Aller au contenu

Abraham

De Archéopsie
Abraham
Le sacrifice d'Isaac - Philippe de Champaigne
Le sacrifice d'Isaac - Philippe de Champaigne
Biographie
Titre Patriarche
Ascendants Thrah (père)
Conjoint Sarah
Agar
Ketourah
Descendants Ismaël
Isaac
Zimran
Yokshan
Medan
Madian
Ishbak
Shouah
Renouvelé en Isaac

Abraham est universellement reconnu comme le père fondateur des trois plus grandes religions monothéistes du monde[1]. D'origine sacerdotale et aristocratique mésopotamienne, selon les hypothèses du chercheur indépendant Allan Arsmann son expérience en Egypte et du sacrifice de son fils l'amènera à réformer son culte. Il se renouvellera ensuite, selon les conclusions d'Arsmann, en Isaac.

Biographie

Origines en Chaldée

Abraham est né à Ur en Chaldée, une ville sumérienne qui, au fil du temps, est devenue akkadienne puis babylonienne, et qui avait connu un renouveau sumérien peu avant son époque. Sa famille était d'un caractère aristocratique, comme en témoigne la pratique de la consanguinité et les titres associés à ses proches, tels que sa femme Sara[2], appelée "princesse"[3], et sa belle-sœur Milkah, dont le nom signifie reine[4]. Il est également considéré comme un descendant de Noé et Hénoch[5], des figures royales probablement sumériennes ou anté-sumériennes[6].

Son père, Terakh, exerçait un sacerdoce à Ur, servant des idoles de différents cultes, non familiaux[7]. Abraham a lui-même grandi dans cette famille sacerdotale. Il fut éduqué par son père et savait lire et écrire, une compétence rare et significative à l'époque. Il maîtrisait plusieurs langues, dont le babylonien (sa langue natale), le cananéen, l'égyptien, et le sumérien, qu'il étudia et traduisit[8]. Les "livres de ses pères" qu'il emporta d'Ur et traduisit à Haran étaient très probablement écrits en sumérien[9], la plus ancienne langue écrite connue, et pourraient constituer les plus anciens textes de la Bible, y compris les épisodes de l'Eden et du Déluge.

Dès son jeune âge, Abraham manifesta des talents qui le liaient à un rôle d'exorciste, comme sa capacité à "chasser les corbeaux", une activité symbolique associée à la "vocation d'Abraham"[10]. Ce don était partagé par ses ascendants depuis Adam[11]. Il était également associé à Ea, le dieu sumérien civilisateur, et s'employait à propager des techniques agricoles, telles que l'invention de la charrue, ce qui renforce son lien avec les exorcistes ou āšipu. Abraham vénérait Éa comme son dieu patron, une entité transcendante et incorporelle, bien que ce dieu fût également vénéré sous une forme extérieure, liée à l'eau et ayant des temples. Yahvé, le Dieu biblique, est identifié à Éa[12].

Le Séjour en Égypte et l'Influence Osirienne

Abraham quitta Ur et se rendit en Égypte, non seulement à cause d'une famine, mais aussi par désir de profiter de l'abondance du pays et, surtout, pour s'entretenir de religion avec les prêtres égyptiens. Ce séjour, qui aurait duré environ sept ans, fut une expérience marquante qui transforma profondément ses croyances. Pendant les deux dernières années, il vécut au palais du pharaon en tant que beau-frère. Sa stature était celle d'un "roitelet" ou plus, interagissant avec d'autres rois sur un pied d'égalité. Des historiens antiques affirment qu'Abraham régna à Damas et vint en conquérant de Chaldée.

L'influence égyptienne sur Abraham et le culte de Yahvé est significative. La circoncision, par exemple, une pratique nouvelle pour les serviteurs d'Abraham, fut adoptée par Yahvé comme marque d'alliance peu après le retour d'Abraham d'Égypte. Des textes apocryphes décrivent un échange de "sagesse et vérité" entre des dignitaires égyptiens et Abraham, dont l'un était potentiellement un prêtre du dieu Horus. La vie d'Abraham et Sara elle-même présente des parallèles frappants avec le mythe d'Osiris et Isis : ils sont frère et sœur, mari et femme, ont des difficultés à concevoir, mais donnent naissance à un enfant "miraculé" alors qu'Abraham est décrit comme "déjà mort" (symboliquement). La Bible, en ne mentionnant pas ces emprunts, aurait subi des modifications volontaires au fil des refontes.

Abraham avait connaissance des dangers de son voyage en Égypte, y compris le risque que sa femme soit prise par le pharaon et qu'il soit tué. Un rêve qu'il fit, symbolisant sa vie et celle de Sara (cèdre et palmier), lui avait en partie révélé ces événements. Malgré cela, il poursuivit son chemin.

Le Sacrifice d'Isaac et la Renaissance d'Abraham

Le moment le plus important de la vie d'Abraham est le sacrifice d'Isaac. Yahvé ordonna à Abraham d'offrir Isaac, son fils unique, en holocauste. Abraham se leva tôt, prépara le bois et le couteau, et ligota Isaac sur l'autel, se préparant à l'immoler. Abraham a bien exécuté l'ordre divin : "Parce que tu as exécuté cet ordre, que tu ne m'as pas refusé ton fils unique". Le verbe "épargner" est utilisé dans les Bibles grecques et par les Pères de l'Église, soulignant qu'Abraham n'a pas épargné son fils.

Isaac est décrit comme un "enfant" ou "garçonnet", ayant à peine huit ans selon la conversion des "années nilotiques" (saisons égyptiennes). Le fait qu'Isaac porte le bois de son propre bûcher est qualifié de "vicieux" et "immonde". Le récit du bélier substitué et de l'ange intervenant est présenté comme un ajout ultérieur, destiné à "gommer" la réalité du sacrifice. Abraham lui-même, profondément détruit par l'acte et rempli d'amertume, aurait pu modifier le texte pour y insérer cette "théophanie"[13], cherchant à mettre l'accent sur l'acceptation du sacrifice plutôt que sur sa réalisation physique.

Le sacrifice d'Isaac est interprété par Allan Arsmann comme un "renouvellement cannibalique", où l'identité de la victime est absorbée par le bourreau. Après le sacrifice, Abraham est décrit par l'auteur comme retournant seul, sans Isaac, ce qui est considéré par lui comme un indice majeur de la mort d'Isaac. La vie d'Abraham "s'arrête" selon lui à ce moment-là ; il devient une "ombre". Le personnage d'Isaac tel qu'il apparaît ensuite dans la Bible serait donc en réalité Abraham lui-même, "renouvelé" sous le nom de son fils. L'Isaac de ces textes est jugé "effacé" par Allan Arsmann, comme "l'image grise de son père", et reproduit selon lui exactement les actions d'Abraham. Le fait qu'il n'y ait pas d'Isaachites, contrairement aux descendants d'Abraham (Hébreux) ou de Jacob (Israélites), appuie selon lui l'idée qu'Isaac n'a pas eu de descendance propre. De plus, Sarah, la mère d'Isaac, serait selon son hypothèse morte de chagrin peu après ce sacrifice.

Les traditions juives semblent confirmer implicitement le sacrifice d'Isaac, notamment à travers le rite mosaïque des "deux boucs" (représentant Ismaël exilé et Isaac brûlé en holocauste) et la célébration annuelle de la fête du "Grand Pardon"[14] en son honneur. Le surnom "Terreur d'Isaac" donné à Yahvé renforcerait cette interprétation.

Héritage et Influence

Pour Allan Arsmann, Abraham, devenu symboliquement Isaac, continue d'influencer le récit biblique. Il est le père de Jacob (qui, selon l'auteur, est aussi son fils par renouvellement) et l'ancêtre d'un groupe de soixante-dix "anciens" qui seraient les descendants génétiques d'Abraham et joueront un rôle crucial lors de l'Exode. Ces "anciens" sont décrits comme la "maison de Jacob" et sont les premiers Sémites à avoir profité de la domination hyksôs en Égypte.

L'histoire d'Abraham et des patriarches est, selon l'hypothèse posée par Allan Arsmann, ponctuée de "renouvellements" où les pères consomment leurs fils et en adoptent l'identité, permettant de prolonger leur vie et leur pouvoir. Ce phénomène expliquerait les identités bibliques doubles comme celles de Moïse/Josué et David/Salomon. Cependant Allan Arsmann note qu'Abraham, bien que célèbre sous le nom d'Isaac, n'a pas connu sous son nom un renouveau "dynamique" comme l'a été la personnalité de Jacob : il serait resté profondément marqué par le traumatisme du sacrifice d'Isaac.

La vie d'Abraham est donc selon Allan Arsmann un témoignage des pratiques anthropophages de l'Antiquité, une "horreur" qui fut plus tard selon lui niée ou édulcorée dans les textes sacrés. La "Justice divine" de Yahvé, en exigeant le sacrifice des premiers-nés, serait une manifestation de cette idéologie primitive. Le Christ, par contraste, est présenté comme celui qui s'est manifesté pour mettre fin à ces sacrifices et détruire les "œuvres du Diable", prônant une acceptation symbolique plutôt qu'une réalisation physique des offrandes. L'acte de "renouvellement" d'Abraham, par le sacrifice d'Isaac, aurait été une étape vers cette compréhension christique de la miséricorde.

Bien que la Bible ne mentionne pas explicitement la mort d'Abraham après le sacrifice d'Isaac, l'auteur note que son rôle actif diminue fortement. Il est écrit qu'il avait 175 "années" (58 "années nilotiques"). Le terme "ancêtre" prend donc selon lui un sens psychique et symbolique, plutôt que génétique, pour ceux qui ont "mangé" ces figures du passé et ainsi absorbé leur histoire. La vie d'Abraham, de sa naissance à sa disparition du récit actif, serait donc une chronique de transformations, d'influences culturelles et de l'évolution des concepts religieux d'une manière qui défie les interprétations dogmatiques traditionnelles.

Démonstration textuelle

Preuves archéologiques générales et le discrédit de la Bible

La Bible a longtemps été la cible d'un scepticisme "étrangement" et "systématiquement" plus élevé que pour d'autres textes anciens. Cependant, l'archéologie a depuis apporté des "milliers de preuves de la validité historique" du document : des villes bibliques comme Jéricho, Aï, Assur, Ur en Chaldée (patrie d'Abraham), et même la plaine de Sumer, jadis considérées comme mythologiques, ont toutes été exhumées et confirmées, souvent à l'emplacement décrit par la Bible. Le peuple d'Israël lui-même, dont l'existence fut niée par la science, est aujourd'hui attesté par des documents tels que la stèle de Mérenptah. Allan Arsmann affirme que, sur de nombreux points, la Bible a été "l'un des témoignages historiques les plus fiables et pertinents de toute la Terre". Ce contexte général de confirmation archéologique renforce la crédibilité des récits liés à Abraham.

Récit du Déluge et origines sumériennes de la Genèse

Le récit de l'arche de Noé, l'un des plus anciens textes de la Bible et précédant Abraham, présente un parallèle irréfutable avec l'Épopée de Gilgamesh, un texte sumérien deux mille ans plus ancien. Bien que les noms et certaines modifications théologiques (passage du polythéisme au monothéisme) existent, la "moelle" du récit est restée fidèle. Cette persistance du fond du texte à travers les âges et les manipulations atteste de l'ancienneté et de la robustesse des récits bibliques, y compris ceux d'Abraham. La Genèse biblique est d'origine mésopotamienne, plus précisément sumérienne ou de mouvance sumérienne, ce qui est étayé par la provenance d'Abraham d'Ur en Chaldée (une ville sumérienne) et la présence de lieux mésopotamiens dans ses premiers chapitres (Babel, Assur, Uruk).

Le séjour d'Abraham en Égypte et l'intégration de rites osiriens

La Bible décrit un bref séjour d'Abraham en Égypte en raison d'une famine. Allan Arsmann démontre que ce séjour, d'une durée d'environ sept ans (confirmée par le recoupement de diverses informations temporelles et des textes apocryphes comme le Livre des Jubilés), fut un "choc culturel gigantesque".

   ◦ La circoncision : L'auteur affirme que la circoncision, exigée par Yahvé peu après la sortie d'Abraham d'Égypte, est un emprunt direct du culte osirien égyptien, où elle existait depuis mille ans. L'idée qu'Abraham ait "par hasard" réinventé le même rite est jugée statistiquement impossible. Le fait que la Bible ne l'avoue jamais explicitement suggère une refonte volontaire du texte.

   ◦ Témoignages directs de contact religieux : Des textes apocryphes, comme "L'apocryphe de la Genèse", décrivent qu'Abraham reçut "sagesse et vérité" de dignitaires égyptiens, dont un prêtre d'Horus. Flavius Josèphe, dont les chroniques s'appuient sur des Bibles hébraïques plus complètes que celles parvenues jusqu'à nous, confirme que le pharaon "mit en relation" Abraham avec les "plus grands savants des Égyptiens". Le fait que les prêtres osiriens ne pouvaient converser de leurs mystères qu'avec d'autres initiés circoncis renforce l'idée de l'initiation d'Abraham à la religion égyptienne.

Abraham en tant que prêtre exorciste (Ašipu)

Allan Arsmann soutient qu'Abraham était un prêtre, plus précisément un Ašipu, ou exorciste, un statut archéologiquement attesté en Mésopotamie.

   ◦ Maîtrise de l'écriture et polyglottisme : Abraham savait lire et écrire plusieurs langues (babylonien, cananéen, égyptien, et probablement le sumérien ancien) et a même traduit des textes sacrés de ses ancêtres. Le fait qu'il connaisse et traduise le sumérien, une langue morte pour les intellectuels de l'époque, indique des compétences exceptionnelles et une fonction sacerdotale, car l'écriture était une prérogative corporative.

   ◦ Famille sacerdotale : Son père, Terah, exerçait un sacerdoce à Ur, et il servait plusieurs dieux, ce qui était une spécificité des Ašipus en Mésopotamie. La fonction sacerdotale étant héréditaire, Abraham le devint aussi.

   ◦ Exorcisme et guérison du pharaon : Le récit apocryphe où Abraham guérit le pharaon des "mauvais esprits" envoyés par Yahvé correspond parfaitement à la fonction d'exorciste, qui n'était pas attribuée à d'autres prêtres mésopotamiens. Le pharaon lui-même s'adresse à Abraham pour cette opération, prouvant sa notoriété en la matière.

   ◦ Yahvé identifié à Ea, dieu patron des exorcistes : L'auteur établit l'identité entre Yahvé et le dieu sumérien Éa, démontrée par de multiples points communs. Or, Éa est le dieu patron des exorcistes. Cette connexion renforce considérablement l'hypothèse qu'Abraham était un Ašipu.

   ◦ Autres indices convergents : Les exorcistes étaient les seuls à cumuler hautes compétences d'écriture et fonction sacerdotale. Abraham chassait symboliquement les corbeaux (exorcisme), analysait les rêves, inventa et perfectionna la charrue (tâche des exorcistes), fabriquait des idoles (pratique des exorcistes), et avait une vision profondément intérieure de la religion, comme les exorcistes. L'accumulation de ces "centaines d'indices" rend l'hypothèse de l'Ašipu "la plus probable".

Abraham en tant que roi et le "roi-berger"

La Bible contient de nombreux indices, tant dans le vocabulaire que la symbolique (le "berger"), suggérant qu'Abraham était un roi, ou au moins un "roitelet". Il dialogue exclusivement avec d'autres rois qui le nomment "Seigneur". Josèphe affirme qu'Abraham régna à Damas avec une armée. Le symbole du "berger", associé à Abraham et ses descendants, était le symbole du roi dans la culture sumérienne d'où provient le texte biblique. Cette royauté est également "prouvée archéologiquement" pour d'autres patriarches comme Jacob (qui fut pharaon Hyksôs) et Noé (roi sumérien dans l'Épopée de Gilgamesh), ce qui rend le statut royal d'Adam et Abraham cohérent dans ce contexte de "naissance de la civilisation" liée à une autorité royale.

Le renouvellement cannibale et la modification des textes

L'auteur développe l'idée que l'anthropophagie et la pédo-anthropophagie sont des thèmes centraux, bien que refoulés et symbolisés, dans toute la Bible. Abraham lui-même est présenté comme ayant "sacrifié son fils premier-né" (Ismaël, puis Isaac). Le surnom de Yahvé, "Terreur d'Isaac", est cité comme une preuve supplémentaire du sacrifice d'Isaac. Abraham, après avoir commis l'acte de sacrifice, aurait modifié le texte sacré pour y intégrer une théophanie (la vision de l'agneau substitutif), cherchant à mettre l'accent sur l'acceptation du sacrifice plutôt que sa réalisation physique. Cette modification des textes par Abraham fut un "sublime évolution" et une "vérité perdue". Le renouvellement cannibale implique que les personnages bibliques (comme Jacob et Joseph) se sont "renouvelés" en mangeant leurs descendants, ce qui explique les continuités et les confusions d'identité dans le texte.

Notes et références

  1. Cf. article Wikipedia "Abraham", https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham.
  2. Cf. Genèse 20:12 (trad. Segond 1910) : « De plus, il est vrai qu’elle est ma sœur, fille de mon père ; seulement, elle n’est pas fille de ma mère ; et elle est devenue ma femme. » Cela signifie qu'Abraham et Sarah ont le même père, mais pas la même mère, autrement dit qu'ils sont demi-frère et demi-sœur. En Genèse 11:29, il est écrit que « Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor, Milca, fille de Haran, père de Milca et père de Jisca. » Si le texte ne mentionne pas ici de lien de parenté direct entre Abram et Saraï, certains commentateurs juifs (notamment Rachi) relèvent que Jisca pourrait être Saraï elle-même, ce qui ferait d’elle une nièce d’Abraham (fille de son frère Haran). Certains midrashim (par ex. Bereshit Rabbah 40:4) identifient également Saraï à Jisca fille de Haran, donc nièce d’Abraham. Flavius Josèphe, dans les Antiquités judaïques (Livre I, chap. 12), écrit lui aussi que « Abram épousa Sara, sa nièce, fille de son frère Haran. ». Si le Coran ne mentionne aucun lien de parenté, certains hadiths et commentaires musulmans classiques (notamment chez Tabari ou Ibn Kathîr) reprennent l’idée que Sarah était la cousine ou la nièce d’Abraham, mais pas sa demi-sœur.
  3. En Genèse 17:15-16, Dieu dit à Abraham : "Quant à Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus Saraï ; mais son nom sera Sarah. Je la bénirai, et je te donnerai d’elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d’elle. » (trad. Segond 1910). En hébreu, Saraï (שָׂרַי) signifie littéralement « ma princesse » (forme possessive, « princesse à moi »), tandis que Sarah (שָׂרָה) signifie « princesse » ou « noble femme », sans possessif. Dieu enlève donc le « -ï » (le suffixe possessif « ma ») pour élargir sa dignité : elle n’est plus la princesse d’Abraham, mais une princesse pour des peuples.
  4. Cf. Genèse 11:29 : « Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor, Milca, fille de Haran, père de Milca et père de Jisca. » En hébreu, מִלְכָּה (Milkah) vient de la racine מ־ל־ך (m-l-k), qui signifie « régner », « être roi ». Le mot מֶלֶך (melek) signifie roi, et מַלְכָּה (malkah) signifie reine. Par conséquent, Milkah ou Malkah veut dire littéralement « Reine », ou « femme royale », ou encore « celle qui règne ».
  5. La filiation d’Abraham à Noé (et indirectement à Hénoch) est explicitement établie dans la Genèse (5, 9, 10 et 11), puis confirmée et développée dans plusieurs traditions juives, chrétiennes et islamiques. Selon le texte biblique lui-même, Abraham est le 10ᵉ descendant de Noé et le 20ᵉ descendant d’Adam. Hénoch (חֲנוֹךְ / Ḥanôkh), 7ᵉ depuis Adam, est l’arrière-grand-père de Noé. Par conséquent, Abraham descend indirectement d’Hénoch, via la lignée de Noé et de Sem. Dans les Targums (traductions araméennes de la Torah), la lignée d’Abraham depuis Sem est rappelée comme gage de sa sainteté et de sa mission. Le Livre des Jubilés (texte apocryphe juif, IIᵉ siècle av. J.-C.) insiste sur la pureté de la lignée depuis Hénoch et Noé, expliquant que la justice d’Abraham découle de celle d’Hénoch et de Noé : « Abraham fut le dixième depuis Noé, et il marcha dans la justice comme Hénoch. » (Jubilés 10:17 ; 19:9). Flavius Josèphe, dans ses Antiquités judaïques (I, 6–7), donne la même lignée en suivant la Genèse. Le Nouveau Testament reprend cette généalogie dans l’Évangile selon Luc (3:23–38), où l’on remonte la lignée de Jésus jusqu’à Adam. Le Coran ne donne pas de généalogie complète, mais les commentateurs classiques (comme Al-Tabarî, Ibn Kathîr, Al-Tha‘labî) s’appuient sur la Bible et la tradition juive pour préciser la lignée d’Ibrâhîm (Abraham) : « Ibrâhîm fils de Târah (Térach), fils de Nahûr, fils de Sârûgh, fils de Râ‘û, fils de Fâliq (Péleg), fils de ‘Âbir (Éber), fils de Shâlih (Shelah), fils d’Arfakhshad, fils de Sâm (Sem), fils de Nûh (Noé). »
  6. Dans plusieurs de ses vidéos, Allan Arsmann présente le personnage de Noé comme un possible ancien roi sumérien. Ansi, sans sa vidéo YouTube L'identité d'Adam élucidée par un Asperger (https://www.youtube.com/watch?v=f93AQ6d5kIA&t=5s), il affirme que les fils de Noé sont des rois dans le pays de Sumer. Il ajoute que Noé, le père de ces rois sumériens, est lui aussi un roi sumérien, ce qui est considéré comme une certitude archéologique due à la découverte des versions de culture sumérienne du texte du déluge. Dans L'identité historique de Yahvé - élucidée par un Asperger (https://www.youtube.com/watch?v=7xGUzpC3z9M&t=81s), l'auteur mentionne les fils de Noé en tant que rois de la région de Sumer. Il y rappelle que le personnage de Noé est lié au texte sumérien du déluge, dans lequel il est nommé Utnapishtim, un prêtre dévoué au dieu sumérien Ea (lequel serait l'origine de Yahvé, selon l'hypothèse développée). Enfin, dans la vidéo Éléments de convergence entre l'Histoire et le texte biblique de la Genèse - L'enquête d'un asperger (https://www.youtube.com/watch?v=S675jKqOpbU&t=5s), Arsmann précise que l'histoire de la construction de l'arche de Noé avait eu lieu dans le contexte de la fête religieuse de l'Akitu, qui fait partie du rituel de la Hiérogamie, un rite qui initiait les rois et les rendait proches des dieux.
  7. Dans la tradition du judaïsme ancien (et ensuite dans le christianisme et l’islam), Térah (ou Téraḥ), père d’Abraham, était fabricant d’idoles dans Ur des Chaldéens. Cette idée n’apparaît pas dans le texte biblique canonique (la Genèse n’en parle pas directement), mais elle est bien attestée dans les textes midrashiques, apocryphes et coraniques. La Bible évoque ce fait rapidement en Josué 24:2, mais il est davantage détaillé dans le Midrash Bereshit Rabbah (Genèse Rabbah 38:13), Livre des Jubilés (12:1–14), le Midrash Tanḥuma (Lekh Lekha 6). Le Coran en fait également mention (Sourate 6:74). Cette activité de Térakh tenait au fait que les exorcistes du dieu Ea (Enki) dont il était membre, appelés āšipu, intervenaient pour toutes sortes de rituels d’exorcisme, purification ou guérison, même lorsque les démons ou les divinités invoquées n’appartenaient pas directement au panthéon d’Ea. Ea était considéré comme le patron suprême de la magie rituelle, et ses prêtres agissaient donc au nom des autres dieux également. Ainsi, même si les āšipu invoquaient principalement Ea, ils le faisaient aussi pour Marduk, Shamash, Nabu, Ishtar, Nergal, et d’autres dieux selon la nature du mal. Ea est toujours présenté comme celui qui « enseigne » les rituels, même lorsqu’ils concernent d’autres divinités. (voir Jean Bottéro, Mésopotamie : la religion, éd. Gallimard, 1992, p. 159–164 ; Tzvi Abusch & Daniel Schwemer, Corpus of Mesopotamian Anti-Witchcraft Rituals, 2011, vol. 1, introduction pp. 7–12 ; Markham J. Geller, Healing Magic and Evil Demons: Canonical Udug-hul Incantations, 2016, p. 19–24).
  8. Genèse 11: 28–31 situe Abraham à Ur des Chaldéens et à Harran, deux centres suméro-akkadiens d’une culture lettrée. Ur et Harran étaient des villes de scribes, de prêtres et d’archives (temples du dieu-lune Nanna/Sîn). Genèse 12–25 montre un Abraham qui négocie des traités, compte, mesure, achète des terres (Genèse 23), correspond avec des souverains étrangers. Ces indices impliquent un haut degré de culture pour un chef de clan, bien que le texte biblique ne parle jamais concrètement d’alphabétisation ni d’enseignement formel pour Abraham. C'est dans le Livre des Jubilés, texte apocryphe du IIᵉ s. av. J.-C. trouvé à Qumrân, qu'il est écrit qu'« Abram commença à comprendre les erreurs du monde », « fut instruit dans les livres de ses pères », et « apprit à lire et à écrire. » (chap. 11–12). En 12:25–27 de la version éthiopienne, on peut lire qu' « Il lut les livres de ses pères et ne s’égara pas dans leurs erreurs. » dans ses Antiquités judaïques écrites au 1er siècle de notre ère, ch. I, 7–8, Flavius Josèphe, s’appuyant sur des traditions rabbiniques anciennes, écrit qu' « Abram surpassait tous les autres par sa sagesse et sa connaissance des choses célestes. [...] Il transmit aux Égyptiens la science des astres qu’il avait reçue des Chaldéens. » Cette science que possédait Abraham est également mentionnée dans le Midrash Bereshit Rabbah (ch. 38–39), et certains passages du Talmud Bavli (Baba Batra 91a), où Abraham est présenté comme connaissant « les livres des générations antérieures », ce qui signifie qu'il lisait et interprétait des textes sacrés anciens, donc qu’il maîtrisait l’écriture et la lecture.
  9. Voir article Wikipedia "Sumérien", https://fr.wikipedia.org/wiki/Sum%C3%A9rien#:~:text=Le%20sum%C3%A9rien%20(en%20sum%C3%A9rien%20EME,l'Antiquit%C3%A9%20en%20Basse%20M%C3%A9sopotamie..
  10. Ce thème ne vient pas directement de la Bible canonique, mais de textes apocryphes juifs et chrétiens (notamment l’Apocalypse d’Abraham), et il a été développé dans des midrashim et commentaires ésotériques. L’Apocalypse d’Abraham (texte juif apocalyptique, Ier–IIe siècle ap. J.-C.) est le seul texte ancien connu qui décrit le jeune Abraham chassant les oiseaux : « Alors les oiseaux descendirent sur les cadavres [des animaux du sacrifice], et je les chassai. Et la voix de l’ange m’appela des cieux : "Abraham, Abraham !" Et je répondis : "Voici, me voici." » (8:1–3). Ce passage réécrit et amplifie Genèse 15:11 : « Les oiseaux de proie s’abattirent sur les cadavres, mais Abram les chassa. » Dans la Genèse rabbinique (Bereshit Rabbah 44:13), les rabbins interprètent les « oiseaux de proie » comme les nations hostiles ou les forces démoniaques cherchant à détruire l’alliance : « Les oiseaux descendaient sur les morceaux, mais Abram les chassa : ce sont les puissances du mal que le juste repousse. » Abram devient ici gardien du sacrifice, c’est-à-dire protecteur du lieu saint contre les forces impures, une fonction analogue à celle d’un exorciste dans la culture mésopotamienne. Dans la symbolique ancienne, chasser les oiseaux impurs (notamment les corbeaux, oiseaux charognards associés aux démons et à la mort) équivallait à éloigner les esprits malveillants, protéger un rituel sacré (ici, l’alliance du sacrifice), purifier l’espace sacré. C’est exactement ce que faisait un āšipu (exorciste mésopotamien) : il purifiait les lieux sacrés, repoussait les mauvais présages, et chassait les démons symbolisés par des animaux ou des oiseaux. Dans la culture mésopotamienne, les oiseaux de proie et les corbeaux symbolisaient souvent les messagers des enfers (Nergal, Lamashtu, etc.), ou les signes de malheur que les prêtres exorcistes (āšipu) devaient éloigner. Le fait qu’Abraham « chasse les oiseaux » sur un autel sacrificiel correspond exactement à une fonction d’exorciste-protecteur dans le rituel : il protège le sacrifice contre la souillure, comme tout āšipu chassait rituellement les oiseaux ou symboles de mort pendant la purification (cf. Tzvi Abusch, "The Witchcraft Series Maqlû", 2011, p. 14–18). Certains commentaires kabbalistiques médiévaux (inspirés du Sefer ha-Zohar) reprennent ce thème : les oiseaux symbolisent les démons venus troubler l’alliance entre Dieu et Abraham. Le fait qu’Abraham les « chasse » montre sa domination sur les puissances de l’ombre, un attribut d’exorciste spirituel : « Abraham sépara la lumière des ténèbres lorsqu’il repoussa les oiseaux impurs, car il connaissait les secrets des mondes supérieurs. » (Zohar I, 86b–87a). Le Coran contient un passage très proche symboliquement, où Abraham dialogue avec Dieu sur la résurrection des morts : « [Abraham dit :] Seigneur, montre-moi comment Tu ressuscites les morts. [...] Dieu dit : “Prends quatre oiseaux, apprivoise-les, puis place sur chaque montagne un fragment d’eux, puis appelle-les, ils viendront à toi en hâte.” » (Coran 2:260). Les tafsîr (exégèses musulmanes) interprètent cela comme une preuve du pouvoir spirituel d’Abraham sur les créatures, une maîtrise de la vie, de la mort et des esprits, parfois associée à une fonction de “chasseur d’esprits” (cf. Al-Tabarî, Tafsîr sur 2:260 ; Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ān al-‘Aẓīm). Dans certains commentaires soufis, Abraham est présenté comme celui qui “rappelle les âmes égarées à la vie divine”, une forme spirituelle d’exorcisme.
  11. L’idée qu’Adam était un āšipu ne figure nulle part dans la Bible canonique, ni dans le Coran. Elle apparaît uniquement dans certaines traditions ésotériques juives et dans des études comparatives modernes sur les cultures mésopotamiennes et bibliques. L’association d’Adam avec un rôle d’āšipu vient de l’observation qu'Adam, dans la tradition biblique, est chargé de dominer les animaux et de nommer toutes les créatures (Genèse 2:19–20). Dans la culture mésopotamienne, le premier homme (ou héros civilisateur) a souvent un rôle similaire : il est initiateur de rituels, exorciste et médiateur entre l’humain et le divin, exactement comme l’āšipu. Certains textes, comme le Livre des Jubilés (2e siècle av. J.-C. – 1er siècle ap. J.-C.), présentent Adam comme ayant reçu des enseignements divins sur les noms, les plantes et les animaux, ce qui évoque indirectement la fonction d’un exorciste ou d’un prêtre ritualiste. Dans certains midrashim ésotériques tardifs (XIIe–XIVe siècle), Adam est décrit comme un prêtre initié, qui connaissait les incantations, les noms des anges et des démons, ce qui est très proche du rôle d’un āšipu : le Sefer HaBahir (XIe–XIIe siècle) et certains passages du Zohar évoquent Adam comme initiateur de rites de purification et de connaissance des esprits. Certains chercheurs, dans une perspective comparatiste, ont proposé que l’image d’Adam puisse refléter la fonction sacerdotale/rituelle mésopotamienne : Jean Bottéro (in Religion in Ancient Mesopotamia, 2001) souligne que la figure de l’homme primordial dans les traditions sumériennes et akkadiennes (Adapa, Enki) a des fonctions de sage, exorciste et gardien rituel. Michael Fishbane, dans Biblical Myth and Rabbinic Mythmaking (1993), note que certaines traditions juives ont transposé les fonctions de l’āšipu à Adam, notamment dans l’idée que l’homme était gardien du jardin et maître des esprits. Ainsi, Adam a la connaissance d'un āšipu (il maîtrise le nom des animaux, des plantes, des secrets divins comme un āšipu avec les incantations et les rituels), a la fonction d'un āšipu (il est le gardien du Jardin, il repousse le chaos comme un āšipu protège des lieux sacrés et chasse les démons), il a le rôle d'un āšipu (il est le Médiateur entre Dieu et l’humanité), il revêt le symbolisme d'un āšipu (il chasse le serpent et maîtriser le mal, comme un āšipu exorcise les démons et les influences impures). Voir aussi R. Rubinkiewicz (éd.), Apocalypse d’Abraham, in Old Testament Pseudepigrapha, vol. 1, 1983. En outre, dans la Mésopotamie antique, la fonction d’āšipu était souvent héréditaire (bien que non exclusivement) : les textes cunéiformes et les inscriptions administratives montrent en effet que les āšipu faisaient partie de dynasties sacerdotales. Le poste était transmis de père en fils dans certaines familles, comme pour d’autres fonctions sacerdotales (ex. ṭupšarru, scribes, ou kalû, lamentateurs). L’apprentissage combinait formation à l’école du temple et transmission orale au sein de la famille. Ceci laisserait entendre que la lignée d'Adam à Abraham en passant par Noé ait en effet pu être une lignée d'āšipus (cf. A. R. George, House most high: the temples of ancient Mesopotamia, Eisenbrauns, 1993, qui mentionne des lignées de prêtres à Nippur et Ur ; Tzvi Abusch & Daniel Schwemer, Corpus of Mesopotamian Anti-Witchcraft Rituals, Brill, 2011–2016, qui note que les āšipu étaient souvent recrutés parmi des familles déjà impliquées dans le culte d’Ea/Enki ; Francesca Rochberg, The Heavenly Writing, Cambridge, 2004, qui évoque la transmission des compétences rituelles et de divination dans les familles sacerdotales.)
  12. Voir l'article Wikipedia intitulé "Ea (dieu)", https://fr.wikipedia.org/wiki/Ea_(dieu).
  13. Cf. l'article de Wikipedia "Théophanie", https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ophanie#:~:text=Une%20th%C3%A9ophanie%20(du%20grec%20ancien,et%20de%20la%20th%C3%A9ologie%20chr%C3%A9tienne..
  14. Cf. article Wikipedia "Yom Kippour", https://fr.wikipedia.org/wiki/Yom_Kippour.

Bibliographie

- Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tomes 1 à 6, éd. Paradeigma.

Voir aussi

- Allan Arsmann, vidéos de la chaîne YouTube La Bible lue par un Asperger : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos

- Paradeigma, site de l'auteur : https://paradeigma.be/

- Paradeigma, forum des abonnés : https://paradeigma.be/forum/

- Page Patreon de l'auteur : https://www.patreon.com/c/AllanArsmann02/posts