Loi des Prémices
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Allan Arsmann considère la loi des prémices comme étant l'un des sujets historiques et religieux les plus importants et les plus centraux de toute la Bible. Selon lui, cette loi constitue l'essence originelle du culte de Yahvé.
Voici les principaux points abordés par Allan Arsmann concernant la loi des prémices, en s'appuyant sur les sources :
1. Définition et importance historique
Les prémices sont une offrande religieuse prélevée sur les premières créations, générations, ou produits, qu'il s'agisse de récoltes, de poulains ou de chevreaux. Le mot vient du latin primus, signifiant "premier".
Cette pratique était extrêmement courante et banalisée dans l'Antiquité, retrouvée dans les religions grecques, romaines, et israélites. Elle remonterait probablement à la Préhistoire. Historiquement, elle servait à honorer Dieu en premier, en lui rendant une partie de ce qu'il donnait.
Selon Arsmann, la loi des prémices est la loi la plus ancienne et la plus répétée dans l'Ancien Testament, antérieure même aux Dix Commandements. Les lois ultérieures, y compris les Dix Commandements, se trouvent dans le Deutéronome, un terme grec qui signifie "la seconde loi", impliquant l'existence de la loi des prémices comme la loi première et fondamentale. Les patriarches bibliques, tels que Caïn, Abel et Abraham, offraient déjà des prémices à leur Dieu.
2. L'exigence des prémices humaines
Le point le plus délicat de cette loi, et celui qui est largement refoulé ou ignoré par les interprétations modernes, concerne l'exigence des prémices humaines.
• Mandat textuel de Yahvé : Yahvé exige formellement que lui soient offerts les premiers-nés humains. Le texte est limpide et martelé à plusieurs reprises, notamment en Exode 22:28 : "Tu me donneras l'aîné de tes fils".
• Loi fondatrice de l'Exode : La loi des prémices est énoncée immédiatement après l'annonce du départ en exode (Exode 13:1), stipulant que "tout premier à ouvrir le saint maternel parmi les Israélites homme ou bête il me revient". L'expression "homme ou bête" indique que l'offre en animal (substitution ou rachat) existait dès le début mais n'était pas obligatoire, signifiant que le sacrifice humain avait bien lieu occasionnellement.
• Exemples d'application : Contrairement aux affirmations religieuses modernes selon lesquelles cette exigence n'était que théorique, Arsmann souligne que de nombreux cas de sacrifices d'enfants premiers-nés sont décrits dans la Bible. Ces sacrifices sont souvent décrits sous forme de prétextes sociaux, d'accidents ou de fureur divine, pour masquer le fait qu'il s'agissait de l'application de la loi des prémices.
◦ Le roi Jiphté promet d'offrir en holocauste la première personne qu'il croisera en rentrant chez lui, qui est son unique enfant, son premier-né.
◦ Aaron, le premier prêtre, a perdu deux de ses fils le jour de son investiture, officiellement pour avoir offert un "feu profane", un motif jugé comme un prétexte rituel.
◦ Job, adepte de Yahvé, perd tous ses fils par une tempête commanditée par Dieu, une mort qui s'inscrit dans ce même motif.
◦ Yahvé maudit Jéricho, exigeant que l'homme qui la rebâtira pose les fondations "au prix de son aîné", un sacrifice qui aura lieu plus tard dans le récit.
3. Le lien avec Baal et le cannibalisme
Arsmann relie la rigueur de cette loi à la fusion entre le culte de Yahvé et le culte de Baal, un processus historique qui aurait eu lieu durant la période des Hyksos en Égypte.
• Le culte de Baal : Dans le culte de Baal, la loi des prémices était la loi sacrée la plus importante, et elle exigeait l'offrande du premier enfant né de chaque matrice. Arsmann insiste sur le fait que Baal se résume presque entièrement à cette unique exigence. L'archéologie atteste de l'existence et de la banalisation des sacrifices d'enfants premiers-nés dans le culte de Baal, citant notamment les fouilles de Carthage.
• Conflit de l'Exode : La revendication de Moïse devant Pharaon ("relâche mon peuple pour qu'il me rende un culte dans le désert") était en réalité la demande de pouvoir célébrer la grande fête sacrificielle des prémices, impliquant des sacrifices d'enfants. Pharaon refusait catégoriquement, car les sacrifices humains étaient un tabou absolu en Égypte, considérés comme abominables et annulant toute possibilité de momification et de survie dans l'au-delà.
• La 10e Plaie : Selon l'analyse d'Arsmann, la dixième plaie, où Yahvé frappe tous les premiers-nés d'Égypte, est la conséquence de ce refus. Le peuple hébreu aurait imposé son rite des prémices en Égypte malgré l'interdit, et les premiers-nés égyptiens auraient été assassinés en représailles.
• Prémices et anthropophagie : Dans la haute antiquité, tout sacrifice sanglant était systématiquement consommé ("mangé"). Par conséquent, les prémices humaines impliquent l'anthropophagie. Ce sujet se relie directement au "crime d'Adam et Ève" : ils ont mangé leur fruit, c'est-à-dire leur enfant premier-né. En Ézéchiel 5:9, Yahvé avoue implicitement avoir cautionné cette pratique en des temps plus anciens : "j'exécuterai au milieu de toi les décrets [...] je ferai pour toi ce que je n'ai pas fait et que je ne ferai plus".
4. La souffrance d'Ève
L'interprétation traditionnelle de la phrase biblique adressée à Ève ("C'est dans la souffrance que tu enfanteras") est également révisée par Arsmann.
• Traduction exacte : Dans les plus vieilles sources hébraïques, il est écrit : "c'est dans la souffrance que tu enfanteras tes fils".
• Douleur psychologique : Cette douleur n'est pas biologique, mais mentale et psychologique. Elle est liée au fait de savoir que le fils (l'enfant mâle) né sera ensuite pris, sacrifié et consommé pour satisfaire à la loi des prémices. Cette connaissance des implications de son acte est la véritable souffrance d'Ève.
En conclusion, la loi des prémices est pour Allan Arsmann la clé de lecture permettant de comprendre l'origine du culte biblique et d'expliquer la présence de nombreux passages sombres dans la Bible, attestant de sacrifices rituels d'enfants consommés par l'élite religieuse.