Démons
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Selon Allan Arsmann, la nature exacte des "Démons" durant l'Antiquité est étroitement liée à sa compréhension des "Dieux" et des "Anges", et elle se rapporte principalement à des êtres humains ayant adopté ou continué à pratiquer l'anthropophagie rituelle, ce qui les a fait percevoir comme des êtres divins, surnaturels, ou monstrueux.
Voici ce que les Démons représentaient selon lui :
• Des anthropophages considérés comme des monstres :
◦ Arsmann affirme que tous les "monstres mythologiques" étaient des anthropophages. Les démons, en tant que créatures mythologiques, s'inscrivent donc dans cette catégorie.
◦ L'humanité s'est historiquement définie par le rejet de l'anthropophagie. Par conséquent, quiconque pratiquait l'anthropophagie était perçu comme n'étant pas humain, mais comme un monstre, une créature mythologique, ou autre, malgré une biologie parfaitement humaine.
• Des êtres humains ayant atteint un statut divin ou "renouvelé" :
◦ Dans l'ancienne Mésopotamie, l'expression "les vivants" désignait les divinités elles-mêmes, y compris les "créatures angéliques ou démoniaques".
◦ Ces "vivants" ou "dieux" étaient, dans l'optique d'Arsmann, des individus humains qui avaient été "renouvelés" par l'acte anthropophage, notamment la consommation de leur propre enfant. Cette pratique leur conférait une perception d'immortalité, de puissance et d'omniscience, les faisant se considérer comme supérieurs aux humains ordinaires, voire comme des êtres non-humains bien qu'ayant une apparence humaine. Les démons, en tant que "créatures démoniaques", sont donc inclus dans cette définition de "Renouvelés" divinisés.
• Liés à l'exorcisme et aux rites sacrificiels :
◦ Le concept de "démos" (démons), tout comme celui d'anges, n'existe originellement que dans le contexte de l'exorcisme. Cela implique que leur rôle était souvent lié aux forces que les exorcistes cherchaient à contrôler ou à expulser.
◦ Les démons sont également mentionnés dans les mythes sumériens de la descente aux enfers, où la déesse Ishtar croise des "dieux et démons inferno". Arsmann note que les exorcistes pouvaient même "jouer les rôles des démons" dans ces rituels infernaux.
◦ Ces entités étaient associées à des forces et pulsions potentiellement nuisibles avec lesquelles il fallait "se battre et négocier" dans le cadre du travail d'exorcisme.
En résumé, pour Allan Arsmann, les démons de l'Antiquité n'étaient pas des esprits maléfiques au sens moderne, mais des individus humains, souvent des figures de pouvoir (rois, chefs), qui avaient pratiqué l'anthropophagie rituelle. Cette pratique les faisait percevoir comme des êtres "renouvelés" ou "divins", mais aussi comme des "monstres" par ceux qui rejetaient de telles coutumes. Leur rôle était souvent articulé dans le cadre des pratiques d'exorcisme de l'époque.
Selon Allan Arsmann, la notion de "démons" durant l'Antiquité est fondamentalement différente de la conception moderne d'entités spirituelles maléfiques. Pour lui, les démons, à l'instar d'autres figures mythologiques, trouvent leur origine dans des réalités humaines et des concepts archaïques, notamment liés à l'anthropophagie et à des dynamiques religieuses et psychologiques spécifiques.
Voici ce qu'étaient exactement les démons selon Allan Arsmann :
• Des humains pratiquant l'anthropophagie (cannibalisme) :
◦ Arsmann affirme que tous les "monstres mythologiques" – incluant les géants et les ogres – sont en réalité des anthropophages, c'est-à-dire des êtres humains qui mangeaient d'autres humains. Ce sont des "créatures" qui ont l'apparence d'humains mais qui, par leur pratique cannibalique, étaient perçues comme n'étant "pas humain", mais plutôt comme des "monstres" ou "créatures mythologiques".
◦ Il cite directement Ravana, un "démon" et "géant" oriental, pour illustrer ce lien.
◦ Ceux qui pratiquaient l'anthropophagie étaient considérés comme distincts et supérieurs aux autres humains, et leurs actes étaient source de peur.
• Des pulsions internes et des maux psychiques :
◦ Les "démons" sont également des métaphores pour des "pulsions immortelles potentiellement nuisibles" résidant au cœur de l'être humain, avec lesquelles il faut "se battre et négocier".
◦ Le concept de "démons" (démos) trouve son origine dans le contexte de l'exorcisme, où il renvoie à des "mauvais esprits", des malédictions et des fléaux que l'on cherche à chasser.
• Des divinités ou cultes rivaux diabolisés :
◦ Les "achipou" (exorcistes mésopotamiens) considéraient les autres dieux (ceux qu'ils ne vénéraient pas) comme de "vagues entités démoniaques" qu'il ne fallait en aucun cas vénérer.
◦ Plus largement, Arsmann soutient que de nombreuses divinités anciennes, notamment Baal et Seth (qui fut assimilé à Yahvé à certaines époques), ont été diabolisées par les traditions religieuses ultérieures (comme les Pharisiens) précisément en raison de leur association avec des pratiques telles que le sacrifice d'enfants et l'anthropophagie. Ainsi, les "démons" peuvent être des dieux d'autrefois dont les pratiques ont été refoulées et condamnées.
◦ Lorsque la déesse Ishtar (qui représente Ève pour Arsmann) descend aux enfers, elle y croise des "dieux et démons infernaux", et cet enfer implique la consommation de "nourriture maudite", ce qui renforce l'idée que les démons sont liés à l'anthropophagie et aux forces destructrices associées.
• Des symboles d'horreur et de tentation :
◦ Le Diable lui-même, dans l'interprétation d'Arsmann, représente l'anthropophagie ou la "part d'horreur, de passion et de tentation" qui lui est associée.
◦ Les statues des dieux et des démons avaient une fonction apotropaïque, c'est-à-dire qu'elles servaient à détourner les influences maléfiques de ces forces.
En somme, pour Allan Arsmann, les "démons" de l'Antiquité ne sont pas des esprits malins au sens classique, mais des manifestations symboliques ou des désignations de réalités historiques et psychologiques profondes : des êtres humains aux pratiques jugées monstrueuses (anthropophagie), des pulsions humaines destructrices, ou d'anciennes divinités et leurs cultes qui ont été condamnés et diabolisés par des traditions religieuses ultérieures.
Selon Allan Arsmann, le concept de « Démons » est principalement abordé non pas comme des entités purement spirituelles et maléfiques telles que souvent comprises dans la théologie moderne, mais comme des manifestations ancrées dans l'histoire, la psychologie humaine et les pratiques refoulées de l'anthropophagie.
Voici les points clés de son interprétation des démons :
• Les "Vivants" et les entités surnaturelles : Arsmann explique que dans l'ancienne Mésopotamie, ce que l'on appelait « les vivants » désignait les dieux, et que ces "vivants" étaient parfois décrits comme des « créatures angéliques ou démoniaques, autres et surnaturelles et divines ». Cela suggère que les démons sont une catégorie d'entités divines perçues par les anciens.
• Démons et l'Enfer Sumérien ("Kur") : Le concept d'Enfer trouve son origine dans la mythologie sumérienne avec le « Kur », un monde d'en bas où l'on trouve des démons. La "descente aux enfers" implique de croiser les « dieux et démons infernaux Nergal, Lit-Namtar, et tous les Anunnaki et plusieurs autres ». Quiconque mange la "nourriture maudite des enfers" dans ce lieu devient « complètement et totalement maudit » et est torturé par des démons, comme Dumuzi.
• Expression des pulsions et du refoulement : Pour Arsmann, les démons symbolisent les « pulsions immortelles potentiellement nuisibles » qui résident en l'homme. Le Christ, par exemple, vise à « conscientiser en tous ses pulsions d'autrefois et y apporter remède ». Le Diable lui-même est l'incarnation de l'anthropophagie et de la « part d'horreur, de passion et de tentation qui s'est jadis associée à ces pratiques ». Les démons sont donc liés à la « honte » collective et au « refoulement » des crimes passés, notamment la pédoanthropophagie.
• Le rôle des démons dans les rituels et l'histoire :
◦ Lors du rituel de la Hiérogamie, Ishtar, après avoir commis une faute aux enfers, doit livrer un substitut pour fuir. Des démons se saisissent d'elle et la considèrent comme un cadavre, l'accrochant « à un clou ». Ils l'accompagnent ensuite lorsqu'elle désigne son substitut, Dumuzi, qui sera torturé par les démons. Les exorcistes jouaient parfois les rôles des démons lors de ces rituels, et il y avait de réelles violences.
◦ Les démons sont également associés aux malédictions et aux fléaux envoyés, par exemple, par Yahvé. Les Sumériens considéraient les autres dieux comme de « vagues entités démoniaques » qu'il ne fallait pas vénérer. Allan Arsmann met en lumière le fait que les Égyptiens de l'Antiquité percevaient les plaies d'Égypte comme des actions maléfiques du dieu Seth, qui est identifié à Baal et parfois à Yahvé. Ainsi, les actions destructrices des forces divines pouvaient être comprises comme des manifestations "démoniaques" ou "maléfiques" aux yeux des peuples voisins.
• Exorcisme comme remède : La fonction des exorcistes, comme Abraham ou les ashipu mésopotamiens, était de chasser les « mauvais esprits ». Le Christ lui-même, dans le Nouveau Testament, chasse des démons « présents au cœur même des hommes » par l'imposition des mains. L'exorcisme est une méthode pour affronter et apaiser ces « pulsions ».
En somme, pour Allan Arsmann, les démons représentent les aspects les plus sombres et les pulsions archaïques de la psyché humaine, souvent liées aux pratiques anthropophages refoulées. Ils sont aussi des figures mythologiques incarnant des forces destructrices ou des tabous, dont la compréhension est essentielle pour décrypter le sens profond des textes anciens et des récits fondateurs.