Symboles
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Selon Allan Arsmann, les symboles jouent un rôle fondamental et multifacette dans les textes anciens, particulièrement la Bible, agissant comme une clé indispensable pour en déchiffrer le sens originel et les réalités historiques et psychiques qu'ils dissimulent. L'importance des symboles est telle qu'il est impossible de comprendre ces récits sans en saisir les codes et les contextes anciens.
Voici les principaux aspects de l'importance et du rôle des symboles selon Allan Arsmann :
• Véhicule de sujets tabous et refoulés : Le rôle premier des symboles est de communiquer des réalités traumatisantes ou socialement inacceptables, notamment l'anthropophagie (cannibalisme), qui était une pratique répandue dans la haute Antiquité mais est devenue un tabou fondamental de nos civilisations. Arsmann explique que l'esprit humain utilise le mécanisme de refoulement pour repousser dans l'inconscient ces pulsions anthropophages, ce qui rend difficile la compréhension directe de ces textes pour les modernes.
• Protection et survie des textes : Le symbolisme permettait aux textes de survivre aux époques ultérieures, où une mention explicite de pratiques jugées barbares (comme le sacrifice d'enfants ou l'anthropophagie) aurait conduit à leur destruction. En présentant un "autre sens naïf et inoffensif", les textes pouvaient être préservés.
• Expression de réalités psychiques et invisibles : Pour Arsmann, un symbole n'est pas quelque chose de faux ou d'insignifiant, mais "quelque chose de puissant, d'important et de profondément vrai" qui exprime une réalité psychique et invisible. Il s'agit d'une tentative d'exprimer la réalité psychique de l'homme, en l'absence d'un vocabulaire scientifique dédié à ces sujets dans l'Antiquité.
• Moyen de communication initiatique : Les symboles permettaient aux auteurs de s'exprimer et d'être compris par d'autres initiés ou par des personnes partageant le même paradigme culturel (par exemple, d'autres "anthropophages"), tout en restant hermétiques pour le commun des mortels.
• Reflet d'un paradigme de pensée différent : Les textes anciens ont été écrits dans un paradigme de pensée distinct du nôtre, et les symboles sont la manière dont ce paradigme exprimait des concepts. Comprendre ces récits nécessite de se replacer dans ce contexte ancien et d'adopter la grille de lecture de leurs auteurs.
• Sublimation des pratiques primitives : Avec l'évolution des sociétés, des pratiques réelles comme les sacrifices humains ont été remplacées par des substituts (animaux) ou par des rituels symboliques. Le symbolisme a donc permis de préserver le sens et la portée de ces expériences anciennes sans leur réalisation concrète.
• Clé pour démasquer les "miracles" et les "magies" : De nombreux passages considérés comme des miracles ou des actes magiques dans la Bible peuvent être expliqués rationnellement en comprenant leur symbolisme anthropophage. Les "miracles" sont des "phénomènes réels connus qui s'expliquent tous logiquement et assez facilement", souvent des "effets psychiques du cannibalisme".
• Expression de la déification (apothéose) : Le symbolisme est utilisé pour décrire comment des personnages humains pouvaient "devenir comme des dieux" par des actes spécifiques (souvent liés à l'anthropophagie et au sacrifice), ce qui était une conception courante dans le polythéisme antique.
Exemples de symboles et leurs significations (selon Arsmann) :
• Le Serpent : Il est le « principal animal symbolisant la pratique anthropophage » dans la haute Antiquité, lié au renouvellement (par la mue), à la tentation (dans le récit d'Adam et Ève) et à l'accès à la divinité.
• Le Fruit/Le Pain : Souvent, il symbolise la chair humaine, et plus spécifiquement les enfants. Le "fruit défendu" d'Adam et Ève est ainsi interprété comme leur propre enfant. La manne dans le désert représente également la chair des enfants mangés par les Hébreux pour survivre.
• L'Eau : Elle peut symboliser l'inconscient et la renaissance spirituelle (le baptême est une "sortie de l'eau" symbolique). La transformation du Nil en sang est une allégorie de l'émasculation d'Osiris par Set, un acte symbolisant une souillure.
• La Pierre : Représente ce qui est « immangeable », le tabou de l'anthropophagie. La transformation d'une pierre en pain (tentation du Christ) symbolise la rupture de ce tabou.
• Les Animaux : Consommer un animal permet d'acquérir ses qualités ("manger, c'est devenir"). Les animaux sont des symboles des attributs que l'on cherche à incorporer.
• Le changement de nom : Symbolise une renaissance sacrale ou une transformation mystique, où l'individu absorbe l'essence de l'être sacrifié et en porte le nom. C'était une pratique commune dans les cultures anthropophages et royales.
• Le déchirement des vêtements : Fait écho à la mue du serpent et symbolise un changement de peau, une métamorphose psychique.
• L'échelle de Jacob / Montagne : Symbolise la pyramide alimentaire du vivant, la hiérarchie de la prédation, avec Dieu (Yahvé) au sommet comme incarnation de la concurrence.
• L'Or : Dans l'Antiquité, l'or sacré était souvent lié au sacrifice du premier-né.
En somme, pour Allan Arsmann, le symbolisme est la langue des textes anciens, une langue nécessaire pour parler de sujets profonds, universels, mais souvent cachés et refoulés, constituant ainsi un héritage culturel d'une immense valeur scientifique et psychologique.