Faute originelle
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Selon Allan Arsmann, la "faute originelle" décrite dans la Genèse n'est pas une faute symbolique ou une simple désobéissance à une règle divine concernant un fruit végétal, mais une allégorie décrivant un acte de cannibalisme, et plus spécifiquement de pédocannibalisme.
Voici les points clés de son explication sur la faute originelle :
• Nature de la Faute : Dévoration du Propre Enfant
◦ La faute d'Adam et Ève est d'avoir mangé le fruit de leurs propres entrailles, c'est-à-dire leur propre enfant. Le texte biblique indique qu'Ève fut enceinte au moment de la faute, et que son enfant disparut "magiquement".
◦ Le "fruit défendu" est une allégorie pour l'enfant. L'idée populaire que ce soit une pomme est une banalisation tardive [Eve].
◦ Cet acte combine les trois tabous principaux de la psyché humaine : le cannibalisme, le meurtre et l'infanticide. Il est considéré comme le crime le plus "immonde" et "horrible" qui soit.
◦ Le texte biblique, en particulier la Genèse, serait un témoignage de ces pratiques anthropophages anciennes, qui étaient réelles et courantes à la Préhistoire et la Haute Antiquité, une époque où la vie des enfants n'avait pas la même valeur qu'aujourd'hui et où il était légal de les tuer.
• Origine du Bien et du Mal
◦ Cette expérience traumatisante est la matrice originelle pour la définition des concepts de "bien et de mal". La consommation anthropophagique de son propre enfant par un parent est perçue comme la définition d'un "mal absolu".
◦ Ces notions, bien que jugées "manquant de nuances" par Allan Arsmann, sont les fondements de nos concepts modernes du mal et du péché dans la culture occidentale, définis par ce texte de la Genèse.
• Conséquences et "Souffrance d'Ève"
◦ La "punition" d'Ève, généralement interprétée comme les douleurs de l'accouchement, est en réalité une souffrance mentale et psychologique liée au sacrifice de ses fils [Eve, 220]. Le mot grec "stenagmos" (souffrance) se traduit par "gémissement" ou "soupir", indiquant un profond désarroi psychique.
◦ Les traductions populaires ont déformé le texte : il est dit "tu enfanteras tes fils" (uniquement les mâles), et le mot "encore" (encore tes souffrances et grossesses) prouve qu'Ève avait déjà connu une grossesse et un enfantement (et donc une perte) au moment de sa faute.
◦ Cette souffrance découle de la "grossesse inutile ou morbide de destinée", liée au fait que l'enfant de ses entrailles allait être sacrifié et consommé, comme c'était la coutume pour les premiers-nés mâles dans certaines cultures de ces régions.
◦ En épousant ces traditions anthropophages, Ève (et symboliquement toutes ses descendantes) se condamne à connaître de pareils supplices.
• Honte, Déni et Refoulement
◦ L'acte d'anthropophagie, surtout d'infanticide, a généré une profonde honte collective. Cette honte a forcé l'humanité au déni, à l'oubli et au refoulement collectif de ces actions passées.
◦ Ce mécanisme de refoulement, expliqué par Freud et d'autres, est la raison pour laquelle les sociétés modernes peinent à comprendre ces textes anciens, car elles projettent leur propre paradigme contemporain, où de telles pratiques sont inexistantes ou taboues.
• Contexte Culturel et Divin
◦ Le "péché originel" est lié au rite de la hiérogamie où le futur roi consommait son propre enfant pour atteindre le statut divin/royal. Adam est identifié à Dumuzi, un roi sumérien devenu dieu. Ève est identifiée à Ishtar, la déesse initiatrice.
◦ L'humanité est née des conséquences de cette "incorporation historique", faisant de cet acte la naissance psychique de l'homme conscient.
◦ Le culte de Yahvé, qui a fusionné avec celui de Baal, est intrinsèquement lié à la "loi des prémices", qui exigeait le sacrifice des premiers-nés (animaux ou humains). Cela explique pourquoi ce thème est omniprésent dans la Bible, de la Genèse à l'Apocalypse.
• Rédemption et Jésus
◦ Le concept de rédemption dans la pensée anthropophage était l'absorption d'une personnalité "fraîche et neuve" (un enfant innocent) pour effacer les crimes passés et revenir à un état d'innocence primordiale.
◦ Jésus-Christ, en tant que "nouvel Adam", est présenté comme celui qui, en offrant son propre corps et en étant symboliquement le "fruit offert" (le pain, sa chair), met fin au crime et à la culpabilité ancestrale. Il ne répète pas l'acte d'Adam, mais l'achève par la compréhension de son fondement.
◦ Le christianisme et ses rituels (comme l'eucharistie) sont des sublimations de ces expériences anthropophages fondatrices. Le pain et le vin symbolisent la chair et le sang.
En somme, pour Allan Arsmann, la faute originelle est le témoignage d'un passé anthropophage et infanticide réel, gravé dans la psyché collective et les textes sacrés, ayant des conséquences profondes sur l'humanité et donnant naissance aux notions de bien et de mal, ainsi qu'aux concepts de salut et de rédemption.