Moïse
| Moïse | |
|---|---|
| Moïse et les Tables de la Loi - Philippe de Champaigne (1663) | |
| Biographie | |
| Titre | Premier prophète du judaïsme |
| Ascendants | Amram (père) Jokébed (mère) Bithiah (mère adoptive) |
| Conjoint | Séphora |
| Descendants | Gershom Eliézer |
| Renouvelé en | Josué |
Moïse est une figure emblématique des religions abrahamiques, vénéré comme un prophète, un législateur et un leader. Les textes sacrés, en particulier l'Ancien Testament et la Torah, décrivent sa vie, de sa naissance miraculeuse à sa mort énigmatique dans le désert, et son rôle central dans la libération du peuple hébreu de l'esclavage en Égypte et la réception de la Loi divine.
Étymologie
Le nom hébreu מֹשֶׁה (Mōšeh) est aujourd’hui considéré comme dérivé de l’ancien égyptien ms(ȝ), « engendré par » ou « fils de ». Cette racine figure dans de nombreux noms royaux et théophores de la fin du Nouvel Empire (par exemple Thoutmôsis « fils de Thot » ou Amênmôsis « fils d’Amon »), ce qui correspond au cadre culturel et chronologique traditionnellement associé à l’histoire de Moïse.
D’après cette interprétation, « Moïse » serait en réalité la forme courte d’un nom composé – très probablement Usir-ms(ȝ), « fils d’Osiris » – dont la mention explicite de la divinité aurait été omise dans la transmission ultérieure. L’adoption par la fille du pharaon, souvent décrite comme une prêtresse d’Isis, épouse d’Osiris, renforce la cohérence de cette origine égyptienne.
Origine & Contexte historique
Selon les témoignages anciens et l’analyse historique, Moïse serait né dans une famille égyptienne et non hébraïque.
Des auteurs comme Manéthon, actif au IIIᵉ siècle av. J.-C., le présentent explicitement comme un Égyptien de naissance[1]. Du point de vue archéologique et épigraphique, les populations sémitiques n’envisageaient pas l’Égypte ancienne comme leur terre d’origine, ou tout du moins à ce jour, l’archéologie et l’épigraphie égyptiennes ne fournissent pas de preuve que les groupes sémitiques présents en Égypte avaient, dans leurs sources matérielles, l’idée de l’Égypte comme origine ethnique ou “patrie” propre[2]. Ce qui peut renforcer l’idée d’une filiation égyptienne pour Moïse. Son premier fils, Gershom (traduction : « exilé » ou « expatrié »)[3], porterait peut-être un nom évoquant la perte d’une patrie égyptienne et témoignerait du souvenir persistant de cette origine.
Le récit de son adoption par la fille du pharaon[4] décrit comment il est devenu membre du peuple hébreu : élevé à la cour royale, il aurait été intégré par la suite aux traditions et lois d’Israël[5], tandis que les rédacteurs bibliques ont volontairement laissé de côté ses attaches culturelles initiales[6].
Par ailleurs, Moïse lui-même déclare ne pas parler l’égyptien lorsque, face au pharaon, il se fait représenter par Aaron, ce qui suggère qu’il évoluait dans un entourage linguistiquement différent de la haute administration traditionnelle[7]. Cette situation correspond à la domination des Hyksôs en Basse-Égypte, peuple d’origine étrangère, dont la présence s’étendit jusqu’à la reconquête thébaine vers 1540 av. J.-C.
Allan Arsmann , chercheur indépendant qui développe une pensée originale sur les textes anciens, a établi une interprétation de ce passage de l’Exode en utilisant d'autres paradigmes de lecture que ceux généralement admis par la communauté scientifique. Il attribue sa capacité à faire des recoupements hors du commun et à identifier des "réalités" refoulées, à une "pensée alternative asperger" qui lui permettrait de "passer outre les aspects d'illusions collective" et les "considérations sociales" qui biaisent les analyses traditionnelles des textes.
Il a ainsi démontré en recoupant une multitude de sources antiques que cet Exode se serait en fait situé à la fin de la période hyksôs, autour de 1540 av. J.-C., date à laquelle les sources égyptiennes et les traditions historiques documentent le départ ou l’expulsion de ce peuple[8].
Parcours

Moïse est le leader de l'Exode, un mouvement de population massif hors d'Égypte. Les textes révèlent que la survie de ce grand nombre de personnes dans le désert, sans les ressources habituelles, fut possible grâce à des pratiques de cannibalisme occasionnel. La viande, dans ce contexte, n'est pas tombée du ciel comme la manne, mais était une ressource humaine, vue comme nécessaire à la survie.
Un des aspects les plus marquants de sa vie est sa "mort" et sa "renaissance" symbolique. Moïse est décrit comme mourant de manière inexpliquée dans le désert, son corps disparaissant sans laisser de trace. Cette "mort" est en réalité une transformation profonde, un "renouvellement" (renouvelé) où sa personnalité ancienne "meurt" pour laisser place à une nouvelle, souvent accompagnée d'un changement de nom. Moïse n'est pas réellement mort physiquement mais a continué à vivre sous le nom de Josué.
En tant que Josué, il devient le chef incontesté du peuple, assumant tous les rôles et fonctions de Moïse, y compris la dictée des lois et la conduite des guerres. Ses actions, son style et son vocabulaire sont identiques à ceux de Moïse, au point que le Livre de Josué est considéré comme une continuité directe des livres de Moïse, écrit par le même auteur. L'étrange rapidité du vieillissement de Josué, décrit comme "très vieux" à 110 tétraménies (environ 36 ans solaires), alors que Moïse était décrit comme vigoureux à 120 tétraménies (environ 40 ans solaires), s'explique par le fait que Josué est l'ancien Moïse, qui a symboliquement absorbé la jeunesse de son "fils" Josué.
Cette transformation permet à Moïse (en tant que Josué) d' entrer en Terre Promise, surmontant l'interdiction initiale de Yahvé. La loi des prémices, qui exigeait le sacrifice des premiers-nés, était la loi la plus importante et la plus ancienne du culte de Yahvé, antérieure même aux Dix Commandements. Les négociations de Moïse avec Pharaon concernaient cette pratique. Le fait que Moïse ait dû se renouveler est lié à une "faute" commise à Mériba, une infraction rituelle qui justifiait sa rédemption par ce rite. N'ayant pas d'enfant biologique propre qu'il connaisse et auquel il soit attaché pour le sacrifice, Moïse adopta officiellement le jeune Josué juste avant le rituel, soulignant la nécessité d'un attachement à l'être sacrifié pour l'effet d'identification.
Finalement, Yahvé avait annoncé à Moïse qu'il serait roi. C'est Josué qui devint le premier roi des Hébreux, confirmant ainsi que Josué est bien le prolongement de Moïse.
Héritage
L'héritage de Moïse est immense et a profondément façonné les civilisations judéo-chrétiennes. Il est considéré comme le plus grand des prophètes de l'Ancien Testament. La relecture de sa vie à travers le prisme de l'ancien paradigme ne diminue pas sa grandeur, mais la resitue dans un contexte historique et psychologique concret.
Moïse, à travers son expérience de "renouvelé" et de transformation, a posé les bases d'un cheminement spirituel fondamental : la renaissance christique. Ses actions et les lois qu'il a établies, comme la loi des prémices, témoignent de la compréhension de leurs racines anthropophages, les transformant et les sublimant.
Les récits bibliques, loin d'être de simples fantasmes, sont des miroirs de notre passé réel et de l'évolution de la conscience humaine. L'histoire de Moïse, en particulier l'Exode, est vue comme un moment fort de l'histoire humaine, marquant une "sortie du chaos" et la naissance de la civilisation, liée au concept de concurrence naturelle. Le texte biblique, avec ses détails, est un écho concret des pratiques et des pensées fondatrices.
Démonstration textuelle :
Humanité du Yahvé de l'Exode
Le personnage nommé Yahvé dans les passages de l'Exode est dépeint avec toutes les caractéristiques d'un roi humain de l'Antiquité : fier, orgueilleux, tyrannique, donnant des ordres, menaçant, menant des armées, envoyant des émissaires, et portant un sceptre royal. Cette nature royale et humaine est confirmée par le fait qu'il est identifiable à un roi historique, celui qui a concrètement rendu possible l'Exode Hyksôs.
Citation
La loi des prémices
L'un des enjeux majeurs des récits de l'Exode est la "loi des prémices", qui exigeait l'offrande des premiers-nés, y compris les enfants humains. Cette loi était la première et la plus importante du culte de Yahvé, explicitement plus ancienne que les Dix Commandements. La demande de Moïse à Pharaon de "laisser mon peuple aller me servir dans le désert" est une référence voilée à la continuation de cette pratique sacrificielle. Le "fruit défendu" d'Adam et Ève, lui aussi, représente la consommation de leur enfant premier-né, ce qui lie cette pratique aux origines mêmes du culte biblique.
La "mort" de Moïse comme renouvellement
La mort de Moïse est décrite comme absurde, planifiée et sans explication naturelle, son corps disparaissant mystérieusement. Cela correspond parfaitement au rituel de renouvellement, où l'ancienne personnalité du pratiquant "meurt" symboliquement pour céder la place à une nouvelle identité.
Moïse et Josué : une seule et même personne
Les sources textuelles internes à la Bible, ainsi que des témoignages externes, appuient fortement l'idée que Moïse et Josué sont la même personne.
Continuité textuelle et stylistique
Le Livre de Josué est la suite immédiate du Deutéronome (le dernier livre de Moïse), partageant le même auteur, style, vocabulaire et continuité narrative.
Actions et caractère identiques
Josué réalise les mêmes "miracles" (comme la séparation des eaux du Jourdain, similaire à Moïse séparant la Mer Rouge) et manifeste les mêmes traits de caractère (cruauté, rigueur, leadership) que Moïse. Le manque d'ambition personnelle de Josué est inexplicable s'il n'est pas la continuation de Moïse.
Disparités d'âge
Moïse est décrit comme encore robuste à 120 ans (nilotiques, soit ~40 ans solaires), tandis que Josué est "très vieux" à 110 ans (nilotiques, soit ~36 ans solaires). Cette apparente contradiction s'explique si le "vieux" Moïse a absorbé la jeunesse d'un jeune Josué pour se "rajeunir" et continuer son œuvre.
Dissociation linguistique
Moïse, tout comme Josué, utilise constamment des pronoms ("vous", "vôtres") qui le dissocient du peuple d'Israël ("nous", "nôtres"), un trait linguistique unique parmi les prophètes bibliques. Cela conforte l'idée que Moïse (et donc Josué) n'était pas hébreu de naissance.
Témoignages historiques externes
Des historiens égyptiens et grecs, comme Manéthon et Plutarque, affirment que Moïse a lui-même conquis la Judée, ce qui corrobore l'identité entre Moïse et Josué aux yeux de leurs contemporains et adversaires.
Justification du "crime" de Moïse
La "faute" de Moïse à Mériba, où il désobéit à Yahvé en frappant le rocher deux fois au lieu d'une pour faire jaillir de l'eau, est présentée comme la justification de sa mort. Cependant, cette faute, jugée incohérente au vu des désobéissances antérieures de Moïse, prend tout son sens dans le contexte du renouvellement : le rite offrait une rédemption complète de tous les péchés passés, et l'infraction servait de "moteur" ou de justification rituelle pour l'exécution du renouvellement. Moïse, en adoptant Josué juste avant le rite, s'assurait un individu de "valeur" pour l'incorporation, essentiel pour l'effet d'identification.
Notes et références
- ↑ Le texte original de Manéthon (IIIe siècle av. J.C.) n’est pas conservé. Ce que nous connaissons de son Aegyptiaca (Histoire de l’Égypte) provient de fragments transmis indirectement, surtout par : Flavius Josèphe (Contre Apion), Julius Africanus, Eusèbe de Césarée, Syncelle. Dans ces fragments, Manéthon ou des traditions qui lui sont attribuées présentent Moïse non pas comme un prophète hébreu, mais comme un personnage égyptien — souvent identifié à un prêtre ou à un chef de lépreux ou de populations impures expulsées d’Égypte. La source la plus importante est chez Josèphe, qui cite longuement Manéthon pour le réfuter. Dans son Contre Apion I, 26–31 (fragments principaux de Manéthon), Josèphe rapporte que Manéthon aurait raconté l’histoire suivante : "Sous le règne d’un roi appelé Amenophis (probablement Amenhotep III ou IV), un devin ou sage conseille au roi de purifier l’Égypte des impurs (lépreux, malades, étrangers). Le roi rassemble 80 000 personnes impures, dont beaucoup sont des prêtres impurs. Ces lépreux sont envoyés dans les carrières de l’Est du Nil. Plus tard, le roi les installe dans la ville abandonnée d’Avaris (ancienne capitale hyksôs). À leur tête, un prêtre d’Héliopolis nommé Osarseph est choisi. Ce prêtre ordonne de profaner les cultes égyptiens. Il s’allie aux anciens envahisseurs Hyksôs, revenus de Jérusalem. Ensemble, ils règnent treize ans en Égypte et commettent toutes sortes de sacrilèges. Finalement, le roi égyptien reprend le pouvoir et les chasse. Osarseph, chef des lépreux, change son nom en Moïse. … et il [Osarseph] donna des lois contraires aux usages des Égyptiens [...] et il prescrivit à tous de ne rien laisser de sacré, ni d’épargner aucun des animaux tenus pour sacrés par les Égyptiens… Ensuite, il prit le nom de Moïse." Julius Africanus (apud Eusèbe, Chronicon) mentionne aussi que les Hyksôs et les « lépreux » ont été chassés sous Amenophis, et que leur chef s’appelait Osarseph, devenu Moïse. Eusèbe de Césarée (Chronicon et Praeparatio Evangelica) cite Manéthon pour montrer que les Égyptiens reconnaissent un événement ressemblant à l’Exode, mais en le présentant sous un angle très hostile aux Hébreux. Syncelle (IXᵉ s.) conserve des fragments tardifs : on y retrouve aussi la fusion des Hyksôs avec les « impurs » et la figure d’Osarseph-Moïse.
- ↑ James K. Hoffmeier, in "Israel in Egypt: The Evidence for the Authenticity of the Exodus Tradition" (Oxford University Press, 1996/1999), examine l’“épigraphie” et l’“archéologie” des Sémites en Égypte, notamment dans le chapitre 3 intitulé “Semites in Egypt: The First and Second Intermediate Periods”. Il présente un état de la présence de populations “asiatiques” / sémites en Égypte (par exemple noms, serviteurs, inscriptions) — ce qui montre bien qu’il y avait des Sémites en Égypte, mais pas que l’Égypte était vue comme leur terre d’origine. Il conclut que si la présence est attestée, cela ne constitue pas une preuve que ces populations “sémitiques” se considéraient comme originaires d’Égypte. Exemple : le papyrus Brooklyn 35.1446, mentionné comme liste de serviteurs sémitiques en Égypte. Donc, cette source montre bien qu’il y avait des Sémites en Égypte, mais pas une tradition archéovo-épigraphique solide qui les présente comme “originaires d’Égypte”. Stuart Tyson Smith, in "Ethnicity: Constructions of Self and Other in Ancient Egypt" (Journal of Egyptian History 11(1-2), 2018), examine comment les Égyptiens anciens construisaient des identités ethniques (« eux », « les autres ») via textes, art, archéologie. Il montre que, pour l’Égypte, les “étrangers” (asiatiques, sémites, etc.) sont souvent représentés comme autres, venant d’ailleurs, ou ayant une identité “étrangère” plutôt que étant présentés comme “les nôtres depuis toujours”. Par conséquent, cela appuie l’idée que les populations sémitiques en Égypte ne sont pas clairement documentées comme se voyant originaires d'Égypte. L’étude génétique/linguistique sur les langues sémitiques : par exemple « Bayesian phylogenetic analysis of Semitic languages » (2009) propose une origine ou divergence des langues sémitiques en Levant, plutôt qu’en Égypte. PubMed Le fait que l’archéologie égyptienne mentionne des “Aamu” (Aamu) ou autres groupes occident-asiatiques dans l’art égyptien (par ex. reliefs de Beni-Hasan) plutôt que des Sémites qui se déclarent “originaires d’Égypte”. Quelques nuances à apporter cependant : “Population sémitique” est un terme large : il comprend divers groupes (Cananéens, Amorites, Araméens, etc.). Il faut donc préciser de quel sous-groupe on parle. L’absence de preuve qu’ils « s’envisageaient comme originaires d’Égypte » ne garantit pas qu’il n’y ait jamais eu de telle vision dans certaines traditions orales ou littéraires. Cela signifie simplement que l’archéologie et l’épigraphie ne l’attestent pas clairement. Certaines sources anciennes (égyptiennes ou bibliques) parlent d’“Asiatics” ou “Asiatique(s)” entrant en Égypte plutôt que d’“Égyptiens d’origine”. Il existe des débats entre “maximalistes” (qui défendent plus de corrélations entre texte biblique et archéologie) et “minimalistes” (plus sceptiques) dans ce champ. Hoffmeier est plutôt du côté maximaliste, mais même lui ne soutient pas la thèse que les Sémites se considéraient comme originaires d’Égypte.
- ↑ Le prénom Gershom (en hébreu גֵּרְשֹׁם Gēršōm) apparaît dans la Bible comme le nom du premier fils de Moïse et de Séphora (Exode 2:22 ; 18:3) : « Elle enfanta un fils, et il appela son nom Gershom, car, dit-il, “je suis un étranger dans un pays étranger.” » Ce verset lui-même donne une étymologie populaire du nom : gēr hāyîtî (« j’ai été un étranger ») → Gershom.
- ↑ En Exode 2:1–10. Ces versets constituent la seule source primaire biblique du récit d’adoption : l’enfant hébreu Moïse est trouvé dans une corbeille sur le Nil, recueilli par la fille du pharaon, confié d’abord à une nourrice (sa propre mère), puis adopté par elle comme son propre fils, avec un nom égyptien (Mōshe) à valeur symbolique : « Elle l’appela Moïse (Mōšeh), car, dit-elle : “Je l’ai tiré des eaux” (mîn hammayim mĕšîtihû). » L’auteur biblique rapproche donc le nom מֹשֶׁה (Mōšeh) de la racine hébraïque, מָשָׁה (māšāh) voulant dire « tirer, retirer (de l’eau) ». Mais : cette étymologie est en réalité hébraïque secondaire, une “explication narrative” du nom, et ne correspond pas à la formation linguistique la plus probable du nom d’origine. Les égyptologues sont largement d’accord sur le fait que Mōšeh (Moïse) dérive très vraisemblablement de l’égyptien : ms ou ms(j) / mose = « enfant », « né de », « fils de ». Ce terme est extrêmement courant en onomastique égyptienne du Nouvel Empire : Thoutmôsis (Thoutmôsê) = « né de Thot » (dieu Thot), Ramsès (Rʿ-ms-sw) = « né de Rê », Ahmôsis = « né de Iah (dieu lunaire) ». Dans ces noms, -mose / -mosis / -msès est le second élément d’un nom théophore signifiant littéralement : « enfant / né de [dieu X] ». Si l’élément théophore est absent ou omis, le nom peut se réduire à “Mose / Môsê”, qui veut simplement dire : « l’enfant » ou « le fils ». Référence classique : James K. Hoffmeier, Israel in Egypt (Oxford, 1997), p. 140–144 ; Alan Gardiner, Egyptian Grammar (3e éd.), §75 ; Kenneth Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, p. 257–258. L'hypothèse la plus acceptée aujourd’hui est que le nom Moïse est probablement égyptien à l’origine : ms(j) → “enfant / fils (de)”. La fille du Pharaon lui a donné un nom égyptien, comme c’était logique à la cour. La Bible hébraïque a ensuite proposé une relecture étymologique hébraïque (māšāh = “tirer des eaux”), créant un jeu de mots narratif. C’est un procédé fréquent dans la Bible : réinterpréter un nom étranger en fonction d’une racine hébraïque pour l’intégrer dans le récit (par exemple Babel, Isaac, Jacob…). Voir à ce sujet : J. Vergote, Joseph en Égypte (1959), p. 53–58. ; J. Leclant, « L’onomastique égyptienne et le nom de Moïse », Revue d’Égyptologie 25 (1973), p. 215–222 ; J. K. Hoffmeier (1997), Israel in Egypt, Oxford UP.
- ↑ Flavius Josèphe, dans les Antiquités judaïques II, 9–10 (env. 93 ap. J.-C.), développe beaucoup le thème de l’enfance et de la jeunesse de Moïse : selon lui, la fille de Pharaon adopte Moïse et le fait élever à la cour comme prince. Il reçoit une éducation égyptienne, scientifique et militaire. Il devient un chef militaire distingué en campagne contre les Éthiopiens. Pharaon envisage même de le faire héritier. (II.pp. 224–231 ; II. pp. 238–253, traduction CUF ou Loeb) ; Philôn d’Alexandrie, philosophe juif hellénistique, dans De Vita Mosis I (Ier s. ap. J.-C.), donne un récit très détaillé de l’éducation égyptienne de Moïse : il présente Moïse comme étant adopté par la fille du roi. Il est élevé « comme le petit-fils du Pharaon ». Il reçoit toute la science égyptienne, y compris les mathématiques, la philosophie et les arts royaux. Philôn insiste sur son intelligence exceptionnelle, surpassant les Égyptiens eux-mêmes. (I.21–54, traduction Cerf ou Loeb Classical Library) ; Artapanos (IIIᵉ–IIᵉ s. av. J.-C.), auteur juif hellénistique, propose une version légendaire de Moïse dans des fragments conservés chez Eusèbe (Praeparatio Evangelica IX.27) : Moïse a été selon lui adopté par la fille de Pharaon et élevé à la cour. Il introduit la philosophie et la science en Égypte. Il enseigne aux Égyptiens leurs propres institutions. Il est appelé Hermès ou Thot par eux. (Eusèbe, Praeparatio Evangelica IX, 27, 3–37) ; Pseudo-Philon (Liber Antiquitatum Biblicarum) — Iᵉʳ siècle ap. J.-C. reprend et amplifie le récit de l’enfance de Moïse. Il montre que Moïse grandit en double appartenance : égyptienne par culture, hébraïque par origine. Il insiste sur le moment où il choisit de rejoindre Israël. (Pseudo-Philon, Liber Antiquitatum Biblicarum, chapitres 9–10.) De nombreux midrashim enrichissent le thème de l’éducation égyptienne de Moïse : dans l'Exodus Rabbah I, 26–27 : Moïse est présenté comme prince et chef militaire. Dans le Targum Pseudo-Jonathan sur Exode 2 : il devient savant à la cour du roi. Certains midrashim racontent également qu’il était destiné au trône égyptien. Bien que très hostiles, certaines versions égyptiennes tardives (attribuées à Manéthon, cité par Josèphe dans Contre Apion I, 26–31) identifient Moïse à un prêtre égyptien Osarseph qui s’est retourné contre le roi. Cette version est très intéressante car elle inverse la perspective : Moïse est égyptien d’origine (et non hébreu), élevé dans la culture égyptienne, puis fonde la loi d’un peuple étranger. Dans Sibylline Oracles (livres III et V) : Moïse apparaît ici comme un législateur né en Égypte mais lié à un peuple autre. Dans les Jubilés (IIᵉ s. av. n. è.) : de façon moins développée, le texte reprend l’idée de l’adoption royale. Un texte du Qumrân (4QExodus) : reprend la base biblique sans amplifications hellénistiques, mais témoigne de la popularité du thème.
- ↑ Dans le texte biblique, en Exode 2:1–10, Moïse est sauvé par la fille du Pharaon et élevé comme son fils. Il grandit « dans la maison de Pharaon ». Bien que nourri par sa mère biologique (Jokébed), il est socialement et politiquement intégré à la cour égyptienne. En Exode 2:10 (verset clef), il est simplement dit que « L’enfant grandit ; elle l’amena à la fille de Pharaon, et il devint son fils. Elle l’appela Moïse, car, dit-elle, je l’ai tiré des eaux. » (TOB) ; ou, dans la version de L. Segond : « Quand l’enfant eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l’ai tiré des eaux. » C’est le seul verset dans Exode qui fait allusion à sa jeunesse à la cour royale. La Bible n’expose rien de l’éducation de Moïse à ce stade : elle ne dit pas comment, ni en quoi il a été formé. Cela montre comment la Bible elle-même est étonnamment discrète sur l’éducation de Moïse à la cour égyptienne. Les seuls autres passages bibliques qui évoquent très rapidement l'éducation de Moïse sont hors Bible hébraïques : dans Actes 7:21–22 , l'auteur fait une déclaration explicite « Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres. » Dans Hébreux 11:24–26 et dans un contexte identitaire, Paul déclare que « C’est par la foi que Moïse, devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille de Pharaon. » Ce sont surtout des textes postérieurs ou extra-bibliques (Philôn, Josèphe, midrashim, Artapanos…) qui ont amplifié cet épisode.
- ↑ Ce qui existe, dans la Bible, ce sont des passages où Moïse dit qu’il n’a pas la parole facile ou qu’il est « lent à parler » : Le texte hébreu dit textuellement (translittération) : "kheḇad-pê ûḵeḇad lāšôn ʾānōḵî "— litt. « Je suis lourd de bouche et lourd de langue ». (Exode 4:10), ce que Louis Segond traduit par "car j’ai la bouche et la langue embarrassées", et la TOB par : "J’ai la bouche et la langue pesantes." Certains commentateurs pensent qu’il parle de bégaiement ou d’un défaut d’élocution. En Exode 6:12 et 6:30, Moïse insiste à nouveau : « Voici, je n’ai pas la parole facile (aral sefatayim = “lèvres incirconcises”) ; comment Pharaon m’écouterait-il ? » : il s'agit là du passage le plus souvent interprété comme impliquant que Moïse n’était pas à l’aise pour parler devant Pharaon en égyptien. Philôn d’Alexandrie (De Vita Mosis I.75–76) explique ainsi que Moïse avait reçu une éducation égyptienne, mais qu’il s’était tellement détaché de l’Égypte après sa fuite à Madian qu’il n’était plus à l’aise pour s’exprimer devant Pharaon. Selon lui donc, Il ne parle pas explicitement de « ne pas connaître l’égyptien », mais de gêne à parler dans la langue et la rhétorique de la cour. Flavius Josèphe, (Antiquités judaïques II.268–271) présente Moïse comme un homme éloquent par nature, ce qui est l’inverse du texte biblique — mais il reconnaît qu’il hésite à s’adresser au roi parce qu’il n’a plus sa place dans le monde égyptien. Josèphe transforme le « je ne sais pas parler » en un scrupule politique et moral plutôt que linguistique. Le Midrash Rabbah – Exode 3:13 et le Shemot Rabbah 3:17 développent la scène de l’appel ; certains rabbins disent que Moïse avait un défaut d’élocution physique (bégaiement), d’autres expliquent qu’il avait oublié la langue égyptienne après 40 ans en Madian. Cette interprétation linguistique est tardive, mais attestée. Le Targum Pseudo-Jonathan (traduction médiévale araméenne de la Torah, accompagnée de paraphrases et de commentaires, rédigée aux VIIe-IXe s. en Palestine) ajoute une note explicite sur Exode 4:10, selon laquelle Moïse disait qu’il n’était plus capable de parler la langue des Égyptiens couramment.
- ↑ Voir l'article Hyksôs sur Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyks%C3%B4s. Concernant Allan Arsmann, sa démonstrationn autour de la date de l'Exode biblique et son parallèle avec l'exode Hyksôs est établie dans le tome 3 de sa série La Bible lue par un Asperger, éd. Paradeigma. Voir aussi ses vidéos YouTube sur le sujet : "L'origine des Hébreux (avant Mérenptah) - élucidée par un Asperger" ; "L'énigme archéologique de l'ESCLAVAGE des hébreux - élucidée par un Asperger" ; "La date de l'Exode élucidée par un Asperger" ; "La revendicationn de Moïse - élucidée par un Asperger" ; "La fusion Baal-Yahvé - élucidée par un Asperger" ; "Le passage de la Mer Rouge élucidé par un Asperger" ; "Les Dix Plaies d'Égypte - élucidées par un Asperger" ; "Recoupements entre Histoire et Exode - L'enquête d'un Asperger". Portail : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos
Bibliographie
- Allan Arsmann, La Bible lue par un Asperger, tomes 1 à 6, éd. Paradeigma.
Voir aussi
- Allan Arsmann, vidéos de la chaîne YouTube La Bible lue par un Asperger : https://www.youtube.com/@allanarsmann5904/videos
- Paradeigma, site de l'auteur : https://paradeigma.be/
- Paradeigma, forum des abonnés : https://paradeigma.be/forum/
- Page Patreon de l'auteur : https://www.patreon.com/c/AllanArsmann02/posts