Exode (selon Arsmann) | ||
|Signification Seth | |Signification [[Seth]] | ||
|Sources | |Sources | ||
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|'''Le Serpent''' (le bâton de Moïse) | |'''Le Serpent''' (le bâton de Moïse) | ||
|Le serpent représente l'entité qui envoie Moïse. Pour les Égyptiens, ce serpent est '''Apopi''', l'incarnation terrestre maléfique du dieu '''Seth''' durant le Nouvel Empire. L'association de Yahvé au serpent n'est pas accidentelle. | |Le serpent représente l'entité qui envoie [[Moïse]]. Pour les Égyptiens, ce serpent est '''[[Apopi]]''', l'incarnation terrestre maléfique du dieu '''[[Seth]]''' durant le Nouvel Empire. L'association de Yahvé au serpent n'est pas accidentelle. | ||
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|'''La Lèpre''' | |'''La Lèpre''' | ||
|C'est le deuxième signe de reconnaissance donné par Yahvé à Moïse. Or, Seth est le '''seul Dieu en Égypte''' auquel cette maladie fut jadis associée ; il est le dieu égyptien de la souffrance et de la maladie. Le hiéroglyphe représentant Seth était présent dans les mots désignant les principales maladies. | |C'est le deuxième signe de reconnaissance donné par Yahvé à [[Moïse]]. Or, [[Seth]] est le '''seul Dieu en Égypte''' auquel cette maladie fut jadis associée ; il est le dieu égyptien de la souffrance et de la maladie. Le hiéroglyphe représentant [[Seth]] était présent dans les mots désignant les principales maladies. | ||
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|'''Les Fléaux d'Égypte''' | |'''Les Fléaux d'Égypte''' | ||
|La totalité des dix fléaux que Yahvé envoie sur l'Égypte (y compris la peste, les ulcères, les nuées de mouches, de grenouilles et de sauterelles, la grêle, et le massacre des premiers-nés) étaient tous, '''sans exception''', perçus par les Égyptiens comme des '''actions maléfiques du dieu Seth'''. Le mot « plaie » lui-même contient le hiéroglyphe déterminatif de Seth. | |La totalité des dix [[Fléaux (symbole)|fléaux]] que Yahvé envoie sur l'Égypte (y compris la peste, les ulcères, les nuées de mouches, de grenouilles et de sauterelles, la grêle, et le massacre des premiers-nés) étaient tous, '''sans exception''', perçus par les Égyptiens comme des '''actions maléfiques du dieu [[Seth]]'''. Le mot « plaie » lui-même contient le hiéroglyphe déterminatif de [[Seth]]. | ||
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|'''Massacre des Premiers-Nés''' | |'''Massacre des Premiers-Nés''' | ||
|Dans la pensée égyptienne de cette époque, Seth est le dieu qui cherche à tuer l'enfant '''Horus''' (le fils du pharaon), et s'en prend aux fœtus et aux jeunes enfants. Le sacrifice d'enfants était la principale exigence du culte de Baal/Seth. | |Dans la pensée égyptienne de cette époque, [[Seth]] est le dieu qui cherche à tuer l'enfant '''[[Horus]]''' (le fils du pharaon), et s'en prend aux fœtus et aux jeunes enfants. Le sacrifice d'enfants était la principale exigence du culte de [[Baal]]/[[Seth]]. | ||
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|'''L'Âne''' | |'''L'Âne''' | ||
|Dans le récit de Balaam (un prophète de l'Exode), le dieu du Livre s'exprime par la bouche d'un '''âne''', le seul animal qui accueille l'Esprit de Dieu dans la Bible. Or, en Égypte, l'âne était le '''symbole du dieu Seth''' (vénéré par les tyrans | |Dans le récit de Balaam (un prophète de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]]), le dieu du Livre s'exprime par la bouche d'un [[Âne (symbole)|'''âne''']], le seul animal qui accueille l'Esprit de Dieu dans la Bible. Or, en Égypte, l'[[Âne (symbole)|âne]] était le '''[[Symboles|symbole]] du dieu [[Seth]]''' (vénéré par les tyrans [[Hyksôs]]). | ||
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|'''Iconoclasme (Monothéisme)''' | |'''Iconoclasme (Monothéisme)''' | ||
|Yahvé interdit les statues et ordonne de les détruire (Deuxième Commandement). C'est également la principale caractéristique du culte de Seth durant la période | |Yahvé interdit les statues et ordonne de les détruire (Deuxième Commandement). C'est également la principale caractéristique du culte de [[Seth]] durant la période [[hyksôs]] : les [[Hyksôs]] étaient des iconoclastes et détruisaient les statues des dieux égyptiens. De plus, le culte de [[Seth]] fut, à l'époque [[hyksôs]], '''[[Monothéisme|monothéiste]]''' et s'opposait aux autres dieux. | ||
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|}'''<big>3. La nature du culte</big>''' | |}'''<big>3. La nature du culte</big>''' | ||
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'''<big>1. Rôle d'Entité Syncrétique (Baal/Seth Assimilé)</big>''' | '''<big>1. Rôle d'Entité Syncrétique (Baal/Seth Assimilé)</big>''' | ||
Durant cet [[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], le culte de Yahvé est caractérisé par l'avènement d'un '''syncrétisme religieux''' majeur avec le dieu cananéen '''[[Baal]]''' et son équivalent égyptien, '''[[Seth]]'''. En raison d'un futur schisme et du refoulement des pratiques barbares de [[Baal]] (notamment le sacrifice des enfants), c'est le nom '''Yahvé'''qui s'est '''imposé rétroactivement''', gommant le nom de [[Baal]] dans les textes de du Pentateuque. Par conséquent, il est logique que le dieu nommé Yahvé dans les passages de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] arbore '''tous les symboles anciens du dieu''' [[Baal]] : | Durant cet [[Correspondance historique : L'Exode|Exode]], le culte de Yahvé est caractérisé par l'avènement d'un '''syncrétisme religieux''' majeur avec le dieu cananéen '''[[Baal]]''' et son équivalent égyptien, '''[[Seth]]'''. En raison d'un futur schisme et du refoulement des pratiques barbares de [[Baal]] (notamment le sacrifice des enfants), c'est le nom '''Yahvé''' qui s'est '''imposé rétroactivement''', gommant le nom de [[Baal]] dans les textes de du Pentateuque. Par conséquent, il est logique que le dieu nommé Yahvé dans les passages de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]] arbore '''tous les symboles anciens du dieu''' [[Baal]] : | ||
◦ Il se présente à Moïse par le symbole du '''[[Serpent (symbole)|serpent]]''' (l'incarnation maléfique de [[Seth]], [[Apopi]], durant le Nouvel Empire). | ◦ Il se présente à Moïse par le symbole du '''[[Serpent (symbole)|serpent]]''' (l'incarnation maléfique de [[Seth]], [[Apopi]], durant le Nouvel Empire). | ||
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Le rôle principal de Yahvé, exprimé par l'intermédiaire de Moïse, était de défendre une '''revendication religieuse''' qui est le cœur de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]]. | Le rôle principal de Yahvé, exprimé par l'intermédiaire de Moïse, était de défendre une '''revendication religieuse''' qui est le cœur de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]]. | ||
• '''L'Objet de la Revendication :''' [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] note que la phrase célèbre « Laisse aller mon peuple » est une simplification moderne. Il rappelle que la phrase complète est : '''« '''Relâche mon peuple '''pour qu’il me rende un culte dans le désert »'''<ref>Texte hébreu massorétique (Exode 5,1) : ''Ve’achar ba’u Moshe ve’Aharon vayomru el-Par‘o: Koh amar Adonai Elohei Yisrael – shal-lach et ‘ammi ve-yachogu li ba-midbar.'' Traduction littérale : « ''Ainsi parle YHWH, le Dieu d’Israël : Laisse aller mon peuple, qu’ils me célèbrent une fête dans le désert.'' » | • '''L'Objet de la Revendication :''' [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] note que la phrase célèbre « Laisse aller mon peuple » est une simplification moderne. Il rappelle que la phrase complète est : '''« '''Relâche mon peuple '''pour qu’il me rende un culte dans le désert »'''<ref>Texte hébreu massorétique (Exode 5,1) : ''Ve’achar ba’u Moshe ve’Aharon vayomru el-Par‘o: Koh amar Adonai Elohei Yisrael – shal-lach et ‘ammi ve-yachogu li ba-midbar.'' Traduction littérale : « ''Ainsi parle YHWH, le Dieu d’Israël : Laisse aller mon peuple, qu’ils me célèbrent une fête dans le désert.'' » : שַׁלַּח אֶת־עַמִּי (''shallach et ‘ammi'') : « Envoie / laisse aller mon peuple ». וְיָחֹגוּ־לִי (''veyachogu li'') : « Qu’ils célèbrent pour moi une fête ». בַּמִּדְבָּר (''ba-midbar'') : « dans le désert ». La Septante (LXX) – grec ancien : '''"'''''Καὶ μετὰ ταῦτα εἰσῆλθον Μωυσῆς καὶ Ααρων πρὸς Φαραω καὶ εἶπαν αὐτῷ· Τάδε λέγει Κύριος ὁ Θεὸς τοῦ Ἰσραήλ· ἀπόστειλον τὸν λαόν μου, ἵνα μοι ἑορτάσωσιν ἐν τῇ ἐρήμῳ.'''''"''' Traduction littérale : « ''Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : envoie mon peuple, afin qu’ils me célèbrent une fête dans le désert.'' '''»''' Exode 9:1 ; 9:13 ; 10:3 : la formule est répétée dans le cadre des plaies d'Égypte, chaque fois que Moïse revient vers Pharaon avec la même exigence divine.</ref>. Il est clair pour [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Arsmann]] que Moïse demande ici la liberté d'organiser une fête religieuse '''sacrificielle'''<ref>Cf. Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', vol. 2, ch. 14, p. 375 et ss. ; vidéos Youtube de la chaîne d'Allan Arsmann : "La revendication de Moïse - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=nB3lMKA3q5w&t=9s), ainsi que "L'identité entre Yahvé et Seth - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=dNdlBOKd28M&t=4s). Dans cet extrait, il souligne que cette phrase est répétée plus de 10 fois et que l'authentique propos du livre est bien que l'exigence de Moïse est une revendication religieuse demandant que le peuple puisse se rendre dans le désert pour y rendre un culte à Yahvé.</ref>. | ||
• '''La Loi des Prémices :''' L'enjeu central de cette revendication était la '''Loi des [[Prémices]]''', qui exigeait que les '''premiers-nés''' des bêtes et des '''fils humains''' soient offerts à Yahvé. Cette loi est présentée comme la '''première loi du nouveau peuple''', antérieure même aux [[Les Dix Commandements|Dix Commandements]]<ref>Cf. Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', vol. 3 ch. 8, 9 et 10, pp. 93 à 130 ; vidéo YouTube "Les prémices dans le culte de Yahvé - élucidés par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=RReRqcz5oKg&t=12s).</ref>. | • '''La Loi des Prémices :''' L'enjeu central de cette revendication était la '''Loi des [[Prémices]]''', qui exigeait que les '''premiers-nés''' des bêtes et des '''fils humains''' soient offerts à Yahvé. Cette loi est présentée comme la '''première loi du nouveau peuple''', antérieure même aux [[Les Dix Commandements|Dix Commandements]]<ref>Cf. Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', vol. 3 ch. 8, 9 et 10, pp. 93 à 130 ; vidéo YouTube "Les prémices dans le culte de Yahvé - élucidés par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=RReRqcz5oKg&t=12s).</ref>. | ||
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• '''Stratégie Politique et Religieuse :''' [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] suppose que Yahvé savait que le Pharaon (qui avait précédemment interdit ces pratiques) refuserait sa demande sacrificielle. Cette revendication était selon l'auteur une '''posture politique''' et un '''prétexte rituel''' visant à consommer la scission entre les exilés ([[Hyksôs]] et Sémites) et les Égyptiens, renforçant ainsi la nouvelle alliance monothéiste contre la pratique sacrificielle des [[Cananéens]] qu'ils allaient bientôt côtoyer. L'intégration finale du culte de Yahvé (qui condamnait l'acte d'[[Adam]]/[[Baal]]) était la '''signature''' de leur engagement à mettre fin aux sacrifices d'enfants. | • '''Stratégie Politique et Religieuse :''' [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] suppose que Yahvé savait que le Pharaon (qui avait précédemment interdit ces pratiques) refuserait sa demande sacrificielle. Cette revendication était selon l'auteur une '''posture politique''' et un '''prétexte rituel''' visant à consommer la scission entre les exilés ([[Hyksôs]] et Sémites) et les Égyptiens, renforçant ainsi la nouvelle alliance monothéiste contre la pratique sacrificielle des [[Cananéens]] qu'ils allaient bientôt côtoyer. L'intégration finale du culte de Yahvé (qui condamnait l'acte d'[[Adam]]/[[Baal]]) était la '''signature''' de leur engagement à mettre fin aux sacrifices d'enfants. | ||
== | == Conclusion == | ||
En conclusion, '''Yahvé''' est perçu par [[Présentation des travaux d'Allan Arsmann|Allan Arsmann]] comme une entité divine dont le nom a servi à '''unifier des cultes''' aux pratiques initialement opposées (le culte de la '''sagesse''' d'[[Ea]]/Yahou et le culte '''sacrificiel''' de [[Baal]]/[[Seth]]), et dont le nom a été parfois apposé à un personnage historique (un roi réel), comme ce fut le cas lors du récit de l'[[Correspondance historique : L'Exode|Exode]]. | |||
== Notes et références == | == Notes et références == | ||
<references /> | <references /> | ||
== Bibliographie == | == Bibliographie == | ||
- Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', tomes 1 à 6 | - Allan Arsmann, ''La Bible lue par un Asperger'', tomes 1 à 6, éd. Paradeigma. | ||
== Voir aussi == | == Voir aussi == | ||
- Allan Arsmann, vidéos de la chaîne YouTube ''La Bible lue par un Asperger'' : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos | - Allan Arsmann, portail des vidéos de la chaîne YouTube ''La Bible lue par un Asperger'' : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos | ||
- Paradeigma, site de l'auteur : https://paradeigma.be/ | - Paradeigma, site de l'auteur : https://paradeigma.be/ | ||
Dernière version du 8 avril 2026 à 22:47
Allan Arsmann dépeint le personnage de Yahvé[1] (parfois orthographié Yahweh) d'une manière radicalement différente des interprétations traditionnelles, en s'appuyant sur des analyses historiographiques, archéologiques et psychologiques. Il cherche à retrouver le "sens réel" et la "réalité" sous-jacente des textes bibliques, souvent dissimulée par des "considérations sociales et traditionnelles" et des "illusions collectives".
Allan Arsmann attribue sa capacité à faire ces recoupements et à identifier ces "réalités" à une "pensée alternative asperger", qui lui permettrait de "passer outre ces aspects d'illusions collective" et les "considérations sociales" qui biaisent les analyses traditionnelles des textes. Il souligne que la communauté scientifique a souvent nié ces éléments, non par manque de preuves, mais en raison de tabous sociaux et religieux.
Voici les points clés de sa présentation de Yahvé :
• Une nature humaine et royale dans l'Exode :
Dans les passages concernant l'Exode, Arsmann affirme que Yahvé est un homme, un roi humain réel, et même un personnage historique relativement connu, plutôt que le créateur de l'univers au sens moderne. Ce personnage humain a été associé à la divinité pour des raisons "sacrées" et des "considérations tout à fait banales à cette époque" où les rois étaient considérés comme divins. Yahvé est décrit de manière anthropomorphe : il a une bouche, des mains, des doigts, un visage, une tête, des yeux, des pieds. Il est visible et palpable aux yeux de tous, ce qui est une exception dans la Bible en dehors de la Genèse. Il manifeste des traits de caractère humains comme l'autorité, la colère, la fierté, l'orgueil, et il se trompe, se parjure ou change d'avis. Il distribue des objets matériels (bâton magique, tables en pierre), ce qui est inhabituel pour la divinité biblique. Il se comporte comme un "despote de la haute Antiquité", donne des ordres, menace, punit, a des armées, défie d'autres rois, et dicte des lois. Les actions attribuées à Yahvé sont en réalité celles de ses armées ou subordonnés, une pratique courante dans l'écriture des annales royales de l'époque[2].
• Origines et filiations divines :
Yahvé, à ses origines les plus lointaines, est selon Allan Arsmann identifié au dieu sumérien Ea, également appelé Yahou, dieu de l'eau, de la sagesse et gardien des secrets divins. Ce culte ancien fut selon l'auteur lié à la naissance de la civilisation.
Selon son approche, Ea/Yahvé fut le dieu de la concurrence naturelle, de la "jalousie" au sens ancien du terme (concurrence intraspécifique). Cette "jalousie" est définie par l'auteur comme une "force vitale colossale et formidable". Pendant la période des Hyksôs (Exode historique, que l'auteur place vers 1540 av. J.-C., selon une démonstration qu'il expose dans l'un de ses ouvrages[3]), le culte de Yahvé connut une importante fusion culturelle et religieuse avec celui de Baal (assimilable à Seth en Égypte selon Arsmann) : l'auteur met en évidence les nombreux symboles et attributs que Yahvé partage avec Baal/Seth : il est un dieu du feu, du désert, représenté par un serpent, associé à la lèpre et aux maladies, aux fléaux, aux tempêtes, et il est sévère et cruel. Le nom de Baal aurait été plus tardivement délibérément supprimé des textes bibliques et remplacé par celui de Yahvé, suite à des conflits religieux ultérieurs[4]. Ce "refoulement" aurait été dû, selon Arsmann, à la "haine et la honte" associées aux pratiques du culte de Baal, notamment justement celle du sacrifice d'enfants. Enfin, symboliquement, Allan Arsmann fait sienne la théorie qui veut que Baal soit le "fils" d'Ea/Yahvé dans les mythologies mésopotamiennes et ougaritiques, ce qui aurait selon lui facilité leur fusion[5].
• Yahvé et l'anthropophagie/sacrifice humain :
Cette loi Prémices incluant selon Arsmann le sacrifice des premiers-nés humains, serait selon l'auteur la première et la plus ancienne de toutes les lois bibliques, antérieure même aux Dix Commandements, et serait selon lui clairement formulée à plusieurs reprises dans l'Exode [6]. Arsmann affirme que dans l'Antiquité, tout sacrifice sanglant était systématiquement consommé[7]. Par conséquent selon lui, les sacrifices de premiers-nés impliquaient leur consommation, faisant de Yahvé un dieu associé à l'anthropophagie. La malédiction de Yahvé sur Jéricho, qui stipule que quiconque la rebâtira en posera les fondations "au prix de son aîné", est interprétée par l'auteur comme une exigence de sacrifice de fondation du premier-né, sans rachat : il insiste sur le fait que ces fameux sacrifices de fondation sont précisément un cas particulier de la loi des prémices. Il cite le passage de Josué 6:26 : « Maudit soit de par Yahvé l'homme qui entreprendra de rebâtir cette ville de Jéricho, au prix de son aîné il en posera les fondations », et souligne que ce sacrifice d'enfant premier-né a bel et bien eu lieu et se trouve mentionné plus loin dans le récit biblique, en 1 Rois 16:34, où il est écrit : « Il en jeta les fondations au prix de son premier né Abiram ». Point de rachat ici évidemment, puisqu'on nous précise même le nom de l'enfant qui mourut sacrifié ce jour-là. Ici avec évidence un enfant premier-né périt, le fils premier du roi, et il s'agit très clairement d'une exigence formelle de Yahvé »[8]. Allan Arsmann rattache au même rituel le massacre des premiers-nés égyptiens lors de la dixième plaie d'Egypte, que l'auteur présente comme une action concrète des armées de Yahvé (en tant que roi humain), et non comme un acte magique divin. Cela s'inscrit selon son analyse dans les pratiques du culte voué au dieu Baal/Seth, qui avait cherché à assassiner l'enfant Horus selon la mythologie égyptienne[9]. Enfin la "manne ", qui est selon Arsmann une première forme de "multiplication des pains " dans l'Ancien Testament, à laquelle Jésus fera écho par son propre miracle, est pour Allan Arsmann une nouvelle fois une manifestation codée de la pédo-anthropophagie, où le "pain" désigne la chair humaine, plus précisément celle des enfants. Les Israélites auraient donc concrètement lors de l'Exode, "mangé leurs enfants" pour survivre dans le désert, poussés à l'extrême par la faim[10].
En somme, Allan Arsmann présente Yahvé comme une figure divine complexe et ambiguë, dont l'identité et les actions, en particulier pendant l'Exode, sont profondément ancrées dans des pratiques rituelles, des conflits de culte et des réalités historiques, souvent sombres et anthropophages, qui ont été par la suite "blanchies" ou refoulées dans les interprétations religieuses modernes.
Étymologie du nom[modifier | modifier le wikicode]
Selon Allan Arsmann, la formulation moderne du nom Yahvé (Yhwh) est une complète spéculation. Il base son analyse étymologique sur la reconstruction de la prononciation originelle du Tétragramme (Y H W H) et sa concordance avec les noms des divinités de la haute Antiquité.
1. La prononciation originelle : Yahou / Yao
La prononciation originale du nom divin a été perdue en raison de son caractère tabou et sacré. Dans l'hébreu ancien, qui ne contenait pas de voyelles, le nom était rendu uniquement par les quatre consonnes du Tétragramme (Y H W H).
La prononciation "Jéhovah" serait, d'après les recherches d'Arsmann, une spéculation issue du Moyen Âge, fondée sur une erreur de compréhension. Les Massorètes inséraient en effet les voyelles E O A du mot Adonaï (Seigneur, le terme de remplacement utilisé lors des allocutions) au-dessus du Tétragramme, et ce procédé aurait été mal interprété, menant à la lecture "Jéhovah". Allan Arsmann soutient que la prononciation originelle du nom devait être proche de la séquence de sons « Yahou » ou « Yao »[11]. Cette hypothèse serait renforcée d'après Arsmann par l'abondance extraordinaire dans la Bible de prénoms de personnages à caractère théophore contenant la séquence verbale « Yahu », « Yao » ou son apocope « Ya », prénoms qui ont été paradoxalement mieux préservés de la déformation phonique en raison sans doute de leur usage quotidien qui les préservait des interdits liés au nom de la divinité[12].
Dans le Nouveau Testament, Dieu révèle probablement la prononciation originelle et cachée du nom de Yahvé dans le texte de l'Apocalypse : d'après Arsmannen effet, la phrase « Je suis l'Alpha et l'Oméga » (Apocalypse 1, 8) serait une vocalisation directe des trois lettres Iota - Alpha - Oméga "Iao" dans la langue grecque[13].
2. L'origine historique et la signification étymologique
Allan Arsmann met en corrélation la prononciation « Yaou » (Iaou) ou « Yao » (Iao/Io) avec le nom du vieux dieu sumérien Ea, avec lequel il voit une filiation évidente. Le nom de ce dieu sumérien est transcrit "Ea", mais selon l'éminent sumérologue Jean Bottéro[14], cette translittération tendrait plutôt vers la prononciation « Aya » ou « Yahou ». La similitude entre les deux noms avait cours particulièrement dans les régions et époques qui ont été le berceau du culte biblique (dans la ville sumérienne d'Ur notamment, dont Abraham était originaire).
En sumérien, le nom "Ea" signifie selon Arsmann « Jaillissement de l'eau »[15]. Ce dieu était en effet associé à l'élément eau, symbolisant la vie, la sagesse et l'esprit/soufle de vie[16]. Or, note Arsmann, cette étymologie est cohérente avec les descriptions bibliques de Yahvé, où la divinité est dite s'être manifestée au sortir d'un abîme (tehom en hébreu), un concept qui correspond à l'Apsû sumérien, le royaume abyssal du dieu Ea[17]. L'expression « source jaillissante » est d'ailleurs, souligne l'auteur, très fréquente dans la Bible et utilisée pour représenter le Dieu biblique lui-même[18]. Enfin, Allan Arsmann insiste sur le fait que le dieu sumérien Ea était aussi le dieu patron des exorcistes (Asipu), un rôle associé à Abraham et ses descendants dans des textes apocryphes bibliques, et de façon plus subtile dans la Bible[19], soulignant encore le lien avec le Dieu biblique. En effet, le personnage d'Abraham (qui vient d'Ur et vénérait Ea selon les conclusions d'Arsmann[20]) est décrit dans la Bible comme agissant à la manière d'un exorciste mésopotamien, notamment en levant la malédiction rituelle du Pharaon par l'imposition des mains.
3. La signification comme incarnation de la concurrence
Au-delà de l'étymologie linguistique, Arsmann insiste sur le fait que Yahvé, quelle que soit la variation de son nom ou de son culte (Ea, Baal, Seth), est avant tout l'incarnation d'une force naturelle primordiale : la concurrence ou la jalousie. Le Dieu du Livre se présente de manière flagrante, souligne l'auteur, comme l'incarnation de la « grande jalousie du vivant »[21]. Or, note l'auteur, le mot « jalousie » dans l'Antiquité avait la signification sémantique de concurrence entre les hommes (concurrence intraspécifique[22]). Le culte d'Ea (Yahou) était déjà, chez les Sumériens, le culte de la concurrence[23]. Yahvé se présente lui aussi comme l'incarnation de la jalousie poussée à son extrême : celle de la « grande jalousie du vivant ». Ce fil conducteur de la concurrence relie donc, selon Arsmann, toutes les facettes historiques du Dieu biblique (Ea, Baal, Seth). La preuve ultime, note-t-il, est l'acceptation de la guerre comme une évidence dans la Bible, la guerre étant une des manifestations les plus évidentes de la concurrence ; or, note l'auteur, dans l'Ancien Testament Yahvé se trouve désigné 285 fois par l'épithète "Dieu des armées"[24].
Origine en Mésopotamie[modifier | modifier le wikicode]
1. Origines géographiques
Arsmann rappelle que le berceau du culte du Yahvé biblique se situe en Mésopotamie, ce qui confirme selon lui la filiation sumérienne. La Bible affirme en effet que le patriarche Abraham provenait de la vieille ville sumérienne de Ur en Chaldée, où Les ancêtres d'Abraham vécurent pendant plusieurs générations[25]. Les premiers textes bibliques furent également jadis importés de la ville d'Ur, et le récit du Déluge (Noé) est selon Arsmann avec certitude la version à peine modifiée d'un texte de culture sumérienne, le récit du prêtre Uta-Napishtim dans l'Epopée de Gilgamesh. La description du Jardin d'Eden fait de surcroît explicitement mention du Tigre et de l'Euphrate, et nomme des cités mésopotamiennes comme Assur, soulignant un positionnement géographique sumérien[26].
2. Parallèles mythologiques et rôles divins partagés
Les rôles et attributs de Yahvé, surtout dans la Genèse et l'Exode, coïncident selon Allan Arsmann avec ceux du dieu Ea, suggérant une identité de fond. L'auteur fait d'abord remarquer que Ea et Yahvé sont tous deux présentés comme ayant créé l'humanité à partir d'argile (terre glaise) sur un tour de potier[27]. Or Le dieu Ea est le seul dieu sumérien à avoir cette attribution spécifique[28].
Ea était également le dieu sumérien de la sagesse et de l'écriture. L'écriture, qui marque le début de l'histoire, était considérée comme une de ses inventions[29]. Or, Yahvé est clairement le Dieu du Livre.
Arsmann note enfin qu'il y a un point de convergence dans le lien qu'entretiennent les deux divinités avec leur "fils" : Yahvé est en effet le Père d'Adam dans la Bible, de même que le dieu Ea était considéré comme le Père de Dumuzi, roi sumérien qu'Arsmann démontre être l'équivalent historique d'Adam, dans la mythologie sumérienne[30].
Culte[modifier | modifier le wikicode]
Selon Allan Arsmann, le culte rendu à Yahvé (Yhwh) trouve ses racines dans des pratiques et des considérations très anciennes, notamment l'anthropophagie et la vénération de la concurrence naturelle. Ce culte a ensuite selon lui traversé des phases de syncrétisme et d'opposition avant d'être sublimé dans le christianisme. Voici les lignes de faîte de son analyse sur la nature et l'évolution de ce culte :
I. Les origines archéologiques et le culte de la concurrence
Le culte originel de Yahvé, importé par Abraham, est pour l'auteur directement lié à des divinités mésopotamiennes et à l'idée de la concurrence comme loi divine.
1. L'Identité originelle (Ea/Yahou)
Le culte de Yahvé provient du vieux dieu sumérien Ea (ou Yahou/Yao). Ce dieu, vénéré par Abraham originaire de la ville sumérienne d'Ur, était associé à la sagesse, à l'écriture, et à l'eau.
2. Le culte de la Jalousie et de la Concurrence
L'essence même du culte de Yahvé est la vénération de la concurrence naturelle.
Yahvé est présenté de manière flagrante comme l'incarnation de la « grande jalousie du vivant ». Historiquement, le mot « jalousie » dans l'Antiquité avait la signification de concurrence intraspécifique (rivalité entre les humains). Le culte d'Ea était déjà, chez les Sumériens, le culte de la concurrence[31]. En conséquence, ce culte valorise la guerre comme une expression de la concurrence. Yahvé est appelé le « Dieu des armées » 285 fois dans l'Ancien Testament[32]. Yahvé provoque parfois la division (comme à Babel) et la discorde entre les hommes. Diviser les hommes permet d'affaiblir le conformisme et de favoriser la diversité, terreau nécessaire à toute concurrence. Le culte incite également à la domination sur « tout animal » (y compris les autres hommes, dans le contexte ancien comme l'affirme Allan Arsmann), positionnant l'homme au sommet de la pyramide de la prédation.
3. La pratique primitive : les Prémices et l'anthropophagie[33]
Le culte de Yahvé intégrait des pratiques archaïques liées à l'anthropophagie, considérée comme l'expression extrême de la concurrence.
La loi des Prémices est la première et la plus ancienne loi du culte[34]. Elle est formulée avant même les Dix Commandements[35]. Cette loi exigeait que les premiers-nés des bêtes et des humains soient offerts à Yahvé[36]. Ce sacrifice était lié à l'acte fondateur d'Adam et Ève, qui avaient mangé « leur fruit » (leur enfant selon Allan Arsmann). Or, insiste l'auteur, tout sacrifice dans l'Antiquité impliquait la consommation[37]. L'existence du rachat par un animal (substitution) n'était pas obligatoire et n'a été mise en place que progressivement[38]. L'acte anthropophage était alors perçu comme un moyen de s'approprier l'essence de l'individu consommé et de renaître (de « se renouveler », de devenir un "renouvelé"), d'où les changements rituels de nom dans ce cadre.
Dans des situations extrêmes, comme lors de la traversée du désert et l'épisode de la manne, également analysé sous un angle nouveau par Allan Arsmann[39], l'acte anthropophage fut rendu possible par Dieu qui « ne sauve pas leurs âmes de la mort »[40]. Yahvé devient alors l'incarnation de l'Anthropophagie elle-même. Allan Arsmann étend son étude en montrant que l'anthropophagie fut la nature même de l'alimentation réservée aux divinités[41].
II. L'Évolution et le Syncrétisme (Période de l'Exode )
Le culte de Yahvé connut selon Arsmann une phase majeure de transformation et de fusion lors de l'Exode, sous l'influence de groupes s'alliant militairement et religieusement.
1. Le syncrétisme entre Baal et Seth
Selon l'auteur, le culte de Yahvé aurait fusionné (par syncrétisme) avec le culte de Baal et son équivalent égyptien, Seth, en particulier durant la période Hyksôs et l'alliance au Sinaï. Dans les mythologies mésopotamiennes et cananéennes, Baal (Marduk) fut considéré (après Dumuzi historiquement, lors de la période akkadienne qui suivit les temps sumériens) comme le fils symbolique d'Ea/Yahou qu'Allan Arsmann assimile à Yahvé. Les Hyksôs, que l'auteur démontre dans le tome 3 de son ouvrage La Bible lue par un Asperger former la majorité des exilés, pratiquaient un culte de Baal/Seth qui était déjà monothéiste : ce dieu exigeait la destruction des idoles et était un dieu jaloux. C'est par le biais d'un syncrétisme que le nom Yahvé aurait été apposé à l'entité de Baal/Seth. C'est pourquoi, selon l'auteur, dans les passages de l'Exode le Dieu nommé Yahvé arbore toutes les manifestations du dieu Baal : le serpent, la lèpre, le feu, les fléaux, et le sacrifice des premiers-nés[42].
2. Le schisme et le refoulement
Bien que Baal et Yahvé fussent donc intimement liés, leur relation a historiquement dégénéré peu à peu en un schisme. La division s'est faite selon Arsmann sur la question centrale du sacrifice des enfants (les prémices). Baal/Seth continuait en effet de revendiquer l'acte, tandis que Yahvé (au final plus proche d'Ea - dieu incarnant la sagesse et la civilisation - que de Seth, suite à des événements déterminants survenus dans le désert durant l'Exode) s'était forgé l'image de celui qui avait interdit l'acte dès l'origine, depuis le récit d'Adam et Ève. La Bible, écrite puis remodelée sur plusieurs siècles, atteste que Yahvé interdit à quiconque de l'associer à l'ancien nom de Baal. Le culte de Baal et la honte de ses pratiques (le sacrifice d'enfants) furent progressivement refoulés collectivement et diabolisés, comme l'attestent explicitement de nombreux passages bibliques[43].
III. La sublimation finale : Le culte christique
Le culte de Yahvé a atteint son acmé avec l'arrivée du Christ, qui incarne une renaissance spirituelle et une correction des pratiques ancestrales[44]. Allan Arsmann perçoit Jésus comme un « renouvelé », en rappel des pratiques et croyances ancestrales, cependant cette fois sans consommation cannibalique mais par la seule puissance de son esprit. Symboliquement il est le « nouvel Adam »[45], celui qui est parvenu sans support sacrificiel cannibalique à une pure transformation psychique. Lors de la "Tentation au désert", le Jésus refuse en effet la tentation anthropophage que le Diable lui propose[46]. Il réalise le même rite de transformation (renaissance sacrée, fusion du père et du fils) que ses prédécesseurs[47], mais sans aucun crime, meurtre ni effusion de sang. Le Christ propose ainsi une « renaissance immaculée » pour remplacer l'ancienne « naissance maculée de sang » du passé[48]. Cette transformation spirituelle n'est plus l'apanage d'une élite ou d'un roi (comme l'apothéose ancienne), mais est accessible à tout un chacun et acquiert une dimension universelle. La multiplication des pains, décrite symboliquement dans les évangiles comme la multiplication de cinq pains et de deux poissons[49], est en ce sens la première communion eucharistique. Le Christ, en tant que pain de vie, se donne littéralement en consommation (il donne en fait concrètement son sang, son "essence", relayé ensuite par ses apôtres et disciples) pour libérer le peuple de l'héritage sombre et des pulsions anthropophages de leurs ancêtres[50].
Lien avec Baal[modifier | modifier le wikicode]
Selon Allan Arsmann, les liens entre Yahvé (Yhwh) et Baal sont profonds, complexes, et historiquement dynamiques, allant d'une relation familiale mythologique à une assimilation cultuelle temporaire, suivie d'un schisme violent motivé par la concurrence.
Allan Arsmann soutient que l'identité entre Yahvé (Yhwh) et Baal n'est pas une simple coïncidence ou une influence, mais qu'elle fut, à un moment de l'histoire, une assimilation concrète et un syncrétisme religieux presque total entre les deux cultes, avant qu'ils ne se séparent et deviennent des ennemis jurés.
Pour démontrer ce syncrétisme, Arsmann utilise une méthode historiographique consistant à rassembler un très large faisceau d'éléments convergents dans les textes bibliques et les données archéologiques, insistant sur le fait que de simples coïncidences ne suffiraient pas.
Les principaux éléments qu'il mobilise pour prouver ce syncrétisme parfait sont les suivants :
1. Lien familial mythologique (Père et Fils)
Le rapport le plus fondamental, trans-culturellement, est celui de la filiation. Dans toutes les mythologies régionales, la relation entre l'entité Yahvé (dans son identité sumérienne originelle de Ea/Yahou) et Baal est celle de père et fils[51]. Dans les mythologies mésopotamiennes et cananéennes, Baal (ou Marduk) était considéré comme le fils symbolique de Yahvé. Ce rapport se maintient dans la Bible : Yahvé est affirmé être le Père d'Adam. Or, Adam est l'équivalent historique et rituel du roi sumérien Dumuzi (Tammuz), dont Baal est une variante de ce personnage divin du "fils maudit". Dans les panthéons cananéens et ougaritiques, Baal était considéré comme le fils symbolique de la divinité suprême El (un nom parfois utilisé pour Yahvé)[52]. Le lien entre Adam et Yahvé est donc le même que le lien qui existait jadis entre Dumuzi et le dieu Ea. Cette identité père-fils démontre selon l'auteur que leur culte sont intimement liés par une même origine et une même histoire[53].
2. Le partenariat divin (Ashera/Ishtar)
L'existence d'une déesse associée aux deux divinités prouve selon Allan Arsmann l'assimilation passée.
• Association Féminine : Il est archéologiquement attesté que Yahvé fut un moment associé à une déesse féminine, Ashera (Asherah), comme le prouvent les jarres exhumées dans le Sinaï[54].
• Ishtar/Ève : Ashera serait d'après Arsmann un avatar de la déesse mésopotamienne Ishtar, qui était la partenaire féminine de Baal. Étant donné que Baal et Yahvé partageaient la même consort (Ishtar/Ashera), cela accrédite l'assimilation des deux cultes en certains lieux.
3. La confusion nominale et la preuve des synonymes
Arsmann apporte dans le texte biblique des preuves formelles concernant le fait que selon lui les noms "Yahvé" et "Baal" étaient jadis interchangeables, au moins pour certains adeptes de ces divinités. Selon lui, bien qu'il y ait eu plus tard dans l'histoire biblique un schisme et une guerre farouche entre Yahvé et Baal (durant la période des rois précisément), l'identité et l'assimilation entre les deux entités fut une réalité historique préalable qui est clairement attestée dans les textes bibliques eux-mêmes, par l'interchangeabilité des noms et des symboles :
• Les Noms Théophores : Les noms d'une multitude de personnages bibliques prouvent selon Arsmann cette ancienne association. Pour ne citer ici qu'un exemple[55], le roi Saül, un promoteur du culte de Yahvé, nomma son fils Ishbaal ("l'homme de Baal")[56]. Une telle nomination serait selon Arsmann totalement absurde si les deux divinités avaient été perçues à cette époque comme des antithèses ou des ennemis jurés, forçant selon l'auteur à la conclusion qu'elles ne faisaient qu'un à ce moment.
• Le Refoulement Prophétique : L'interdiction formelle du nom de Baal[57] prouve selon Arsmann son existence antérieure dans le culte. Le prophète Osée martèle en effet que Yahvé interdit à son peuple de l'appeler « Mon Baal »[58], ce qui implique logiquement selon l'auteur que cette association nominale a été précédemment très concrète. De même, le changement du nom du fils de Saül d'Ishbaal en Ish-Bosheth ("l'homme de la honte")[59] est une retouche à caractère de refoulement visant à éviter l'association dérangeante entre Baal et Yahvé.
4. Lien d'identité et syncrétisme :
Pour le roi David, par exemple, les noms Yahvé et Baal étaient interchangeables donc synonymes, et définissaient la même entité. David, fervent adepte de Yahvé, a pourtant nommé une région conquise au nom de Yahvé, "Baal-Perazim" ("Brèches de Baal" ou "Baal des ruptures"), ce qui d'après Arsmann aurait été une dénomination absurde si Baal avait été la divinité de ses ennemis jurés[60]. Arsmann utilise cet événement pour démontrer l'assimilation ponctuelle ou le syncrétisme religieux entre Yahvé et Baal : le roi David, fervent adepte de Yahvé, mène de nombreuses conquêtes au nom de son dieu et l'une de ses victoires se conclut par la re-nomination du lieu où elle fut acquise. Or, la ville conquise au nom de Yahvé est étrangement re-nommée en l'honneur de Baal. Les exégètes traditionnels suggèrent de leur côté que la ville aurait gagné ce nouveau nom en référence au dieu vaincu, Baal, hypothèse qu'Allan Arsmann considère "scientifiquement irrecevable" et "absurde" : il rappelle en effet qu'au cours de l'histoire, les lieux conquis ont toujours été nommés en l'honneur du vainqueur, jamais du vaincu. Il pense pour sa part que le sens littéral des "brèches de Baal" fait plutôt explicitement référence au texte biblique qui précède, relatif aux "brèches" imposées par Yahvé au cœur de l'armée ennemie[61].
En outre, les deux cultes avaient plusieurs fêtes en commun, et de nombreux lieux de culte de Yahvé étaient d'anciens lieux de culte jadis voués au dieu Baal[62]. La déesse Ashera (qui est un avatar d'Ishtar , la partenaire de Baal) fut même associée à Yahvé, et sa statue fut présente dans le Temple de Jérusalem[63].
5. Le partage des attributs cultuels (Le calque de Baal)
Yahvé, tel qu'il est décrit durant la période de l'Exode, emprunte tous les attributs et symboles qui sont la signature du dieu Baal dans la haute Antiquité[64] :
◦ Il se manifeste par le serpent (en lien avec l'Apopi égyptien et la figure maléfique de Seth, équivalent de Baal en Égypte).
◦ Il se définit par la lèpre, le second signe donné à Moïse. Or, Baal/Seth était le dieu égyptien de la souffrance et de la maladie.
◦ Il est un dieu du feu, de la colère et de la jalousie (la concurrence ).
◦ Il ordonne le massacre des premiers-nés, ce qui était la principale exigence du culte de Baal.
L'auteur fait remarquer en outre que les deux cultes avaient plusieurs fêtes en commun[65]. De plus, le lieu où l'Arche d'Alliance (l'objet le plus sacré du culte de Yahvé) demeura longtemps fut la ville nommée Baala, qui était la ville sainte du dieu Baal[66].
6. Le contexte de la fusion historique
Le syncrétisme s'ancra selon Allan Arsmann dans l'histoire de la formation du peuple hébreu durant l'Exode (celui des Hyksôs, environ 1540 av. J.-C.). Les Hyksôs (assimilés par l'auteur aux exilés bibliques[67]) auraient alors, selon Allan Arsmann, formé une alliance pluri-ethnique et religieuse. Ils vénéraient tous des avatars du dieu Baal (Seth ou Apopi en Égypte). Le groupe hébreu, minorité descendant d'Abraham (les "Soixante-dix Sages" évoqués dans l'Exode biblique), qui vénérait Ea (Yahou), fut d'après l'analyse de l'auteur, intégré à cette alliance monothéiste naissante de Baal/Seth juste avant l'Exode[68].
Cette fusion (le syncrétisme du Sinaï) fut selon lui stratégique : l'intégration du culte de Yahvé (qui, en tant qu'Ea, était opposé au sacrifice d'enfants) aurait servi de signature de l'Alliance, afin de marquer la volonté de mettre fin aux sacrifices humains pratiqués par le culte de Baal, tandis qu'ils s'apprêtaient à conquérir Canaan, région où cette pratique était encore courante[69].
7. Concurrence et schisme (L'hostilité postérieure)
Bien que les deux divinités fussent ainsi longtemps assimilées, la relation devint par la suite une concurrence farouche qui mena au schisme. Yahvé et Baal concourraient en effet dans les mêmes catégories et pour les mêmes pratiques, conduisant au cours des siècles et des vicissitudes à une rivalité exclusive. Le culte de Baal, du fait de ses pratiques barbares (notamment la loi des "prémices"), provoqua une haine et une honte quimenèrent plus tard à un refoulement collectif. Le nom de Baal fut ainsi rétroactivement remplacé, dans les textes bibliques fondateurs où il avait paradoxalement été originellement le principal protagoniste, par celui de Yahvé[70]. Le point de rupture fondamental fut selon Arsmann le sacrifice des enfants. Bien que Yahvé eût jadis exigé ce sacrifice selon des lois très anciennes (la loi des prémices est plus ancienne que celle des Dix Commandements), les ministres du culte de Yahvé, en s'intégrant à l'alliance de l'Exode, ont pris la décision de mettre fin à ces sacrifices. L'intégration de Yahvé au sein de l'alliance syncrétique des Baal servit ainsi de signature pour ce changement religieux, Yahvé devenant celui qui désormais condamnait ouvertement l'acte de Baal[71].
Lien avec Seth[modifier | modifier le wikicode]
Selon Allan Arsmann, les liens entre Yahvé (Yhwh) et le dieu égyptien Seth (parfois orthographié Soutekh ou Set) découlent principalement de l'identité historique et cultuelle entre Seth et Baal, et du phénomène de syncrétisme religieux qui s'est produit au moment de l'Exode biblique. Arsmann soutient que Yahvé fut temporairement associé, assimilé et confondu avec Seth, particulièrement dans le contexte égyptien de l'époque mosaïque[72]. Voici comment l'auteur démontre les liens entre les deux divinités :
1. L'identité fondamentale entre Baal et Seth
Le point de départ de l'association est l'équivalence entre Seth et Baal. Arsmann affirme que tous les spécialistes continuent d'affirmer que Baal et Seth ont le même nom hiéroglyphique aux yeux des Anciens, signifiant qu'ils sont la même entité[73]. L'Égypte ancienne intégra jadis le culte de Baal, lui donnant des formes et des noms spécifiquement égyptiens, le nommant Soutekh, c'est-à-dire Seth [74]:
- L’intégration significative de Baal en Égypte date du Nouvel Empire, surtout de la XVIIIᵉ dynastie (vers 1550‑1295 av. J.-C.). Plus précisément, des attestations montrent que des prêtres de Baal (et d’Astarté) sont mentionnés à partir de la fin de la XVIIIᵉ dynastie. Le culte continue dans les dynasties suivantes, notamment pendant la XIXᵉ dynastie jusqu’à la XXᵉ, et plus tard dans des écrits et usages privés ou étrangers (population asiatique en Égypte) même après l’apogée royale de Baal[75].
C'est durant la période Hyksôs (une période dont Arsmann affirme qu'elle correspond à l'Exode biblique) que le dieu Seth fut complètement et totalement identifié comme étant le dieu Baal des étrangers (les Sémites). Le culte de Seth était alors dominant et même monothéiste chez les Hyksôs[76]:
- Tell el‑Dabʿa / Avaris – Manfred Bietak et son équipe ont fouillé le site de Tell el‑Dabʿa, l’ancienne Avaris, capitale hyksôsienne. Ils y ont mis au jour un “district sacré” (Area A/II) contenant des temples syro‑palestiniens et des temples égyptiens, ce qui indique une situation religieuse mixte. Des fosses sacrificielles et des restes de repas rituels ont été découverts dans les avant-cours de ces temples, attestant la continuation des cultes levantins même après la reconquête thébaine.
- Poterie, sceaux, iconographie levantine – Il y a chez les Hyksôs à Avaris des sceaux, des poteries, et des importations du Levant. Certaines iconographies rappellent des dieux syro‑palestiniens. Par exemple, un sceau découvert à Tell el‑Dabʿa montre « Baal‑Saphon » (un avatar de Baal dans la littérature ougaritique) dans un style iconographique levantin.
- Roi Hyksôs Apophis (Apopi) et Seth Apophis est représenté dans les sources comme un roi hyksôs favorisant le culte de Seth. Une tradition, plus tardive, rapporte qu’“Apophis choisit pour son seigneur le dieu Seth, il ne vénérait aucun autre dieu de toute la terre que Seth”[77]. Cela suggère une forme de monolâtrie ou de culte dominant d’une divinité étrangère, mais il n’est pas certain que cela représente un culte officiel “Baal tel quel” plutôt qu’une identification syncrétisque entre Baal et Seth ou la préférence pour Seth comme divinité “étrangère/dieu de la tempête”.
2. Le syncrétisme : Yahvé assimilé à Seth/Baal
Si Yahvé fut assimilé à Baal (ce qui fut le cas au Sinaï, formant le socle du peuple Hébreu), et que Baal était Seth en Égypte, il s'ensuit que, dans ce contexte, Yahvé fut confondu avec Seth.
• Le Contexte de l'Exode : L'épopée mosaïque se déroule en Égypte, et les futurs exilés bibliques y ont vécu pendant plusieurs générations. Il est donc logique que le culte de Baal ait arboré des traits culturels égyptiens qui étaient alors prêtés à Seth. Le dieu nommé Yahvé dans les passages de l'Exode arbore des symboles qui sont, pour les Égyptiens de l'époque, des signatures claires du dieu Seth.
| Symbole du Yahvé de l'Exode (selon Arsmann) | Signification Seth | Sources |
| Le Serpent (le bâton de Moïse) | Le serpent représente l'entité qui envoie Moïse. Pour les Égyptiens, ce serpent est Apopi, l'incarnation terrestre maléfique du dieu Seth durant le Nouvel Empire. L'association de Yahvé au serpent n'est pas accidentelle. | |
| La Lèpre | C'est le deuxième signe de reconnaissance donné par Yahvé à Moïse. Or, Seth est le seul Dieu en Égypte auquel cette maladie fut jadis associée ; il est le dieu égyptien de la souffrance et de la maladie. Le hiéroglyphe représentant Seth était présent dans les mots désignant les principales maladies. | |
| Les Fléaux d'Égypte | La totalité des dix fléaux que Yahvé envoie sur l'Égypte (y compris la peste, les ulcères, les nuées de mouches, de grenouilles et de sauterelles, la grêle, et le massacre des premiers-nés) étaient tous, sans exception, perçus par les Égyptiens comme des actions maléfiques du dieu Seth. Le mot « plaie » lui-même contient le hiéroglyphe déterminatif de Seth. | |
| Massacre des Premiers-Nés | Dans la pensée égyptienne de cette époque, Seth est le dieu qui cherche à tuer l'enfant Horus (le fils du pharaon), et s'en prend aux fœtus et aux jeunes enfants. Le sacrifice d'enfants était la principale exigence du culte de Baal/Seth. | |
| L'Âne | Dans le récit de Balaam (un prophète de l'Exode), le dieu du Livre s'exprime par la bouche d'un âne, le seul animal qui accueille l'Esprit de Dieu dans la Bible. Or, en Égypte, l'âne était le symbole du dieu Seth (vénéré par les tyrans Hyksôs). | |
| Iconoclasme (Monothéisme) | Yahvé interdit les statues et ordonne de les détruire (Deuxième Commandement). C'est également la principale caractéristique du culte de Seth durant la période hyksôs : les Hyksôs étaient des iconoclastes et détruisaient les statues des dieux égyptiens. De plus, le culte de Seth fut, à l'époque hyksôs, monothéiste et s'opposait aux autres dieux. |
3. La nature du culte
Ce lien d'identité entre Yahvé et Seth est logique, car les deux divinités incarnent la même force naturelle : la concurrence. En Égypte, Seth représente la concurrence, la "force opprimante et contraignante", qu'Arsmann adopte comme signification du nom égyptien de Seth, ainsi que le définissent certains égyptologues[78].
Allan Arsmann conclut en insistant sur le fait que le Yahvé du passage de l'Exode, en raison de tous les symboles de Seth qu'il arbore, est tout sauf un Dieu d'amour et représente la partie la plus sombre du passé biblique, celle qui a sombré dans l'anthropophagie et les crimes des ancêtres.
Yahvé durant l'Exode[modifier | modifier le wikicode]
Selon l'analyse historiographique d'Allan Arsmann, le rôle de Yahvé durant l'Exode est celui d'une entité divine et royale syncrétique, agissant en tant que chef de guerre et despote dont le culte fusionna momentanément avec celui de divinités locales, dans le but de forger une nouvelle identité ethnique et d'imposer une loi religieuse fondamentale.
Arsmann identifie l'Exode comme celui du peuple Hyksôs (ou "Heka Khasout", qui signifie en égyptien "chefs des pays étrangers"), attesté et situé dans la chronologie historique aux alentours de 1540 avant Jésus-Christ[79]. Voici les rôles et les fonctions spécifiques que l'auteur relève chez le personnage de Yahvé durant cette période :
1. Rôle d'Entité Syncrétique (Baal/Seth Assimilé)
Durant cet Exode, le culte de Yahvé est caractérisé par l'avènement d'un syncrétisme religieux majeur avec le dieu cananéen Baal et son équivalent égyptien, Seth. En raison d'un futur schisme et du refoulement des pratiques barbares de Baal (notamment le sacrifice des enfants), c'est le nom Yahvé qui s'est imposé rétroactivement, gommant le nom de Baal dans les textes de du Pentateuque. Par conséquent, il est logique que le dieu nommé Yahvé dans les passages de l'Exode arbore tous les symboles anciens du dieu Baal :
◦ Il se présente à Moïse par le symbole du serpent (l'incarnation maléfique de Seth, Apopi, durant le Nouvel Empire).
◦ Il utilise la lèpre comme second signe d'identification. Seth était le dieu égyptien de la souffrance et de la maladie.
◦ Il est un dieu de colère, de feu et de jalousie (la concurrence).
2. Rôle de roi humain et chef de guerre
Le personnage nommé Yahvé dans les récits de l'Exode est, selon Allan Arsmann, très probablement un roi humain qui a été associé à la divinité pour des raisons sacrées, selon la doctrine de l'apothéose. Ce roi se comporte comme un despote typique de la haute Antiquité[80]. Arsmann démontre que les actions de ce dieu, souvent perçues comme des miracles (exemple des dix Plaies d'Egypte), sont en réalité des actions réelles menées par ses armées ou ses subordonnés[81]:
1. Arsmann affirme ainsi que ce sont "évidemment des hommes, des militaires, des soldats, qui ont tout simplement obéi à l'ordre" formulé par le roi (Yahvé) de massacrer des premiers-nés lors de la Dixième Plaie. En effet, en se plaçant d'un point de vue religieux, l'auteur fait remarquer qu'un dieu Créateur de l'Univers n'aurait pas eu besoin de marques matérielles pour identifier les maisons où intervenir ; tandis que, d'un point de vue cartésien, des armées royales ont eu au contraire de bonnes raisons d'en voir la nécessité — preuve selon lui du caractère humain de l'opération.
2. La scène où Moïse lève son bâton devant la mer Rouge et où l'eau s'ouvre à ses pieds, serait une application de cette même pratique littéraire antique l'auteur estime que le texte "omet simplement comme toujours de nous préciser les travaux de manutention des milliers d'hommes qui ont ensuite obéi à cet ordre" en bâtissant effectivement une digue dans le lit du fleuve et de leurs propres mains. Étant donné que 600 000 adultes mâles étaient rassemblés à ce moment-là, cette force de travail était suffisante pour de telles réalisations, ce qui était "quasiment inédit dans l'histoire" à l'époque.
3. Le Massacre des premiers-nés (la dixième plaie) n'est pas selon Arsmann un acte magique, mais une exécution ordonnée par le roi appelé Yahvé dans le texte de l'Exode, et réalisée par ses armées, visant les premiers-nés (comme l'exigeait le culte de Baal).
3. La transformation du Nil en sang, aurait été la traduction symbolique, selon Arsmann, d'une souillure rituelle des eaux causée par l'introduction volontaire de cadavres humains ou d'animaux tabous (une pollution psychologique), rendant l'eau intouchable pour les Égyptiens religieux.
Allan Arsmann explique que, dans l'Antiquité, les rois s'attribuaient systématiquement toutes les actions de leurs subordonnés. Ce comportement était totalement banal à l'époque, car le roi était perçu comme le sommet de la concurrence et l'expression du divin. Il était d'usage que les textes glorifient la personne du roi et non celle de ses sujets, qui avaient agi sous ses ordres, d'où l'attribution dans le texte biblique de tous ces "prodiges" au seul Yahvé.
Cette glorification du roi seul au détriment de ses sujets a été vérifiée dans différentes cultures antiques :
Dans l'Egypte ancienne, les pharaons se présentent presque toujours comme les maîtres d’œuvre uniques de grandes constructions, alors qu’elles étaient évidemment bâties par des milliers d'ouvriers, d’artisans et d’architectes : Ramsès II a ainsi laissé de nombreuses stèles et inscriptions se félicitant de ses exploits militaires et de ses grands travaux (comme le temple d’Abou Simbel). Il s’y dépeint parfois seul contre des armées entières (ex. : bataille de Qadesh), bien que les faits montrent une action collective. Les textes de fondation sur les temples sont presque toujours rédigés à la première personne royale : « J’ai construit ce temple pour mon père Amon-Rê… », masquant le travail réel derrière une déclaration de piété et de puissance royale.
Les rois mésopotamiens, comme les pharaons, parlent à la première personne et s’attribuent la gloire des travaux collectifs : le roi Gudea de Lagash (env. 2144–2124 av. J.-C.) a laissé des inscriptions (stèles et cylindres) affirmant qu’il a bâti de nombreux temples, bien que ces travaux aient mobilisé toute la cité. Le célèbre roi Hammurabi de Babylone (XVIIIe siècle av. J.-C.) présente son code de lois comme une œuvre qu’il a « écrite », bien que ce soit le résultat de traditions juridiques antérieures et du travail de scribes.
Les rois assyriens ont pour leur part laissé de longues inscriptions commémoratives (stèles, bas-reliefs, annales) s’attribuant les victoires et la construction de palais, routes ou jardins : Sennachérib (VIIIe s. av. J.-C.) affirme qu’il a reconstruit Ninive en une capitale splendide : « J’ai fait jaillir de l’eau des montagnes… j’ai bâti des palais… » – sans mentionner les milliers de travailleurs impliqués. Les campagnes militaires sont décrites comme des triomphes personnels, avec parfois une amplification manifeste de la réalité.
Les rois hellénistiques, puis les empereurs romains, ont repris cette tradition : Alexandre le Grand a vu ses exploits immortalisés dans des textes à la gloire de son génie, bien qu’il ait été accompagné de stratèges et d’ingénieurs (ex. : siège de Tyr). Les empereurs romains (comme Auguste, dans les Res Gestae) présentent leurs accomplissements (constructions, victoires, réformes) à la première personne, bien que l’appareil administratif et militaire romain ait été gigantesque.
Les empereurs de la Chine ancienne, notamment Qin Shi Huangdi (IIIe siècle av. J.-C.), se sont attribué la création de projets titanesques comme la Grande Muraille de Chine (section initiale) ou le mausolée de Xi’an avec les soldats en terre cuite. Ces projets ont été présentés comme les manifestations de la volonté impériale, bien qu’ils aient coûté la vie à des dizaines de milliers de travailleurs.
La récupération symbolique et idéologique d’un travail collectif par un souverain était la norme dans les civilisations antiques. Ce procédé servait plusieurs buts : affirmer le pouvoir royal comme source de toute réalisation, renforcer le lien entre le roi et le divin, masquer les tensions sociales ou les coûts humains, imposer un récit historique unifié. C’est un phénomène qu’on pourrait appeler aujourd’hui de la propagande monarchique, mais qui était intégré aux conventions littéraires et politiques de l’époque.
3. Le but du culte : La revendication sacrificielle
Le rôle principal de Yahvé, exprimé par l'intermédiaire de Moïse, était de défendre une revendication religieuse qui est le cœur de l'Exode.
• L'Objet de la Revendication : Allan Arsmann note que la phrase célèbre « Laisse aller mon peuple » est une simplification moderne. Il rappelle que la phrase complète est : « Relâche mon peuple pour qu’il me rende un culte dans le désert »[82]. Il est clair pour Arsmann que Moïse demande ici la liberté d'organiser une fête religieuse sacrificielle[83].
• La Loi des Prémices : L'enjeu central de cette revendication était la Loi des Prémices, qui exigeait que les premiers-nés des bêtes et des fils humains soient offerts à Yahvé. Cette loi est présentée comme la première loi du nouveau peuple, antérieure même aux Dix Commandements[84].
• Stratégie Politique et Religieuse : Allan Arsmann suppose que Yahvé savait que le Pharaon (qui avait précédemment interdit ces pratiques) refuserait sa demande sacrificielle. Cette revendication était selon l'auteur une posture politique et un prétexte rituel visant à consommer la scission entre les exilés (Hyksôs et Sémites) et les Égyptiens, renforçant ainsi la nouvelle alliance monothéiste contre la pratique sacrificielle des Cananéens qu'ils allaient bientôt côtoyer. L'intégration finale du culte de Yahvé (qui condamnait l'acte d'Adam/Baal) était la signature de leur engagement à mettre fin aux sacrifices d'enfants.
Conclusion[modifier | modifier le wikicode]
En conclusion, Yahvé est perçu par Allan Arsmann comme une entité divine dont le nom a servi à unifier des cultes aux pratiques initialement opposées (le culte de la sagesse d'Ea/Yahou et le culte sacrificiel de Baal/Seth), et dont le nom a été parfois apposé à un personnage historique (un roi réel), comme ce fut le cas lors du récit de l'Exode.
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Article "Yahweh" dans Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Yahweh&oldid=229700828.
- ↑ Allan ARSMANN se propose de résoudre l'identité historique du personnage qui est appelé "Yahvé" dans l'Exode, dans le tome 5 volet 2 de son opus La Bible lue par un Asperger, ch. 51 pp. 385-406 : suite aux conclusions qu'il avait déjà tirées dans le tome 2 de la même série, il pense dans cet ouvrage et aux pages indiquées pouvoir l'identifier comme étant historiquement le pharaon hyksôs Apopi III.
- ↑ Voir Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, vol. 2. Voir aussi ses vidéos YouTube "La date de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f0yUnCZ2GM4&t=8s), et "L'énigme archéologique de l'esclavage des Hébreux - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=As7DJIIUYCc&t=4s).
- ↑ Période du roi Josias (Yoshiyahu יֹאשִׁיָּהוּ en hébreu) qui régna sur le royaume de Juda entre 640 av. J.-C. et 609 av. J.-C. Sa réforme religieuse fut l’un des tournants majeurs de l’histoire religieuse d’Israël/Juda. Elle visait à purifier le culte de YHWH, à centraliser le culte à Jérusalem, et à éliminer les pratiques idolâtres encore présentes dans le royaume de Juda. Mais au-delà de l’action cultuelle, beaucoup de chercheurs considèrent que Josias a aussi initié ou supervisé une réécriture ou correction importante des textes bibliques, en particulier ceux qui formeront plus tard le Deutéronome et la base de la théologie deutéronomiste. Cf. 2 Rois 23:4-5 : « Il fit sortir du Temple tous les objets faits pour Baal, Astarté et toute l’armée du ciel… »
- ↑ Plus précisément, dans la mythologie cananéenne et ougaritique, Baal est très souvent désigné comme “fils d’El” : exemple dans Le Cycle de Baal (texte KTU 1.1–1.2), où Baal est présenté comme le fils du dieu El, chef du panthéon ougaritique, qui règne sur les dieux ; dans plusieurs hymnes, Baal est appelé « bn ’il », une formule fréquente pour insister sur sa filiation divine et son autorité héritée. Certains noms théophoriques à Ebla contiennent “Ia” (ou “Ia‑/Yah‑”), et il y a eu des hypothèses selon lesquelles “Ia” pouvait être une forme de Ea / Enki, ou du moins influencée par les mythologies mésopotamiennes : Giovanni Pettinato a publié des traductions et interprétations des tablettes d’Ébla, et il a évoqué que des noms théophoriques changeaient — le nom El étant parfois remplacé dans certains noms par Ia — ce qui a alimenté l’idée d’un théonyme Ia (cf. les fouilles d’Ébla et leurs publications dans les années 1970‑1980) ; Alfonso Archi, spécialiste plus récent des textes d’Ébla, a écrit “The God Ḥay(y)a (Ea / Enki) at Ebla” (2010) qui examine la figure d’Ḥay(y)a, identifiée par l’auteur comme étant Ea / Enki, et discute des occurrences et fonctions de ce dieu à Ébla. Ce type de travail rapproche le contexte d’Ebla de divinités mésopotamiennes comme Ea (article dans Opening the Tablet Box, 2010). Mais il faut nuancer et de nombreux chercheurs rejettent “Ia = Ea / Enki” comme étant improbable ou mal fondé sur des lectures erronées : c'est le cas de Karel van der Toorn (Family Religion in Babylonia, Ugarit and Israel, 1996), Michael C. Astour. (Semitic Inscriptions, 1974), Mark S. Smith (The Early History of God, 2002), William W. Hallo (publications sur les relations mésopotamiennes-ougariques, notamment dans Journal of Near Eastern Studies), ou Alfonso Archi, qui formule des critiques plus nuancées (Opening the Tablet Box, 2010).
- ↑ Cf. la vidéo YouTube intitulée "Les Prémices dans le culte de Yahvé - élucidées par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=RReRqcz5oKg&t=67s). (Exode 13:1–2 ; Exode 22:28–29 ; Exode 34:19–20 ; Nombres 3:13 / 8:17 ; Ézéchiel 20:25–26 ; Michée 6:6–7).
- ↑ Cf. les travaux de Jean-Pierre Vernant.
- ↑ Cf. la vidéo de l'auteur : "Les Prémices dans le culte de Yahvé - élucidées par un Asperger" (https://www.youtube.com/results?https://www.youtube.com/watch?v=RReRqcz5oKg&t=67s).
- ↑ Voir Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, vol. 5, tome 2, ch. 47, pp. 290-318.
- ↑ Cf. Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, vol. 3.
- ↑ Cf. la vidéo YouTube de l'auteur : "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=22s).
- ↑ Exemples : Yônah / Jonas (Jonas 1:1) ; Yô’ash / Joas (2 Rois 12:1) ; Yô’ahaz / Joachaz (2 Rois 13:1) ; Yôram / Joram (2 Rois 8:16) ; Yôseph / Joseph (Genèse 30:24) ; Yô’ashiyahou / Josias (2 Rois 22:1) ; Yôhânân / Jean (2 Rois 25:23) ; Yôyaqîm / Joachim (2 Rois 23:34) ; Yôzabâd / Jozabad (2 Rois 12:21) ; Yônaqâm / Jonathân (1 Sam 14:6) ; Yesha‘yahu / Ésaïe (Ésaïe 1:1) ; Yirmeyahu / Jérémie (Jérémie 1:1) ; Eliyahou / Élie (1 Rois 17:1) ; Ovadyah / Abdias (Abdias 1:1) ; Netanyah / Nathanaël (Jérémie 36:14) ; Azaryah / Azaria (2 Rois 15:1) ; Zekaryah / Zacharie (Zacharie 1:1), Hananyah / Hanania (Jérémie 28:1) ; Mikhayah / Michée (Michée 1:1) ; Yehoyada‘ / Jehoïada (2 Rois 11:4) ; Yehu / Jéhu (1 Rois 19:16) ; Yehoash / Joas (2 Rois 12:1) ; Yehoiakim / Joachim (2 Rois 23:34) ; Yehohanan / Johanan (2 Rois 25:23) ; Yehoiachin / Jéconias (2 Rois 24:6) ; Yehoiada / Jehoïada (2 Chroniques 23:1) ; le prénom Jésus est quant à lui directement apparenté au prénom Josué (en hébreu : Yehoshua / יְהוֹשֻׁעַ), ce qui signifie : « YHWH sauve » ou « YHWH est salut ».
- ↑ Cf. la vidéo YouTube de l'auteur intitulée "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=22s).
- ↑ Jean Bottéro évoque la prononciation du nom du dieu Ea sous la forme « Iaou » ou « Iao » dans son ouvrage Mesopotamia: La naissance de la littérature, éd. Gallimard coll. Bibliothèque des Histoires, 1995. Dans ce livre, il explore les cultures mésopotamiennes et leur littérature, y compris la religion et les noms des dieux. Bottéro mentionne cette forme pour souligner les variations phonétiques des noms divins, en particulier dans les contextes religieux ou mystiques. Il est important de noter que la prononciation du nom d'Ea (ou Enki) a été sujette à des débats entre les spécialistes en raison des transcriptions dans différentes langues anciennes (sumérien, akkadien, etc.), ainsi que de l'influence de certaines formes grecques ou latines.
- ↑ Cf. la vidéo d'Allan Arsmann "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=62s). « Ea » est le nom akkadien du dieu sumérien Enki. Enki / Ea est associé à l’eau douce, aux sources souterraines, à l’abîme aquatique (‘abzu’ ou ‘apsû’), à la sagesse, à la fertilité, à la création (Encyclopédie Britannica). « Abzu » (sumérien) / « Apsû » (akkadien) désigne l’eau souterraine, les eaux profondes. Dans le mythe de Dilmun, on voit que Enki « remplit les canaux d’eau », ou « remplit les fossés », ou « il ouvre les canaux pour le flux d’eau » dans le passage où Dilmun souffre d’un manque d’eau. Etymologiquement, les verbes liés à “verser / répandre / irriguer” sont présents autour du radical a (“eau”), qui porte l'idée d'une “action de l’eau”. Cela n’implique pas complètement que le nom divin Ea / Enki dérive d’un “a + verbe jaillir”, mais cela laisse ouverte l’idée qu’une lecture poétique ait pu être faite.
- ↑ Dans le mythe d'Enki et Ninmah, le dieu est donné comme ayant donné de l'“intelligence / esprit / pensée (?)” selon certaines traductions) aux humains. Cela atteste bien la fonction de sage / de pourvoyeur de savoir / de pensée. Dans l'Hymne des temples, Enki est qualifié de “sage / le sage” et “créateur” dans le contexte poétique du temple, soulignant son autorité, sa connaissance, sa fonction ordonnatrice. Cela montre qu’on lui attribue une dimension d’esprit de gouvernance et de sagesse. Enki n’est donc pas seulement un dieu des eaux ou de la fertilité, mais aussi un dieu qui instille, donne, qui crée ou structure le monde, ou les hommes, avec sagesse et intelligence. Le terme “intelligence / conseil / mot” est employé dans les textes comme une qualité divine, et Enki est celui qui la manifeste ou la distribue. Le mot “esprit” au sens abstrait moderne apparaît rarement ou n’est pas évident dans ces traductions : une interprétation comme “vie” (vie vitale, souffle) est plus implicite ou métaphorique : par exemple, la création de l’humanité, ou la fertilité.
- ↑ En hébreu, תְּהוֹם (tehom) signifie “abîme, profondeur, eaux profondes, lieux souterrains des eaux, mer primitive / océans profonds”. Genèse 1:2 « La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme (tehom), et l’Esprit de Dieu se mouvait au‑dessus des eaux. » ; Genèse 7:11 « Toutes les sources du grand abîme (tehom) jaillirent, et les écluses des cieux s’ouvrirent. » ; Genèse 8:2 « Les sources de l’abîme (tehom) et les écluses des cieux furent fermées, et la pluie ne tomba plus du ciel. » ; Isaïe 51:10 « N’est‑ce pas toi qui as desséché la mer, les eaux du grand abîme (tehom rabbah) ? Qui as fait traverser à pied sec les profondeurs de la mer pour le racheter ? » Dans plusieurs Psaumes, le mot "tehom" est employé dans des métaphores de profondeur, de chaos aquatique, ou comme image des forces à dominer. (Ex : Psaume 36:6, etc.). Le fragment “Apocryphal Psalms (11Q11)” des Manuscrits de la Mer Morte mentionne tehom comme un lieu “en dessous”, lié aux ténèbres, aux démons, au jugement. Le texte utilise Tehom Rabba et « Sheol inférieur ».
- ↑ Ésaïe 58:11‑12 « Tu seras comme un jardin arrosé, comme une source dont l’eau ne tarit pas. » ; Genèse 2:6 « Seule une sorte de source jaillissait de la terre et arrosait la surface du sol. » ; Zacharie 13:1 « En ce jour‑là une source jaillira ; la maison de David et les habitants de Jérusalem y laveront leurs péchés et leurs impuretés. » ; Jean 4:14 « … l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. ».
- ↑ Aucun passage de l’Ancien Testament canonique (Genèse, Exode, etc.) n’attribue explicitement à Abraham le rôle d’exorciste dans le sens “chasser un démon / esprit impur” comme dans la tradition judéo‑chrétienne plus tardive. Les récits bibliques montrent Abraham comme prophète, patriarche, mais pas comme guérisseur de type exorciste dans les textes reconnus de la Bible. Pour autant, le Livre des Jubilés (apocryphe juif, environ IIe siècle av. J.-C.) insiste sur la pureté rituelle, la connaissance divine et l’autorité accordée à Abraham, qui est présenté comme un prêtre prophète capable d’exercer un contrôle sur les esprits impurs. En Jubilés 23:14-15, Abraham reçoit la connaissance des esprits et des démons, et il est chargé par Dieu de garder la pureté ainsi que d’exercer une fonction spirituelle élevée, qui inclut la capacité à repousser les influences mauvaises. Plus précisément, Abraham est montré comme ayant autorité pour chasser les esprits mauvais, ce qui rejoint un rôle d’exorciste. De même, dans le Genesis Apocryphon (1Q20 fragment de Qumrân, colonne 20 versets 20‑24‑29 selon les éditions), il y a une histoire où Abraham est appelé à libérer le pharaon qui est affecté par un “esprit de peste”. Abraham prie, intervient auprès de Dieu, et le démon / esprit qui cause la maladie est banni. Ce récit fait de lui un exorciste dans le sens qu’il chasse un esprit maléfique de la personne du pharaon. Cette démonstration est menée par Allan Arsmann dans son livre La Bible lue par un Asperger, tome 1 ch. 9 pp. 260-291, ainsi que dans sa vidéo "L'origine sacerdotale d'Abraham - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=H0zenAbomn0&t=245s).
- ↑ Voir Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tome 1, ch. 9 pp. 260-291, et ch. 10 pp. 292-310. Voir aussi sa vidéo YouTube "L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=62s), et aussi dans "La seconde Identité de Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=daoeFWPx8KA&t=12s).
- ↑ Cf. la vidéo de l'auteur "Le coeur du culte biblique originel - élucidé par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=5X_xc256cH4&t=36s). Exemples de passages bibliques : Exode 34:14 « Tu ne serviras aucun autre dieu ; car Yahweh, dont le nom est "Le Jaloux", est un Dieu jaloux. » ; Deutéronome 6:15 « car Yahweh ton Dieu qui est au milieu de toi est un Dieu jaloux : sa colère s’enflammera, et il te fera périr hors de la terre. » ; Nahum 1:2‑3 « Yahweh est un Dieu jaloux et vengeur ; Yahweh prend vengeance, il est plein de fureur ; Yahweh se venge de ses adversaires, il garde sa colère pour ses ennemis. » Deutéronome 32:16 « Ils l’ont excité à la jalousie par ce qui n’est pas Dieu ; ils l’ont irrité par des idoles vaines. »
- ↑ La concurrence intraspécifique est un terme utilisé en écologie pour désigner la compétition entre des individus d'une même espèce pour accéder à des ressources limitées (la nourriture, l’eau, l’espace, les partenaires sexuels, la lumière - chez les plantes -, ou tout autre facteur limitant). Dans les langues de l’Antiquité, les mots traduits par "jalousie" expriment des formes de rivalité passionnée entre semblables, souvent intraspécifiques, mais toujours chargées d’émotion ou de loyauté spirituelle. Ce n’est pas exactement de la “concurrence intraspécifique” au sens écologique, mais on en trouve des équivalents symboliques dans le vocabulaire religieux et relationnel. En Hébreu biblique – קַנָּא (qannā’) / קִנְאָה (qin’ah) racine : ק־נ־א (q-n-ʾ) → signifie ardeur, zèle, passion, mais aussi jalousie, envie, ou rivalité exclusive. Utilisé pour Dieu (El Qanna) = "Dieu jaloux" (Exode 34:14) → Dieu veut l’exclusivité dans la relation, pas de partage. Entre humains : rivalité amoureuse, sociale, spirituelle. Ce mot évoque donc un zèle passionné et exclusif, qui peut inclure une rivalité entre pairs (donc intraspécifique au sens humain), mais qui n’est pas limité à ce cadre. En Grec ancien – Ζῆλος (zèlos) : d’abord positif → émulation, ardeur, zèle, puis aussi jalousie. Ex. : Dieu est zēlōtēs (zélé) dans le NT grec. Peut désigner un désir de surpasser un égal → rivalité intraspécifique au sens humain (entre semblables). – Φθόνος (phthonos) : jalousie négative, envie de ce que l’autre a. Moins noble que zēlos. Utilisé pour des émotions destructrices entre humains. En Latin – Zelus : emprunté au grec zēlos, désigne le zèle, la passion jalouse. Invidia : envie, ressentiment → a donné “envie” en français. Aemulatio : émulation, compétition entre pairs → plus proche de la concurrence intraspécifique. Ex. : deux citoyens romains cherchant à surpasser l'autre en gloire → rivalité interne à une espèce (les humains).
- ↑ Dans le mythe sumérien Enki and Ninmah, Enki et la déesse Ninmah font un genre de concours ou défi lors d’un banquet, où Ninmah crée des êtres avec des défauts et handicaps, pour tester la capacité d’Enki à trouver une place dans la société pour chacun d’eux. Enki réussit finalement à attribuer une fonction même aux êtres créés avec des “défauts”. Ce “duel” créatif (Ninmah vs Enki) peut être vu comme une rivalité : Ninmah veut montrer qu’elle peut créer des êtres, Enki répond qu’il peut “tempérer” les défauts ou même tirer parti de ce que d’autres pourraient voir comme des imperfections. Cela forme un véritable test, sorte de compétition d’habileté divine. Dans certaines traditions, il y a rivalité entre Enki et Enlil, par exemple autour d’interprétations du pouvoir, de l’autorité, ou des déluges. Par exemple, Le site Facts and Details propose un article intitulé “Enki, Enlil and Marduk and Rivalry Between Their Cult Centers”, où il est mentionné que Enki empêche parfois les desseins d’Enlil, ce qui provoque la colère d’Enlil. Dans le mythe “Enki et l'ordre du monde” ("Enki et les me"), bien que ce ne soit pas toujours circonstancié comme un “concours”, Enki est souvent celui qui intervient, ajuste, ordonne, parfois en contraste ou en rivalisant indirectement avec d’autres dieux relativement à qui reçoit quelle fonction, quelle cité, etc. Ce qu’on voit dans ces mythes, c’est rivalité ou défi, pas nécessairement “concurrence” au sens écologique ou strictement biologique. Ce sont des récits symboliques, mythiques, où les dieux testent, rivalisent, révèlent leur autorité, ou démontrent leur sagesse/puissance. Enki est plus souvent présenté comme sagace, ingénieux, capable de résoudre des problèmes, d’intervenir pour le bien de l’humanité ou pour arranger le monde, plutôt que comme un dieu simplement agressif ou en conflit permanent. L’idée de “concurrence intraspécifique” (dans le sens d’individus de la même espèce / même rang en lutte pour des ressources) ne se traduit pas directement dans ces récits. Les rivalités sont davantage thématiques, cosmiques, liées à la création, au destin, ou à l’ordre des choses divines plutôt qu’à une lutte pour “nourriture, territoire, survie”.
- ↑ Cf. la vidéo de l'auteur "Le coeur du culte biblique originel - élucidé par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=5X_xc256cH4&t=36s). L'expression « Yahvé des armées » (hébreu : YHWH Ṣəḇāʾôṯ, יְהוָה צְבָאוֹת) est l’un des titres les plus fréquents de Dieu dans l’Ancien Testament, surtout dans les livres prophétiques et historiques. Le terme ṣəḇāʾôṯ (armées) peut désigner : les armées célestes (anges, êtres spirituels), les armées d’Israël, ou plus largement, toutes les forces organisées du cosmos sous le commandement de Dieu. C’est un titre guerrier, mais aussi cosmique et théologique : Dieu est le maître suprême de tous les ordres, terrestres et célestes. Elle est souvent traduite en français par : « l’Éternel des armées » (traduction classique, ex. Louis Segond), « le Seigneur des armées » (ex. TOB), parfois « Yahvé Sabaoth » (translittération partielle), ou encore « le Seigneur tout-puissant » (dans certaines traductions plus modernes). Cette expression évoque la puissance militaire, la souveraineté cosmique et la capacité de Dieu à diriger non seulement les armées humaines, mais aussi les forces célestes. Quelques exemples saillants en 1 Samuel 1:3 ; Psaume 24:10 ; Ésaïe 6:3–5 ; Ésaïe 1:24 ; Jérémie 11:20 ; Zacharie 8:1–2 ; Malachie 1:11.
- ↑ Noé, père de Sem, père d'Arpacshad, père de Shélah, père d'Éber, père de Peleg, père de Reou, père de Serug, père de Nahor, père de Térah (lui-même père d'Abram - plus tard Abraham) (cf. Genèse 11:10–26).
- ↑ "Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras. Le nom du premier est Pishon ; c’est celui qui entoure tout le pays de Havila, où se trouve l’or. L’or de ce pays est pur ; on y trouve aussi le bdellium et la pierre d’onyx. Le nom du second fleuve est Guihon ; c’est celui qui entoure tout le pays de Cusch. Le nom du troisième est Hiddékel (Tigre) ; c’est celui qui coule à l’orient d’Assur (ou d’Assyrie). Le quatrième fleuve, c’est l’Euphrate." (Genèse 2:10–14)
- ↑ Dans le mythe d'Enki et Ninmah, (IIIe millénaire avant JC), le dieu et la déesse créent l'humanité à partir de l'argile : Il existe des représentations artistiques de cette scène, notamment dans les bas-reliefs et sceaux, où les dieux travaillent autour d’un tour de potier. Dans le mythe akkadien d’Atra-Hasis (XVIIe s. av. J.-C.), les dieux mineurs, fatigués de travailler, se révoltent. En réponse, le dieu Enki (Ea) et la déesse Nintu (ou Mami) créent l’homme pour faire le travail à leur place : « Nintu pinça de l’argile, elle la posa dans un moule : les dieux crachèrent sur l’argile, Enki ajouta son savoir, et ainsi fut créé le premier homme. » Le texte assyrien dit même que la déesse moule les humains "comme des figurines" à la main, ou à l’aide d’un tour de potier, selon certaines traductions. Dans Genèse 2:7, « YHWH Dieu forma l’homme (adam) de la poussière du sol (adamah), il insuffla dans ses narines un souffle de vie. » Le verbe hébreu yatsar (יָצַר) utilisé ici signifie « façonner, modeler », et il est le même verbe utilisé pour décrire le travail du potier en hébreu biblique. Ainsi, même si le texte ne parle pas explicitement de tour de potier, l’imaginaire du potier est très présent. Cet imaginaire est d'ailleurs repris dans Isaïe (64:8), où le Prophète s'adresse ainsi à Dieu : « Tu es notre père ; nous sommes l’argile, et toi, tu es notre potier. »
- ↑ Dans l’Épopée d’Atrahasis, il est dit qu’un dieu meurt, et sa chair et son sang sont mélangés à de l’argile pour former l’homme. Enki/Ea est ici impliqué : il fournit l’argile (ou les matériaux) pour le mélange. Dans le texte “La création de l'Homme” (poème sumérien ancien, souvent attribué aux mythes sumériens d’origine), on trouve une version selon laquelle les dieux se plaignent de leur travail : Enki et la mère des dieux (Nammu) prennent l’initiative de créer des humains (“serviteurs des dieux”) pour soulager les dieux de leur labeur. On lit : “Mélange le cœur de l’argile qui est au-dessus de l’abîme" : c’est l’argile au-dessus de l’abîme (les ’“abysses” ou abzu/apsû) qui est utilisée comme matière première.
- ↑ Des mythes ou textes associent Enki à la transmission des arts de la civilisation, dont l’écriture fait partie ; on y lit même qu’il offre ou cède l’écriture aux Hommes. Le poème sumérien “Inanna et Enki” raconte par exemple qu’Inanna convoite les me (les décrets divins ou les attributs de civilisation) détenus par Enki. Parmi ces me, l’écriture est mentionnée. Enki, après avoir bu, donne ces me à Inanna, y compris ceux des techniques du bois, du métal, de l’écriture, etc. Un article de la BnF (“Le mythe de naissance de l’écriture en Mésopotamie”) mentionne qu’Enki est souvent présenté comme maître de la sagesse et de tous les archétypes de la civilisation, ce qui inclut une origine divine de l’écriture. Toutefois, l’attribution concrète de l’invention première va souvent à Nabu (et dans certains textes à sa femme ou à Nisaba) dans les pratiques religieuses ultérieures.
- ↑ J. Klein, “The Assumed Human Origin of Divine Dumuzi: A Reconsideration”, dans Proceedings of the 53rd Rencontre Assyriologique Internationale (2010) : cet article examine les hypothèses selon lesquelles Dumuzi aurait d’abord été perçu comme un personnage humain (roi légendaire) avant d’être divinisé. Ruth Mclennan Kerr, “The Descendent of Dumuzi: a comparative study of Dumuzi and Adonis”, thèse, Victoria University of Wellington, 2003 : étude comparative Mythe/Dieux de Dumuzi et Adonis. Aborde le mythe du “dieu mourant / renaissant”. Allan Arsmann, dans La Bible lue par un Asperger, tome 1 Premier jour : l'Entrée, chapitre 21 "l'Homme", pp. 480-499, démontre la correspondance entre Dumuzi et l'Adam biblique. Il reprend cette démonstration dans sa vidéo Youtube "L'identité d'Adam élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f93AQ6d5kIA). Dumuzi Roi berger (dans certains récits) -> Lien avec la fertilité, la terre -> Descente aux Enfers (Inanna / Ishtar) -> Figure symbolique d’un homme mythique -> Partie d’un panthéon ou conseil divin. Adam -> Cultivateur / berger via ses fils -> Créé de la terre (adamah) -> Expulsé de l’Éden → mort introduite -> Homme primordial, mais entouré d'autres humains -> Dieu s’adresse à un conseil, pluriel « nous »
- ↑ à sourcer...
- ↑ « Dieu des armées » est une épithète classique attribuée à Yahvé dans la Bible hébraïque, souvent traduite par "Yahvé Sabaoth" (יְהוָה צְבָאוֹת), ce qui signifie littéralement « Yahvé des armées » ou « Seigneur des armées ». Quelques exemples : 1 Samuel 17:45 : — David dit au Philistin : « Tu viens contre moi avec une épée, une lance et un javelot, mais moi, je viens contre toi au nom de l’Éternel des armées, le Dieu des troupes d’Israël… » Psaume 24:10 : — Qui est ce Roi de gloire ? L’Éternel des armées, lui est le roi de gloire. Ésaïe 6:5 : — Alors je dis : Malheur à moi ! Je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures, et j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, l’Éternel des armées ! Jérémie 51:20 : — Toi, mon serviteur Jacob, toi que j’ai choisi, descendance d’Israël, mon ami ! Moi, l’Éternel, le Dieu des armées, je t’appelle avec justice, et je te prends par la main ; je te garde et je te donne pour alliance du peuple.
- ↑ Cette loi des prémices est analysée par Allan Arsmann dans son tome 3 de la Bible lue par un Asperger intitulé l'Enfer, aux chapitres 8 à 13.
- ↑ La pratique des prémices est très ancienne et universelle, souvent rituelle et liée au religieux. Les premières lois codifiées s’intéressent surtout aux relations sociales et économiques, mais peuvent intégrer des règles liées aux offrandes et cultes. La loi des prémices comme texte légal spécifique est bien connue dans la tradition biblique, mais moins explicitement dans les premiers codes mésopotamiens. Le code d’Ur-Nammu (vers 2100-2050 av. J.-C.) est l’un des plus anciens codes de loi connus. Il traite principalement de délits, pénalités et droits civils, mais il mentionne aussi certaines obligations religieuses, comme des sacrifices ou offrandes. En Égypte ancienne, on honorait aussi les dieux avec des offrandes des premières récoltes, souvent lors de fêtes annuelles. Ces rituels faisaient partie intégrante du maintien de l’ordre cosmique (Maât). Ils étaient régulés par la religion et les prêtres, mais pas nécessairement codifiés sous forme légale.
- ↑ Exode 23:19 : « Tu apporteras à la maison de l’Éternel, ton Dieu, les prémices des premiers fruits de ta terre. » Exode 13:1-2 : "L’Éternel parla à Moïse, et dit : "Consacre-moi tous les premiers-nés. Tout ce qui ouvre le ventre parmi les enfants d’Israël, tant des hommes que des bêtes, m’appartient.""(Traduction Louis Segond 1910) Exode 13:11-15 : (Contexte de la loi sur le premier-né) "Lorsque l’Éternel t’aura fait entrer dans le pays des Cananéens, comme il l’a juré, et qu’il te l’aura donné, tu consacreras à l’Éternel tout premier-né qui ouvrira le ventre ; et tu achèteras avec un sacrifice le premier-né de ton bétail, qu’il soit gros ou maigre. Mais si tu ne l’achètes pas, tu lui couperas la gorge ; tu consacreras à l’Éternel tout premier-né mâle de ton bétail que tu auras. Et quand ton fils te demandera dans le temps à venir : Que signifie ceci ? tu lui répondras : C’est par la main forte que l’Éternel nous a tirés d’Égypte, de la maison de servitude. Lorsque le pharaon aurait voulu nous faire mourir, c’est alors que l’Éternel a frappé tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né de l’homme jusqu’au premier-né des bêtes ; c’est pourquoi je te sacrifie à l’Éternel tout mâle qui ouvre le ventre, et je rachète tout premier-né de mes fils." Deutéronome 26:1-11 détaille le rituel des prémices (bikkurim) : "1-Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage, et que tu en auras pris possession, tu prendras des premiers produits de toute production du sol que tu récolteras dans ce pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, et tu les mettras dans un panier, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, choisira pour y faire résider son nom. 2-Tu iras vers le sacrificateur qui sera en fonction en ce temps-là, et tu lui diras: Je proclame aujourd’hui à l’Éternel, ton Dieu, que je suis entré dans le pays que l’Éternel a juré à nos pères de nous donner. 3-Le sacrificateur prendra le panier de ta main, et le posera devant l’autel de l’Éternel, ton Dieu.
- ↑ Attesté en Phénicie, dans le Proche-Orient ancien (Moab, Ammon), dans l'ancienne Afrique (où les cas de rituels de fondation avec enfants enterrés sous la première pierre ont été rapportés par des témoignages d'explorateurs), suggéré dans la Bible (avant la possibilité d'un rachat), très probable à Carthage.
- ↑ La plupart des sacrifices dans l’Antiquité incluaient la consommation rituelle d’une part de l’offrande — ce n’était pas juste un acte d’élimination, mais un repas sacré liant la communauté au divin. La part brûlée symbolise la présence divine, la part consommée est un signe de communion. Travaux classiques sur les sacrifices antiques : Walter Burkert, Homo Necans: The Anthropology of Ancient Greek Sacrificial Ritual and Myth (1972) : montre que le sacrifice grec comprend toujours une part offerte aux dieux (par combustion) et une part consommée lors d’un festin. Mary Douglas, Purity and Danger (1966), sur les rituels sacrificiels et la consommation. Jon Levenson, Sacrifice and Scripture (1984). Frank Moore Cross, Canaanite Myth and Hebrew Epic (1973). Jean-Pierre Vernant : « Le sacrifice en Grèce ancienne » (analyse le rôle du sacrifice dans la société grecque comme un acte à la fois religieux, social et politique.Vernant insiste sur la double dimension du sacrifice : une part offerte aux dieux (par combustion) et une part consommée par les humains, soulignant ainsi la fonction de cohésion sociale.) J-P Vernant, « La mort et l’âme dans la pensée grecque » (aborde la symbolique du sacrifice dans la conception grecque de la mort et de l’âme, notamment le sens de la consommation des victimes sacrifiées.) J-P Vernant, « Mythe et société en Grèce ancienne » (dans Mythes et sociétés) : cet essai explore la place des rites sacrificiels dans le contexte social et mythologique, y compris la notion de partage du repas sacrificiel. J-P Vernant, « Religion grecque, mythes, rites » (divers chapitres dans plusieurs ouvrages collectifs).
- ↑ Il existe des arguments historiques, anthropologiques et textuels suggérant que le rachat des premiers-nés dans la tradition israélite ne s’est pas imposé d’un seul coup, mais progressivement au fil du temps — en remplacement ou en adoucissement de pratiques plus anciennes, potentiellement violentes (comme des formes de dévouement total ou même de sacrifice d’enfants) : dans la Torah, Dieu exige que tout premier-né mâle — humain ou animal — lui soit consacré : Exode 13:2 : « Consacre-moi tout premier-né, tout premier-né parmi les enfants d’Israël, tant des hommes que des animaux : il m’appartient. » Mais ensuite, on trouve une substitution prévue pour les enfants humains : Exode 13:13 : « Tu rachèteras tout premier-né de l’homme parmi tes fils. » Des chercheurs pensent que la Bible conserve des traces d’un passé où le sacrifice d’enfants (notamment les premiers-nés) était pratiqué, au moins dans certains cercles. Per exemple, le sacrifice d’Isaac en Genèse 22 (Abraham prêt à tuer son fils, mais Dieu l'arrête). Les interdictions dans Lévitique et Deutéronome, très insistantes contre le sacrifice d’enfants, peuvent laisser entendre que cette pratique était tentante ou existante. C'est ce que pensent des chercheurs comme Jan Assmann, historien des religions : il évoque dans “La distinction mosaïque” que le monothéisme israélite s’est défini contre les sacrifices humains, ou Jon Levenson, théologien juif, dans The Death and Resurrection of the Beloved Son, qui analyse le sacrifice d’Isaac comme la trace d’une tradition ancienne de sacrifice du fils premier-né. Le rachat du premier-né (appelé Pidyon haBen) est codifié dans Nombres 18:15-16 : « Tout premier-né de l’homme, tu le feras racheter, […] pour la somme de cinq sicles d’argent... ». Ce rituel remplace un sacrifice. Il est considéré comme une codification plus tardive (période post-exilique pour le livre des Nombres, selon de nombreux exégètes). Dans ses travaux sur la religion israélite ancienne, S. Smith (professeur à Princeton) note que « Le rachat des premiers-nés apparaît comme une réforme religieuse visant à supprimer des pratiques de dévouement humain autrefois acceptées. » Tikva Frymer-Kensky note dans ses études sur les sacrifices et le genre que « le passage du sacrifice au rachat marque un tournant éthique et rituel dans la tradition israélite. Ce ne fut pas immédiat, mais progressif, reflet d’une conscience religieuse en mutation. » Baruch Halpern (archéologue et historien) pense que « la présence d’interdictions répétées sur le sacrifice d’enfants montre que cela ne fut pas toujours considéré comme interdit. Le rachat institutionnalisé du premier-né est donc une réponse religieuse et politique à une pratique qui a dû exister. » Voir aussi sur le sujet : Jon D. Levenson, The Death and Resurrection of the Beloved Son ; Mark S. Smith, The Early History of God ; Francesca Stavrakopoulou, Child Sacrifice in Ancient Israel ; Jan Assmann, From Gods to God ; Tikva Frymer-Kensky, Reading the Women of the Bible.
- ↑ Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tome 3 ch 24, pp. 391-399.
- ↑ Cf. Psaumes 49:8 (49:7 dans certaines Bibles) : "Nul ne peut racheter son frère, ni payer à Dieu sa rançon. Le rachat de leur âme est trop cher, et il ne se fera jamais."
- ↑ Cf. les multiples vidéos de l'auteur consacrées à ce thème : "L'identité secrète de Moïse - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=rqYyupGqS54&t=7s), "La psychologie des anthropophages - expliquée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=VBQrd0hjXfk&t=8s & https://www.youtube.com/watch?v=3G7vN95rueA&t=9s), "L’aliment sacré dans la Bible - l’enquête d'un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=4gV6S-oMdRI&t=4s), "La Tentation du Christ - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=Xwvs2iuhmvI&t=1811s) , "La multiplication des pains - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=y6Jlaa_0Fm0&t=1s).
- ↑ à sourcer, notamment concernant des références d'attribution à Baal de manifestations par le biais de la "lèpre" ou de "fléaux".
- ↑ Plusieurs passages bibliques dénoncent fermement les sacrifices d'enfants, une pratique associée à des cultes païens voisins comme ceux de Moloch. Dans ces textes, Yahvé condamne ces sacrifices comme une abomination et affirme que ce genre de pratique ne vient pas de Lui : Lévitique 18:21 : « Tu ne livreras aucun de tes enfants pour le faire passer par le feu à Moloch, et tu ne profaneras pas le nom de ton Dieu. Je suis l'Éternel. » ; Lévitique 20:2-5 : « Tu diras aux enfants d'Israël : Si un homme des enfants d'Israël ou des étrangers en Israël livre l'un de ses enfants à Moloch, il sera puni de mort ; le peuple du pays le lapidera. [...] Je tournerai ma face contre cet homme, je le retrancherai du milieu de son peuple, parce qu'il a livré un de ses enfants à Moloch... » ; Deutéronome 12:31 : « Tu n’agiras pas ainsi envers l’Éternel, ton Dieu, car elles faisaient pour leurs dieux toutes les abominations que l’Éternel hait ; elles brûlaient même leurs fils et leurs filles par le feu en l’honneur de leurs dieux. » ; Deutéronome 18:10 : « Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu… » ; Jérémie 7:30-31 : « Car les enfants de Juda ont fait ce qui est mal à mes yeux, dit l’Éternel ; ils ont placé leurs abominations dans la maison sur laquelle mon nom est invoqué, pour la souiller. Ils ont bâti les hauts lieux de Topheth […] pour brûler au feu leurs fils et leurs filles, ce que je n’avais point ordonné, ce qui ne m’est point venu à la pensée. » Jérémie 19:4-6 : « Ils ont rempli ce lieu de sang innocent ; ils ont bâti des hauts lieux à Baal, pour brûler leurs enfants au feu en holocauste à Baal — ce que je n'avais ni ordonné, ni prescrit, et ce qui ne m'était point venu à la pensée. » ; Ézéchiel 16:20-21 : « Tu as pris tes fils et tes filles que tu m'avais enfantés, et tu les leur as sacrifiés pour qu'ils soient dévorés. Était-ce peu pour ta prostitution ? Tu as égorgé mes enfants, et tu les as livrés en les faisant passer par le feu en leur honneur. » ; Psaume 106:37-38 : « Ils sacrifièrent leurs fils et leurs filles aux démons. Ils répandirent le sang innocent, le sang de leurs fils et de leurs filles, qu’ils sacrifièrent aux idoles de Canaan ; et le pays fut profané par des meurtres. »
- ↑ Cf. Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tome 4 Résurrection.
- ↑ C'est l'Apôtre Paul qui développe une comparaison entre Adam et Jésus, mettant en lumière les effets opposés de leurs actes : en Romains 5, 12-18 : « Par un seul homme [Adam], le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort... De même, par un seul homme [Jésus-Christ], la justice est venue pour tous les hommes, entraînant la justification qui donne la vie. » (trad. TOB). En 1 Corinthiens 15, 21-22 : « Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ. » En 1 Corinthiens 15, 45-47 : « Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. [...] Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre ; le second homme vient du ciel. » On peut aussi voir une évocation de ce thème dans le texte de Jean 1:1–14 : Jésus comme « le Verbe fait chair », qui inaugure une nouvelle création.
- ↑ Cf. la vidéo de l'auteur "La Tentation du Christ - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=Xwvs2iuhmvI&t=1822s).
- ↑ Cf. la vidéo de l'auteur "La renaissance christique - élucidée par un asperger", Partie 1 (https://www.youtube.com/watch?v=qiwmi_a07Ao&t=5s).
- ↑ Matthieu 23:29–36 (cité aussi en Luc 11:47–51) : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites : “Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes.” Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les fils de ceux qui ont tué les prophètes. [...] afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l’autel. » ; Luc 11:50-51 : « [...] afin qu’il soit demandé compte à cette génération du sang de tous les prophètes qui a été répandu depuis la fondation du monde, depuis le sang d’Abel jusqu’au sang de Zacharie... » ; Jean 10:8 : « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ; mais les brebis ne les ont point écoutés. » ; Marc 12:38-40 (cité aussi en Luc 20:46-47) : « [...] Méfiez-vous des scribes, qui aiment à se promener en longues robes, à être salués sur les places publiques, à avoir les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les festins ; ils dévorent les maisons des veuves, et font pour l’apparence de longues prières : ils seront jugés plus sévèrement. » ; Matthieu 17:12-13 : « Mais je vous dis qu'Élie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu ; ils l'ont traité comme ils ont voulu. De même, le Fils de l’homme souffrira de leur part. » ; Luc 23:28–29 (Jésus sur le chemin de la croix) : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Car voici, des jours viendront où l’on dira : “Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté et les mamelles qui n’ont point allaité !” ».
- ↑ Cf. Matthieu 14, 13-21 ; Marc 6, 30-44 ; Luc 9, 10-17 ; Jean 6, 1-15.
- ↑ Cf. la vidéo de l'auteur "La multiplication des pains - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=y6Jlaa_0Fm0&t=27s).
- ↑ Paolo Matthiae et Jean Bottero, travaux archéologiques et philologiques à Ebla, sur les textes ou noms théonymiques ou de prêtres/ancêtres divins. On trouve à Ebla des noms comportant “Ia” (ou “Ia‑/Yah‑‑‑”) que certains (comme Bottero) suggèrent être une forme ou un équivalent sémitique de Ea / Enki. Cela ouvre la possibilité d’une influence ou diffusion culturelle vers l’Ouest, sans la certitude néanmoins d'une filiation doctrinale Baal ← Ea.
- ↑ Noga Ayali‑Darshan, art. “Baal, Son of Dagan: In Search of Baal’s Double Paternity” : « Like all the Ugaritic gods, Baal is customarily regarded as a son of El… » (Publication : Journal of the American Oriental Society, volume 133, numéro 4, 2013, pp. 651-657) ; « …Baal is also considered the son of El who is called “Bull El his [i.e., Baal’s] father; El King who begot him” » (Encyclopaedia Judaica, 2e édition, vol 3, 2007) ; « …he was a major deity understood as a sky-god who brought rain … He is referenced as the son of El, the king of the gods, in Ugarit. » (site World History Encyclopedia) ; Claude F.-A. Schaëffer, art. « Le culte d’El à Ras Shamra-Ougarit et le veau d’or » : « El y est désigné comme le dieu omnipotent, placé au sommet du panthéon cananéen d’Ugarit, d’où il dirige ce qui est appelé tantôt “l’assemblée de la totalité des dieux”, tantôt celle “de la totalité des fils de El” » (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année 1966, tome 110, fascicule 2, pp. 327-338. Persée).
- ↑ Voir plus haut: "Origine en Mésopotamie : 2. Parallèles mythologiques et rôles divins partagés".
- ↑ Ze’ev Meshel, in “Did Yahweh Have a Consort?” – (article dans Biblical Archaeology Review, 1978), concernant les fouilles à Kuntillet ‘Ajrud (Sinai / nord-est du Sinaï) ; William G. Dever, in Did God Have a Wife? : Archaeology and Folk Religion in Ancient Israel – (2005), établit une comparaison de multiples sites en Israël / Juda ; le “cult stand” (support cultuel) découvert à Ta’anakh en Israël du Nord, l'ancien Canaan, est souvent évoqué comme un artefact lié au culte d’Asherah, et est discuté dans les contextes de Yahweh + Asherah.
- ↑ Voir note 11 de ce même article.
- ↑ 1 Chroniques 8:33 et 1 Chroniques 9:39.
- ↑ Osée 2:17 (ou 2:19 selon les versions) ; Élie (1 Rois 18). Les prophètes Élie et Osée, qui ont joué un rôle clé dans la lutte contre le culte de Baal, ont vécu à des époques différentes mais toutes deux marquées par l’idolâtrie dans le royaume du Nord (Israël). Elie a vécu de vers 870 à environ 850 av. J.-C., pendant le règne d’Achab (Ahab) et de sa femme Jézabel. Il est intervenu aussi brièvement sous le règne d’Achazia (fils d’Achab). Osée (environ 750 – 722 av. J.-C.) prophétise durant les dernières décennies du royaume du Nord, avant sa chute face à l’Assyrie, sous les rois Ozias (Azaria), Yotham, Achaz et Ézéchias dans le royaume de Juda au Sud, et Jéroboam II puis Zacharie, Shallum, Menahem, Pekachia, Péqah et Osée (dernier roi, 732–722 av. J.-C.) dans le royaume d'Israël au Nord.
- ↑ Osée 2:16–17 (ou 2:18–19 selon les versions) : « En ce jour-là, dit l’Éternel, tu m’appelleras : Mon mari ! et tu ne m’appelleras plus : Mon Baal ! J’ôterai de sa bouche les noms des Baals, afin qu’on ne les mentionne plus par leurs noms. »
- ↑ Les passages de 2 Samuel 2:8 « Abner, fils de Ner, chef de l’armée de Saül, prit Ish-Bosheth, fils de Saül, et le fit passer à Mahanaïm. » et 2 Samuel 4:4 semblent en effet contradictoires avec ceux de 1 Chroniques 8:33 et 1 Chroniques 9:39 où le même personnage est nommé "Ishbaal". A cause de l’association de Baal avec le culte païen cananéen, les rédacteurs ou copistes plus tardifs ont substitué le mot Bosheth ("honte") à Baal, pour éviter d’attribuer le nom d’une idole à un roi d’Israël. Ce procédé n’est pas unique dans le texte biblique : on retrouve la même chose pour Meribbaal (fils de Jonathan), devenu Mephibosheth (2 Samuel).
- ↑ Allan Arsmann évoque la conquête par le roi David de la région nommée Bal-Perazim (qu'il nomme également Bal des Régimes) dans la vidéo intitulée "L'identité entre Baal et Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=p-EpZ_lhOYk&t=4s).
- ↑ Baal-Perazim est une localité proche de Jérusalem, où David battit les Philistins : 2 Sa 5, 20 : “L’Éternel a brisé mes ennemis devant moi, comme on brise les eaux.” C’est pourquoi on appela ce lieu Baal‑Perazim. » ; 1 Chroniques 14:11 (version Louis Segond) : « Ils montèrent à Baal-Peratsim, où David les battit. David dit : “Dieu a dispersé mes ennemis par ma main, comme les eaux qui rompent une digue.” C’est pourquoi l’on donna à ce lieu le nom de Baal-Peratsim. »
- ↑ Plusieurs lieux de culte dédiés à Yahvé dans la Bible sont soupçonnés ou identifiés par les textes bibliques eux-mêmes (ou par l’archéologie) comme ayant été des sanctuaires païens antérieurs, notamment consacrés à Baal, ou à d’autres divinités cananéennes. La Bible mentionne souvent ce phénomène dans le cadre d’une lutte religieuse : le culte de Yahvé s’est souvent implanté en lieu et place des anciens cultes cananéens. Béthel (en hébreu : בֵּית־אֵל, "maison de Dieu") était un haut lieu cananéen important avant l’arrivée des Israélites. Le nom Beth-El peut désigner un ancien sanctuaire dédié au dieu El (le dieu suprême du panthéon cananéen, parfois confondu avec Baal). Jacob y voit une échelle céleste et établit un autel à Yahvé. Mais plus tard, Jéroboam I y installe un veau d’or pour le culte dissident du royaume du Nord (1 Rois 12:28–33), ce qui est dénoncé comme idolâtre. En Samarie, le mont Garizim (ou Sichem) était une région ancienne du culte de Baal, notamment sous le règne d’Achab et de sa femme Jézabel, qui introduit le culte de Baal de Tyr (1 Rois 16:31–33). Le prophète Élie affronte les prophètes de Baal dans ce contexte (1 Rois 18). Plus tard, les Samaritains y établiront un culte yahviste dissident, centré sur le mont Garizim (voir Jean 4:20). Il s'agit donc d’un lieu anciennement baalique (ou syncrétique), transformé en sanctuaire de Yahvé. Dan était un sanctuaire de haute antiquité. Des fouilles archéologiques (tel Dan) ont mis au jour un complexe cultuel cananéen, avec possible lien à Baal ou El. Dans la Bible, Jéroboam y place un autre veau d’or (1 Rois 12:29). Le culte y est donc à la fois yahviste et idolâtre, mêlant des éléments anciens du paganisme local. Hébron était un haut lieu religieux avant les Hébreux, lié aux Anakim, géants cananéens (Josué 14:15). Le site était possiblement lié à El Elyon ou à des dieux locaux assimilés à Baal. Abraham y érigea ensuite un autel à Yahvé (Genèse 13:18). et David y fut sacré roi. Guéba et Guibeon, qui fut un lieu de culte important sous Salomon (1 Rois 3:4), qui y offre des sacrifices à Yahvé. Mais Guibeon semble aussi avoir été un haut lieu de culte antérieur. Dans Jérémie 11:13 il est dit que « Tes autels, ô Juda, sont comme les autels de Baal... », ce qui suggère que les villes judéennes avaient des autels syncrétiques, possiblement dans des lieux yahvistes traditionnels. Selon Ézéchiel 8 et 2 Rois 23, même le Temple de Jérusalem aurait été pollué par des cultes à Baal, Astarté, et d’autres dieux, notamment sous les règnes impies (ex : celui de Manassé). Le roi Josias mènera une purge religieuse drastique des autels et objets idolâtres dans le Temple (2 Rois 23:4–7).
- ↑ La femme dans l'épha dans l'ancien testament, Zach., 5, 5-11 : "Puis l’ange chargé de me parler sortit et me dit : Lève les yeux et regarde ce qui vient là. – Qu’est-ce ? lui demandai-je. Il me répondit : C’est un boisseau qui vient. Puis il ajouta : Il représente le péché du peuple dans tout le pays. Soudain, un couvercle de plomb se souleva et une femme apparut, assise à l’intérieur du boisseau. Cette femme, me dit l’ange, c’est la Méchanceté. Et il la repoussa à l’intérieur du boisseau qu’il referma avec le couvercle de plomb. Je regardai et je vis arriver deux femmes. Le vent gonflait leurs ailes semblables aux ailes des cigognes. Elles soulevèrent le boisseau entre ciel et terre. Je demandai à l’ange chargé de me parler : Où emportent-elles le boisseau ? Il me répondit : Elles l’emportent en Babylonie, où elles lui bâtiront un sanctuaire. Lorsqu’il sera prêt, on le fixera là sur son piédestal." (trad. La Bible du Semeur).
- ↑ Allan Arsmann, "L'identité entre Baal et Yahvé - élucidée par un Asperger", vidéo YouTube (https://www.youtube.com/watch?v=p-EpZ_lhOYk&t=299s).
- ↑ Les cultes de Baal et Yahvé se sont développés dans un contexte commun (Canaan, Syrie, Israël) et présentent donc des fêtes, symboles ou rituels parallèles, voire parfois concurrents ou récupérés. C'est le cas des fêtes suivantes : fête de la moisson / fête de l'orge : Baal, en tant que dieu de la fertilité et de la pluie, était honoré lors de fêtes agricoles liées aux cycles saisonniers, notamment au printemps (vers avril-mai). Ces fêtes célébraient la fin de la saison des pluies et le début des récoltes, et incluaient des offrandes végétales, parfois accompagnées de rites de fertilité. Yahvé : fête des Semaines (Shavouot) ou Fête de la Moisson dans la Bible hébraïque (Exode 23:16 ; Lévitique 23:15-22). Elle a lieu 50 jours après Pessa’h (Pâque) et célèbre aussi la moisson de l’orge puis du blé. Pour les deux cultes, la fête avait lieu à la fin du printemps. Elle concernait les offrandes de prémices agricoles, et exprimait la gratitude du peuple pour les récoltes et reconnaissance du dieu source de fertilité. Cf. Exode 23:16 – « Tu observeras la fête de la moisson, des prémices de ton travail. » fête de la pluie / début de l'année agricole (automne) Baal est le maître des pluies. Les textes d’Ougarit racontent sa mort en été (saison sèche) et son retour en automne (saison des pluies), un cycle mythologique associé au renouveau agricole. Son retour était célébré lors de fêtes d’automne, marquant la reprise de la fertilité des sols. Yahvé est célébré quant à lui à l'occasion de la Fête des Tentes / Soukkot (Lévitique 23:33-43 ; Deutéronome 16:13-15), célébrée à l’automne, à la fin des récoltes. Elle inclut des prières pour la pluie et des rituels liés à l’eau (surtout à l’époque du Second Temple). Ces deux cultes célébraient ces rituels à l'automne par des prières pour l'eau et la fertilité. La fête permettait la célébration du cycle agraire et appel à la bénédiction divine pour l’année à venir. Cf. Zacharie 14:16-17 : les nations qui ne monteront pas à Jérusalem pour célébrer Soukkot « n’auront pas de pluie ». Fête avec sacrifices d’animaux et culte sur les hauteurs : le culte à Baal était souvent pratiqué sur des hauteurs (bamot), avec sacrifices d’animaux et parfois rites extatiques (danse, musique, auto-mutilation comme dans 1 Rois 18). Ces fêtes étaient accompagnées de repas sacrés en l’honneur du dieu. Chez Yahvé le culte fut aussi pratiqué sur les hauteurs (voir 1 Samuel 9:12-14 ; 1 Rois 3:2-4). Des sacrifices furent prescrits dans la Loi de Moïse, lors de fêtes comme Pessa’h, Soukkot, etc. Après la réforme deutéronomique (VIIe siècle av. J.-C.), seul le Temple de Jérusalem fut autorisé pour ces pratiques. Dans les cultes des deux divinités là encore, la pratique religieuse est centrée sur les sacrifices et repas rituels. On note pour les deux l'utilisation des hauts lieux avant centralisation du culte dans un lieu dédié (le Temple). Ces similitudes sont le témoignage d’un substrat religieux commun.
- ↑ Plusieurs indices et mentions bibliques, ainsi que quelques travaux archéologiques récents, associent Kiryat Yéarim (aussi appelée Kirjath‑Baal, Baala, Kiryat-Baala) à la résidence de l’Arche après certains événements, non sans nuances : selon le premier livre de Samuel 7:1, l’Arche resta à Kiryat‑Yéarim après qu’elle fut restituée par les Philistins. Ce fut un séjour important avant son transfert à Jérusalem. Ce texte biblique place donc Kiryat‑Yéarim / Kirjath‑Baal / Baala comme un des lieux de résidence pour l’Arche. 1 Chroniques 13:6 indique que : « Et David, avec tout Israël, monta à **Baala, à Kirjath Jearim, qui est à Juda, pour faire monter de là l’Arche de Dieu… » — ce verset identifie explicitement Baala (une forme de Baal / Baala) comme l’endroit d’où David fait partir l’Arche. Les travaux archéologiques et des spécialistes modernes nuancent un peu ces données : Israël Finkelstein, Thomas Römer, et d’autres universitaires affiliés à des fouilles à Kiryat Yéarim ont étudié le site pour mieux comprendre sa fonction cultuelle. Ils ne prétendent pas que ce soit le « lieu originel » de l’Arche dès sa fabrication, mais examinent plutôt le rôle de ce site dans la tradition biblique comme lieu de culte important pour l’Arche à une époque donnée. Dans des fouilles récentes (2017‑2019), des murs de soutènement du VIIIᵉ siècle avant J.-C. ont été découverts, suggérant que Kiryat Yéarim était un centre cultuel significatif. Cela peut conforter l’idée que l’Arche y était conservée pendant un temps qui avait une importance religieuse, symbolique et politique pour le royaume de Juda.
- ↑ Voir la démonstration de l'auteur établie dans le tome 3 de sa série La Bible lue par un Asperger, ainsi que ses vidéos YouTube "L'origine des Hébreux (avant Mérenptah) - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=movlEC1Ffo8&t=9s), "L'énigme archéologique de l'esclavage des Hébreux - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=As7DJIIUYCc&t=15s), "La date de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=f0yUnCZ2GM4&t=17s), et "La fusion Baal-Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=peC19snmPa4&t=118s).
- ↑ Exode 3:16 mentionne les anciens d’Israël que Moïse doit rassembler avant l'Exode : « Va, rassemble les anciens d’Israël, et tu leur diras : YHWH, le Dieu de vos pères... m’est apparu. » Ce verset préfigure le groupe plus formel des 70 anciens qu’on voit après la sortie d’Égypte : Exode 24:1 : « Puis il [YHWH] dit à Moïse : Monte vers le Seigneur, toi, Aaron, Nadab et Abihou, et soixante-dix des anciens d’Israël, et vous vous prosternerez à distance. » Exode 24:9-11 : « Moïse monta avec Aaron, Nadab et Abihou, et soixante-dix des anciens d’Israël. Ils virent le Dieu d’Israël... Ils contemplèrent Dieu, ils mangèrent et ils burent. » Ce passage montre un groupe de 70 anciens associés à une vision théophanique au Sinaï. Ce sont donc des figures religieuses majeures, témoins d’un moment clé de la révélation. Nombres 11:16-17 : « Le Seigneur dit à Moïse : Rassemble-moi soixante-dix des anciens d’Israël, des hommes que tu connais comme anciens du peuple et responsables. Amène-les à la tente de la Rencontre... Je prendrai de l’esprit qui est sur toi pour le mettre sur eux. » Nombres 11:25 : « Le Seigneur descendit dans la nuée, parla à Moïse, et prit de l’esprit qui était sur lui pour le mettre sur les soixante-dix anciens. Dès que l’esprit reposa sur eux, ils se mirent à prophétiser... » (Trad. TOB) Allan Arsmann expose le rôle joué par ces Soixante-dix personnages dans La Bible lue par un Asperger vol. 3 ch. 26 pp. 412-431 . Il évoque l'importance de ces Soixante-dix personnes dans sa vidéo "La fusion Baal-Yahvé - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=peC19snmPa4&t=23s), ainsi que dans "La nature humaine du personnage de Yahvé dans le passage de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=ZtXoe1rwyGg&t=223s). Dans la première vidéo, Arsmann soutient que le culte des Hébreux (le groupe des descendants d'Abraham, qui ne compte peut-être à ce moment-là que quelques dizaines d'individus) fut maintenu à l'écart de l'alliance religieuse des Hyksôs (qui vénéraient Baal/Seth) pendant un siècle. C'est seulement à la toute fin, juste avant l'Exode, que selon l'auteur ces "70 anciens et leurs culte vont être approchés par les Hyksôs et intégrés à leurs projets". Le personnage divin prend alors contact avec les "70 anciens d'Israël par le biais de Moïse à ce moment-là", insiste Arsmann, mais pas avant selon lui. Dans sa seconde vidéo, Arsmann les mentionne comme faisant référence de façon exceptionnelle dans le récit de l'Exode au dieu Yahvé authentique (le dieu Ea sumérien), et non cette fois au roi humain appelé "Yahvé", qui se considère pour sa part et selon Arsmann comme une figure du dieu Baal/Seth. "Lorsque les 70 anciens d'Israël viennent demander à Moïse la preuve du concours terrestre de leur Dieu", dit l'auteur au sujet de l'épisode 4, 29-31 de l'Exode, à ce moment-là du récit, c'est bien de l'authentique dieu Ea qu'il est question : « Moïse et Aaron allèrent et rassemblèrent tous les anciens des enfants d’Israël. Aaron rapporta toutes les paroles que YHWH avait dites à Moïse, et il fit les signes devant le peuple. Et le peuple crut... ».
- ↑ Allan Arsmann analyse cette révolution dans La Bible lue par un Asperger, vol. 5 partie 2, ch. 54 & 55, pp. 423-459.
- ↑ II Rois 10,18-28 ; II Rois 12,4 - 14,4 - 15,4 - 23,4-10. Cité par Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tome 3 ch. 2, p. 37.
- ↑ Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tome 3 ch. 14, pp. 182-192.
- ↑ Cf. A. Arsmann, La Bible lue par un Asperger, t. 2 ch. 12, pp. 295-345.
- ↑ A SOURCER (identité phonique entre Seth et Baal au niveau hiéroglypjique). Eythan Levy et d’autres, dans A Fresh Look at the Mekal Stele, montrent le concept de “Baal‑Seth” comme catégorie dans les études iconographiques : des dieux nommés Seth mais avec des attributs visuels levantins (c’est‑à‑dire associés à Baal). Niv Allon : “Seth Is Baal: Evidence From the Script”, dans Agypten und Levante, 2007 (Tel Aviv University), soutient que le nom “Baal” dans les textes égyptiens est souvent écrit avec le déterminatif de l’animal Seth (le signe hiéroglyphique de l’animal Seth). Il considère que le syncrétisme entre Baal et Seth était assez poussé, en particulier sous le Nouvel Empire (entre 1550 av. J.-C. et 1069 av. J.-C., à savoir aux XVIIIe, XIXe et XXe dynasties), en raison de fonctions similaires (dieu de la tempête, des étrangers, etc.). Les travaux de Jean‑Yves Te Velde sont cités dans le même article de Niv Allon comme références pour l’idée que Baal fut considéré par les Égyptiens comme une manifestation de Seth, ou en tout cas que Seth prit certaines fonctions de Baal. Véronique Zivie‑Coche est également citée dans le contexte de ces travaux pour l’idée que sur certains monuments les aspects visuels et iconographiques de Baal et de Seth sont combinés, et que dans ces cas, “le nom de Baal peut être écrit avec le déterminatif de Seth”.
- ↑ Le culte de Baal, une divinité ouest-sémitique (cananéenne), a bien été intégré partiellement dans le panthéon égyptien, notamment durant la période du Nouvel Empire, c’est-à-dire vers le XVe au XIIe siècle av. J.-C., lorsque l’Égypte dominait militairement et politiquement le Proche-Orient (Canaan et Syrie du Sud). A cette époque, l'Egypte développa les relations diplomatiques, commerciales et militaires avec les cités-États cananéennes ; il y eut une présence de populations asiatiques en Égypte. Baal fut alors souvent associé à Seth, dieu égyptien des tempêtes, du chaos et des pays étrangers. Il était vénéré en Canaan, Phénicie, et Syrie, notamment sous le nom de Baal Hadad (dieu de l’orage et de la fertilité). Il apparaissait dans les textes d’Ougarit (XIVe s. av. J.-C.) comme le rival de Mot (la mort) et le champion de l'ordre cosmique. Sous la XVIIIe Dynastie (vers 1550–1295 av. J.-C.), pendant les conquêtes de la Syrie-Palestine (règnes de Thoutmosis III et de ses successeurs, l’Égypte établit une présence forte au Levant. Cela favorise le syncrétisme religieux avec les divinités locales. Une stèle de Ramsès II trouvée à Pi-Ramsès (ancienne capitale dans le Delta) invoque « Seth-Baal ». Seth, le dieu égyptien du chaos et des tempêtes, est identifié à Baal, en raison de leurs traits similaires (orage, guerre, pouvoir destructeur). Sous le règne de Ramsès II (vers 1279–1213 av. J.-C.), la ville de Pi-Ramsès (dans le Delta oriental) devient un centre multiculturel, avec de nombreux ouvriers et soldats sémitiques. On y trouve des traces archéologiques de temples cananéens, notamment à Baal et Astarté. Le culte de Baal y est officiellement toléré et même encouragé, notamment comme dieu protecteur de l’armée et de la foudre guerrière. Après le Nouvel Empire (vers 1100 av. J.-C.), avec le retrait égyptien du Levant et les troubles internes, l’influence des dieux sémitiques diminue. Seth (et donc Baal par association) est de plus en plus diabolisé dans les siècles suivants, considéré comme un dieu traître et associé au mal. Keiko Tazawa, Egyptian Religion under the Influence of Syro-Palestinian deities in the New Kingdom (thèse, Univ. de Liverpool, 2008) ; Niv Allon, Seth is Baal – Evidence from the Egyptian Script, Ägypten und Levante 17 (2007) ; Erika Roboz, Thèse / étude mentionnée dans Ba’al was known in Egypt as early as the Middle Kingdom … syncretized with Seth … worshipped in the New Kingdom ; Wolfgang Helck, Article Zum Auftreten fremder Götter in Ägypten (1966, Oriens Antiques).
- ↑ Thomas Schneider : étude des dieux asiatiques en Égypte (Syro‑Palestiniens, Baal, Astarté), notamment dans Foreign Egypt: Egyptology and the Concept of Cultural Appropriation. Wolfgang Helck : études anciennes sur l’apparition des dieux étrangers en Égypte, notamment “Zum Auftreten fremder Götter in Ägypten”. (EKB Journals) Keiko Tazawa : travaux plus récents, sur les divinités syro‑palestiniennes dans l’Égypte du Nouvel Empire. (EKB Journals) Niv Allon : article “Seth is Baal: evidence from the Egyptian script” (2007). Analyse de comment le nom “Baal” est représenté dans le script égyptien, et de l’identification scripturale / iconographique entre Seth et Baal. H. Te Velde : cité pour ses travaux sur Seth, notamment Seth, God of Confusion, qui examine le rôle et les associations de Seth, y compris avec des divinités étrangères.
- ↑ Manfred Bietak : archéologue autrichien, chef des fouilles à Tell el‑Dabʿa, travaux sur Avaris, sur les temples syro-palestiniens, les cultes hybrides, etc. Très centrale dans ce domaine. Vera Müller (et Irene Forstner‑Müller, Joris Peters) ont travaillé avec Bietak sur les fouilles, sur les temples syro-palestiniens du district A/II à Tell el‑Dabʿa, analysant les vestiges rituels, les altars, les poteries, etc. Jan Assmann, spécialiste des religions égyptiennes et de la monolâtrie, a évoqué Apophis (Apopi) et son culte de Seth, et les implications religieuses.
- ↑ « Alors le roi Apophis — vie, prospérité, santé ! — choisit Seth pour seigneur à son service, et il refusa de servir aucun autre dieu qui se trouvait dans tout le pays, à l’exception de Seth. Il fit bâtir pour lui un temple d’un travail admirable… » (citation issue du Papyrus Sallier I , récit littéraire égyptien du Nouvel Empire, racontant une confrontation entre le roi Hyksôs Apophis et le roi thébain Seqenenrê, vers 1560–1555 av. J.-C. Cette date correspond aux dernières années du règne d’Apophis et aux campagnes qui mèneront à la réunification du pays sous Ahmôsis Ier, fils de Seqenenrê. Le Papyrus Sallier I - British Museum EA 10185 - fut rédigé sous le Nouvel Empire, XIXᵉ dynastie, probablement pendant le règne de Ramsès II, environ vers 1250 av. J.-C. Ce papyrus contient plusieurs textes, dont l’histoire dite d'“Apophis et Seqenenrê”, une œuvre littéraire propagandiste exaltant la lutte thébaine contre les Hyksôs.)
- ↑ Ces interprétations relèvent plutôt de lectures symboliques ou mythologiques, fondées sur ce que Seth représente dans les mythes (tempête, conflit, chaos, puissance étrangère, etc.), mais non d’une étymologie linguistique avérée. En effet, l'étymologie de Seth est plutôt donnée comme obscure par les dictionnaires standards : Gardiner : il note que dans les formes anciennes le nom s’écrit avec le signe de l'animal de Seth comme déterminatif, mais que les signes phonétiques complets n’apparaissent qu’à partir du Moyen‑Empire / Nouvel Empire. Le mot existe avec des variations (stẖ, swtẖ, stš, etc.). Il ne propose pas de signification étymologique certaine. Te Velde dans Seth, God of Confusion : indique que le nom est ancien, antérieur aux formes complètes phonétiques, et que sa signification originale est obscure. Il propose que de nombreuses significations attribuées sont métaphoriques ou symboliques, pas fondées sur une étymologie linguistique robuste. Dictionnaires linguistiques égyptiens modernes (comme Hannig, ou les lexiques « Wörterbuch der ägyptischen Sprache », etc.) : ils listent les variantes phonétiques, les usages du déterminatif (l’animal Seth), mais ne donnent pas de racine significative clairement documentée pour stẖ. Ils s’accordent pour dire qu’il s’agissait d’un nom propre très ancien, dont le sens originel n’est pas assuré.
- ↑ Cf. Allan Arsamann, La Bible lue par un Asperger, tome 2 La Sortie.
- ↑ Allan Arsmann soulève ces aspects humains du personnage de Yahvé dans son tome 2 de La Bible lue par un Asperger, ch. 13 pp. 346-365. Il détermine définitivement son identité humaine et historique dans le tome 5 vol. 2 de la même série, ch. 51 pp. 385-406.
- ↑ Cf. Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, ch 16 & 17, pp. 401-444, et la vidéo de sa chaîne Youtube intitulée "La nature humaine du personnage de Yahvé dans le passage de l'Exode - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=ZtXoe1rwyGg).
- ↑ Texte hébreu massorétique (Exode 5,1) : Ve’achar ba’u Moshe ve’Aharon vayomru el-Par‘o: Koh amar Adonai Elohei Yisrael – shal-lach et ‘ammi ve-yachogu li ba-midbar. Traduction littérale : « Ainsi parle YHWH, le Dieu d’Israël : Laisse aller mon peuple, qu’ils me célèbrent une fête dans le désert. » : שַׁלַּח אֶת־עַמִּי (shallach et ‘ammi) : « Envoie / laisse aller mon peuple ». וְיָחֹגוּ־לִי (veyachogu li) : « Qu’ils célèbrent pour moi une fête ». בַּמִּדְבָּר (ba-midbar) : « dans le désert ». La Septante (LXX) – grec ancien : "Καὶ μετὰ ταῦτα εἰσῆλθον Μωυσῆς καὶ Ααρων πρὸς Φαραω καὶ εἶπαν αὐτῷ· Τάδε λέγει Κύριος ὁ Θεὸς τοῦ Ἰσραήλ· ἀπόστειλον τὸν λαόν μου, ἵνα μοι ἑορτάσωσιν ἐν τῇ ἐρήμῳ." Traduction littérale : « Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : envoie mon peuple, afin qu’ils me célèbrent une fête dans le désert. » Exode 9:1 ; 9:13 ; 10:3 : la formule est répétée dans le cadre des plaies d'Égypte, chaque fois que Moïse revient vers Pharaon avec la même exigence divine.
- ↑ Cf. Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, vol. 2, ch. 14, p. 375 et ss. ; vidéos Youtube de la chaîne d'Allan Arsmann : "La revendication de Moïse - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=nB3lMKA3q5w&t=9s), ainsi que "L'identité entre Yahvé et Seth - élucidée par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=dNdlBOKd28M&t=4s). Dans cet extrait, il souligne que cette phrase est répétée plus de 10 fois et que l'authentique propos du livre est bien que l'exigence de Moïse est une revendication religieuse demandant que le peuple puisse se rendre dans le désert pour y rendre un culte à Yahvé.
- ↑ Cf. Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, vol. 3 ch. 8, 9 et 10, pp. 93 à 130 ; vidéo YouTube "Les prémices dans le culte de Yahvé - élucidés par un Asperger" (https://www.youtube.com/watch?v=RReRqcz5oKg&t=12s).
Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]
- Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tomes 1 à 6, éd. Paradeigma.
Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]
- Allan Arsmann, portail des vidéos de la chaîne YouTube La Bible lue par un Asperger : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos
- Paradeigma, site de l'auteur : https://paradeigma.be/
- Paradeigma, forum des abonnés : https://paradeigma.be/forum/
- Page Patreon de l'auteur : https://www.patreon.com/c/AllanArsmann02/posts